CENFI 108

CENFI signifie « CENtro de Formação Intercultural » et 108 signifie le 108e cours d’initiation à la mission au Brésil. Il s’agit d’une formation pour les nouveaux missionnaires au Brésil. La formation dure 3 mois. Elle est donnée au Centre Culturel Missionnaire, à Brasilia, capitale fédérale du Brésil. Ce Centre est un organisme de la Conférence Episcopale du Brésil. Il organise plusieurs formations des agents pastoraux. Le cours d’initiation à la mission au Brésil, organisé 2 fois par an, comporte plusieurs éléments : 1. Une vie communautaire des nouveaux missionnaires ; 2. L’apprentissage de la langue portugaise brésilienne ; 2. La connaissance du pays ; 3. L’interaction avec les Brésiliens ; 4. La découverte de l’Eglise Catholique au Brésil.
Nous étions une communauté de 20 missionnaires inscrits à ce 108e cours. Le monde entier y était représenté : 6 du continent américains dont 4 haïtiens, 1 canadienne, 1 péruvien ; 6 du continent asiatique dont 1 coréenne du sud, 2 philippins, 1 indonésien, 2 indiens ; 4 du continent africain dont 2 burkinabé, 1 ivoirienne et 1 béninois ; et 4 du continent européen dont 2 polonais et 2 allemands. Nous n’étions pas tous catholiques. Il y avait un couple évangélique. Parmi les catholiques il y avait des prêtres, des religieux, des séminaristes, et des laïques missionnaires. Notre vie quotidienne était bien rythmée par des temps de prière, de repas, de cours, d’étude personnelle et en petit groupe, de sport, de sortie, et de partage spontané entre nous. Il y a eu des tensions implicites et explicites entre nous. Cela nous a permis de nous connaître davantage, de mieux intégrer nos différences et de mieux nous aimer. Contrairement à beaucoup pour qui c’était la première expérience missionnaire, je me suis senti un peu « particulier » pour avoir vécu plusieurs expériences missionnaires dans plusieurs pays du monde. De plus je porte le même nom que l’évêque de Brasilia, Dom Sergio. Cela m’a valu d’être surnommé « o nosso bispo Sergio » (Notre évêque Serge). La « fête des peuples » nous a donné l’occasion de présenter nos pays, nos cultures, la richesse de nos racines. Nous avons beaucoup dansé ensemble aux rythmes de chaque pays.

L’apprentissage de la langue portugaise brésilienne a occupé la plus grande partie de notre temps. Un test de niveau a permis aux professeurs de nous diviser en 3 groupes. Ceux qui pouvaient déjà comprendre et balbutier le portugais brésilien grâce à l’espagnol et/ou l’italien qu’ils connaissaient ont été regroupés. Je faisais partie de ce groupe. Le défi pour nous était de ne pas parler un portugais brésilien espagnolisé ou italianisé. Quand on connait plusieurs langues on a une prédisposition à apprendre une nouvelle langue. D’un autre côté, et cela fut mon expérience, on sombre dans une grande confusion phénoménologique et sémantique. Heureusement que les professeurs (3 femmes) étaient là pour « mettre de l’ordre ». C’est les meilleurs professeurs de langues que j’ai rencontrées. Je déplore seulement une confusion de méthode. Au début du cours, on nous a distribué un manuel d’apprentissage du portugais brésilien pour étrangers (Falar, ler, escrever Porguguês de E. Lima et S. Lunes). Mais en réalité les professeurs suivaient leur propre méthode dont les activités étaient bien meilleures que celles du manuel. Le manuel n’était vraiment pas nécessaire puisqu’on ne l’a pas suivi systématiquement. Il y a 3 mois quand je suis arrivé à Salvador je n’arrivais pas à prononcer une phrase en portugais et à comprendre ce que les gens disaient. 3 mois plus tard, j’ai célébré 4 messes ce samedi 15 et dimanche 16, à Salvador. Et à ouï-dire, les gens m’ont compris. Miracle de CENFI 108 ! Je ne me laisse tout de même pas flatter. Je sais que je dois continuer l’apprentissage de la langue dans la logique du magis ignacien, davantage.

Cenfi 108 nous a donné une idée générale du pays dans lequel nous allons vivre. Des professeurs d’université (laïcs) sont venus nous parler de leur pays, de son histoire, de sa société, de ses défis. J’ai beaucoup aimé ces « palestras » ou causeries-conférences. C’était académique et cela poussait à la réflexion. C’était tout simplement passionnant. Malheureusement notre niveau de langue portugaise ne nous permettait pas de débattre. Mais nous avons perçu les idées essentielles. La société brésilienne est un mélange surprenant de peuples. C’est une société qui fait beaucoup réfléchir. Comprenant mieux le Portugais je prends un plaisir à lire maintenant les études faites par les érudits brésiliens sur cette société. Nos professeurs laïcs n’ont cessé de nous défier : « que venez-vous faire dans ce pays ? » Ils nous ont invités à ne pas nous presser pour enseigner aux brésiliens mais plutôt de passer nos premières années de mission au Brésil à découvrir, apprendre, écouter, lire, réfléchir sur ce « nouveau peuple unique » qui est un mélange d’européens, d’africains, et d’indigènes, mélanges sociologiques, culturels, religieux avec tous les défis que cela comporte. Nous avons aussi vu des films brésiliens qui montrent bien la réalité de la société brésilienne.

Nous avons beaucoup appris du Brésil par notre interaction avec les brésiliens. Cette interaction fut quotidienne avec le personnel brésilien du centre. Des amitiés sont nées. Les samedis et dimanches nous participions à la messe dans les paroisses. Cela nous donnait l’occasion d’être-avec le peuple. Un verre dans un bar fut souvent l’occasion de rencontre avec des brésiliens. Dès qu’ils découvrent qu’on est étranger les questions fusent et des invitations à manger à domicile. Chacun de nous a séjourné dans une famille brésilienne pendant une semaine. D’abord il s’agissait de parler le portugais brésilien, de comprendre et de se faire comprendre. Ensuite il s’agissait de vivre la vie normale d’une famille brésilienne. Nous avons beaucoup appris de cette expérience sur la vie des brésiliens. Des liens très forts se sont tissés entre nous et ces familles. J’ai eu des moments très profonds de partage avec ma famille sur leur vie personnelle, leurs joies et leurs peines. Ce ne sont pas seulement les portes des maisons qui se sont ouvertes mais aussi les portes des cœurs. En même temps que les brésiliens aiment les fêtes, ils sont capables de rencontres profondes. Ce fut une rencontre humaine pleine de la présence de Dieu.
Nous sommes accueillis par l’Eglise du Brésil, et nous sommes au service de cette Eglise. Nous avons découvert avec intérêt cette Eglise vieille de 500 ans. D’abord, à travers les conférences des experts. Ces profs ont eu un regard objectif et critique sur le christianisme populaire brésilien pour nous aider à réfléchir. La participation à la messe dans les paroisses les samedis et dimanches nous ont permis de vivre ce « christianisme populaire ». Nous avons rendu visite aux organismes de l’Eglise du Brésil : la Conférence Episcopale du Brésil avec ces nombreuses commissions ; la Conférence des Religieux ; le Conseil pour les indigènes ; les Œuvres Pontificales Missionnaires… nous avons eu l’occasion de parler avec des prêtres, évêques, religieux et laïcs brésiliens de passage dans le centre pour une ou autre formation. Cette Eglise semble bien organisée, avec une participation dynamique des laïcs. Beaucoup de paroisse ici n’ont qu’un seul prêtre. Les laïcs sont très engagés dans l’animation de la paroisse. C’est une église qui organise beaucoup de rencontres de réflexions et de formation. Bien qu’on ne parle plus beaucoup de la Théologie de la Libération, néanmoins, toutes les réflexions de l’Eglise se font à partir de la réalité utilisant la méthode du voir-juger-agir. On verra bien l’impact de tout cela sur le terrain.

Ce fût 3 mois de formation bien remplis. J’ai trouvé que c’était trop de choses en 3 mois. Je commençais à étouffer et à stresser. Heureusement qu’une retraite finale dans un monastère bénédictin m’a permis de faire silence. Je sors de cette expérience avec le désir de comprendre davantage cette société brésilienne bien complexe. Dans cette nouvelle expérience missionnaire je désire aller tout doucement. Je ne souhaite pas faire en 3 mois ce que je peux faire en 3 ans. Je souhaite découvrir Dieu au Brésil, l’adorer et le servir !

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