Sainte Isabelle du Brésil ?

Le 13 mai 1888, la Princesa Isabel a signé la Loi Áurea qui abolît l’esclavage au Brésil. La demande d’ouverture du procès de béatification de la princesse Isabelle, la Rédemptrice (des nègres) a été présentée officiellement à l’évêque de Rio de Janeiro qui l’a présentée aussi à l’évêque de Paris puisque Isabel a fini sa vie, exilée, en France. Ces personnes qui d’une manière ou d’une autre ont participé à l’abolition de l’esclavage doivent-elles être béatifiées pour cela ? La demande de béatification de la princesse Isabelle fait débat au Brésil. Certains historiens sont en faveur. D’autres historiens et le mouvement nègre ont réagit contre cette demande de béatification. Je vous présente ce débat à partir d’un article récent dans une revue brésilienne[1].

Ceux qui sont en faveur de la béatification de la princesse Isabelle avancent trois (3) raisons. Isabelle est une sainte pour sa manumission des esclaves, son humilité atypique, et sa fidélité au pape. La princesse Isabelle souhaitait l’affranchissement des esclaves. Le 15 octobre 1864, à l’occasion de son mariage avec le français Gaston de Orléans, elle a demandé à son père, le roi du Brésil, Pedro II, de libérer dix (10) esclaves du palais. Huit (8) esclaves qui étaient à son service particulier furent libérés en plus de deux autres. La princesse a montré son humilité en nettoyant elle-même, à plusieurs reprises, la chapelle de Notre Dame Aparecida, à Guaratingueta. Elle le fit la première fois pour réaliser la promesse qu’elle avait faite à Marie si celle-ci intercédait pour qu’elle conçût un enfant. Depuis lors elle prenait un grand plaisir à nettoyer les églises fréquemment. En septembre 1888, 4 mois après la signature de la Loi qui abolît l’esclavage au Brésil, la princesse reçut la « Rose d’Or », une des plus grandes distinctions concédées par l’Eglise Catholique à un laïc. Durant la cérémonie de réception, bien qu’elle sût qu’elle pourrait mettre des gens mal à l’aise, la princesse, entourée de représentants de l’Etat Brésilien, a juré fidélité au pape, considéré alors comme un souverain, et dans ce cas un souverain étranger.

Les critiques avancent trois (3) raisons contre la béatification de la princesse. Elle n’est pas l’artisan de l’abolition de l’esclavage au Brésil. Elle n’avait en réalité aucune compétence pour cela. C’est le côté publique du mouvement abolitionniste qui l’intéressait le plus pour se faire valoir. L’abolition de l’esclavage était inévitable avec ou sans la princesse Isabelle. La monarchie au Brésil vivait ces derniers jours. Les vrais artisans de l’abolition sont les esclaves nègres eux-mêmes, à travers leurs révoltes interminables. L’abolition fut le fruit aussi des actions des abolitionnistes comme Joaquim Nabuco et Luiz Gama. Les conditions pour la fin de l’esclavage étaient remplies dans le contexte historique de l’époque marqué par la fin du trafic international des esclaves et la révolution industrielle. Le rôle de la princesse Isabelle dans l’abolition fut purement protocolaire. Elle a d’ailleurs signé la loi Aurea en l’absence de son père hospitalisé à Milan, Italie. Pour ces historiens, béatifier la princesse Isabelle à partir de l’épisode historique de la signature de la loi du 13 mai 1888 serait une manière de réduire au silence le rôle du nègre lui-même dans l’histoire de sa libération. L’historienne Wlamyra Albuquerque de l’Université Fédérale de Bahia appelle cela le « jeu de la dissimilation »[2]. Au premier plan de l’abolition de l’esclavage nous devons mettre la lutte désespérée des captifs, leurs révoltes et leur haine contre l’esclavage. Ce n’est pas juste de canoniser des hommes et femmes qui ont fait partie du système esclavagiste et qui pour des raisons complexes se sont retournées contre ce même système. Il faudrait d’abord canoniser tous ces nègres, véritables martyrs, morts pour l’abolition de l’esclavage.

La princesse Isabelle semble-t-il n’avait aucune compétence ni aucun intérêt dans la politique. Elle considérait la politique comme une affaire d’homme et du domaine de son père, le roi. Son époux aurait écrit d’elle dans une de ses lettres qu’elle avait horreur de la politique et que bien qu’elle ait étudié elle n’avait aucune envie d’utiliser ses connaissances. On reconnait qu’elle était assez austère mais elle aimait bien se montrer. Elle passait en fait de grandes périodes en dehors du Brésil. Une fois en dehors du Brésil, elle montrait peu d’intérêt ou même aucun pour ce qui se passait dans le pays. Sa participation au mouvement abolitionniste fut en fait très faible. La première fois qu’elle participa à une manifestation abolitionniste, en février 1888, elle a simplement défilé dans son carrosse. Son objectif était de collecter des fonds pour la Confédération Abolitionniste. Ayant aimé cette expérience, elle aurait dit qu’elle y participerait de plus en plus et voulait organiser ces manifestations comme les danses de bienfaisances qu’elle aurait vues à Nice, en France.

Le débat est donc ouvert. La prince Isabelle sera-t-elle béatifiée comme la Rédemptrice des Nègres ?

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: