Actualités sur les abus sexuelles

Source LACROIX.FR , le 18/01/2019

Mgr Charles Scicluna, l’incorruptible des papes

Par Nicolas Senèze, à Rome

Les hommes clés du sommet sur les abus sexuels (2/5). Secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’archevêque de Malte est au cœur du dispositif du pape François pour lutter contre les abus sexuels dans l’Église.

Mgr Charles Scicluna, est secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Derrière sa rondeur souriante, Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et un des organisateurs de la rencontre de février sur les abus sexuels, est un redoutable enquêteur. Une sorte d’« Eliot Ness du Vatican », qui a débrouillé de sombres et délicates affaires pour Benoît XVI et François et enquêté sur les pires crimes.

Rien ne destinait pourtant ce Canadien né de parents maltais revenus sur l’île quand il avait 11 mois, à devenir l’homme des papes dans la lutte contre la pédophilie : canoniste, il fait sa thèse à Rome sur le mariage catholique sous la direction du futur cardinal Raymond Burke, alors défenseur du lien au Tribunal suprême de la Signature apostolique, qui souhaite le garder auprès de lui.

Mais son archevêque l’attend à Malte où, pendant cinq ans, il s’occupe des causes matrimoniales au tribunal diocésain tout en enseignant le droit canonique. Avant, finalement, de céder aux sirènes romaines et de rejoindre la Signature apostolique en 1995.

L’enquêteur contre Marcial Maciel

En 2002, quand Jean-Paul II confie la gestion des abus sur mineurs à la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), il y devient promoteur de la foi, et un des proches collaborateurs du cardinal Joseph Ratzinger.

Ce dernier s’est heurté à l’entourage du pape polonais qui l’a empêché d’enquêter sur le père Marcial Maciel, le fondateur des Légionnaires du Christ, déjà accusé de graves crimes : aussi, le 2 avril 2005, alors que Jean-Paul II se meurt au Vatican, le cardinal qui pense bientôt partir à la retraite et entend « boucler » le dossier, envoie Mgr Scicluna aux États-Unis interroger les victimes du prêtre.

Devenu pape, Benoît XVI indiquera comme une priorité à Mgr William Levada, qu’il nomme rapidement à la tête de la Congrégation pour la doctrine la foi, le lourd dossier Maciel : il est condamné un an plus tard.

L’homme de la « tolérance zéro »

Parallèlement, investi de toute la confiance du pape allemand, Mgr Scicluna devient l’homme de la « tolérance zéro » contre la pédophilie, agissant avec une détermination sans faille sur le plan judiciaire, mais aussi pour la prévention.

« Il prenait sa mission très à cœur, allait au fond des dossiers et savait lutter contre les inerties et les clans à l’intérieur du Vatican », raconte Frédéric Mounier, vaticaniste de La Croix à l’époque.

Récompense de ses services, il est nommé évêque auxiliaire de Malte en 2012, avant que François ne le nomme archevêque en 2015, tout en faisant appel à lui dans les cas difficiles.

Ainsi début 2018, après son catastrophique séjour chilien quand le pape se rend compte qu’il a été berné sur le cas de Mgr Juan Barros, l’évêque d’Osorno accusé d’avoir participé aux abus d’un prêtre, François l’envoie personnellement enquêter sur la crise des abus sexuels au Chili.

Il y restera huit jours, multipliant les rencontres – malgré une opération de la vésicule ! – les victimes soulignant son « empathie » à leur égard, ce qu’ils n’avaient visiblement pas ressenti depuis longtemps de la part de l’Église…

Il remettra ensuite au pape un volumineux rapport de 2300 pages à la lecture duquel François exprimera publiquement sa « douleur » et sa « honte », demande pardon aux victimes et reconnaît de « graves erreurs » commises par « un manque d’information vraie et équilibrée ».

Indispensable au pape

Devenu indispensable au pape sur ces questions complexes, il est rappelé à Rome en novembre dernier comme Secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Un poste à « mi-temps » – il reste archevêque de Malte – qui lui donne surtout une large autorité puisqu’il devrait chapeauter le bureau des affaires disciplinaires, récemment renforcé en personnel, et devenu une sorte de « parquet » de l’Église contre les abuseurs.

De la rencontre de février, il a confié à VaticanNews qu’il attendait surtout qu’elle permette aux évêques, supérieurs religieux et responsables de la Curie de prendre la mesure de la « gravité de la situation » et de réfléchir ensemble à des solutions.

Lui-même envisage quelques évolutions du droit canonique comme, par exemple, « un rôle plus fort confié aux évêques métropolitains » mais aussi « un rôle plus grand pour les victimes dans les procès canoniques ». Ces dernières sont en effet singulièrement absentes du droit.

Nicolas Senèze, à Rome


Source LACROIX AFRCA.COM 17 janvier 2019

Le sommet sur les abus sexuels au Vatican ne doit pas être « un congrès d’études »

Le directeur de la Salle de presse du Vatican, Alessandro Gisotti, a précisé mercredi 16 janvier les modalités d’organisation du sommet sur les abus sexuels qui se tiendra à Rome du 21 au 24 février 2019.

Le pape veut que le sommet sur les abus sexuels prévu à Rome du 21 au 24 février « soit une réunion de pasteurs, non un congrès d’études », a souligné le Vatican mercredi 16 janvier.

François a par ailleurs confié la modération des débats à son ancien porte-parole, le jésuite Federico Lombardi.

Le Vatican a précisé, mercredi 16 janvier, les modalités d’organisation du sommet sur les abus sexuels auquel le pape François a convoqué les présidents de conférences épiscopales du monde entier, du 21 au 24 février à Rome.

Cette rencontre a « un objectif concret », a insisté le directeur de la Salle de presse Alessandro Gisotti : « faire en sorte que tous les évêques sachent, de manière absolument claire, ce qu’il faut faire pour prévenir et combattre le drame mondial des abus sur les mineurs. »

« Une réunion de pasteurs, pas un congrès d’études »

« Pour le Saint-Père, il est fondamental de faire en sorte qu’en retournant dans leurs pays, dans leurs diocèses, les évêques venus à Rome soient conscients des règles à appliquer et accomplissent ainsi les pas nécessaires pour prévenir les abus, pour protéger les victimes et pour s’assurer qu’aucun cas ne soit couvert ou occulté », a-t-il insisté, soulignant que « le pape François sait qu’un problème global ne peut être affronté qu’avec une réponse globale ».

François « veut que cette rencontre soit une réunion de pasteurs, non pas un congrès d’études », a-t-il aussi précisé, décrivant « une rencontre de prière et de discernement, catéchétique et opérationnel ».

Concrètement, et comme l’avait déjà esquissé Mgr Charles Scicluna, l’un des organisateurs, sur VaticanNews, la rencontre verra alterner des sessions plénières – dont le pape a confié la modération au père Federico Lombardi, ancien porte-parole de Benoît XVI puis de François –, des travaux en groupe et des moments de prière en commun avec l’écoute de témoignages.

« Une étape d’un chemin douloureux »

Une liturgie pénitentielle aura également lieu samedi après-midi 23 février, ainsi qu’une messe de clôture, dimanche matin 24, jour de la fête de la Chaire de Pierre qui rappelle le rôle prééminent de l’évêque de Rome dans l’Église catholique.

Reconnaissant « les grandes attentes qui entourent cette rencontre », Alessandro Gisotti a tenu à souligner « qu’il ne s’agit pas pour l’Église d’un point de départ dans sa lutte contre les abus » mais d’« une étape d’un chemin douloureux, mais sans aucun temps d’arrêt, que l’Église est en train de parcourir avec détermination, depuis plus de quinze ans ».

Nicolas Senèze, à Rome

Source LACROIX.FR  le 17/01/2019

Le père Hans Zollner, en première ligne contre les abus sexuels

Par Nicolas Senèze, à Rome ,

Les hommes clés du sommet sur les abus sexuels (1/5). Choisi en novembre dernier pour coordonner le comité organisateur du sommet de février sur les abus sexuels, le jésuite Hans Zollner a longtemps été un des rares spécialistes de la question dans l’Église.

Mgr Hans Zollner, en octobre 2017 lors du colloque international sur la dignité des enfants dans le monde numérique organisé par le Centre pour la protection de l’enfance (CCP) à l’Université pontificale grégorienne, à Rome. / Fabio Pignata/CPP/CIRIC

Les questions d’abus sexuels, le père Hans Zollner en a fait sa spécialité un peu sous la contrainte. Psychologue et psychothérapeute, ce jésuite de 52 ans a été sensibilisé à la question dès sa formation dans les années 1990, alors qu’elle est encore rarement évoquée dans les cursus universitaires. Cela lui vaut de ne pas être pris au dépourvu quand éclatent les premiers scandales au début des années 2000 aux États-Unis.

Tout juste nommé professeur de psychologie à l’Université grégorienne à Rome, il se met à travailler avec les meilleurs spécialistes. « En Allemagne, beaucoup pensaient que cela ne nous toucherait pas, mais je me souviens de mon provincial me dire que ce n’était qu’une question de temps. » De fait, en 2010 éclate l’affaire du collège jésuite Canisius de Berlin qui met au jour le témoignage de 200 victimes d’attouchements sexuels.

À la Grégorienne, une institution unique

Rare religieux allemand à bien connaître la question, il intègre en 2010 le groupe de travail créé par les autorités pour évaluer l’ampleur des scandales d’abus dans l’Église comme dans la société.

Il se rend alors compte du « besoin d’approfondissement » et fonde, en 2014, le Centre pour la protection des mineurs (CCP), financé par le diocèse de Munich, avec le soutien de la Grégorienne et d’une clinique d’Ulm spécialisée dans le traitement des abuseurs. L’objectif de cette institution unique qui, depuis trois ans, a pris ses quartiers à Rome : former des spécialistes capables de diffuser dans l’Église une culture de la prévention.

Des dizaines de prêtres, religieux et religieuses, ont été formés et, depuis la dernière rentrée le CCP propose un master, « seule formation dans le monde de deux années pleines sur la prévention des abus sexuels », souligne le père Zollner.

Les diplômés sont ensuite appelés à devenir à leur tour des formateurs dans leurs pays d’origine, y compris – et surtout ! – dans des pays se pensent relativement épargnés par la crise. L’équipe du CCP travaille avec une cinquantaine de pays et le père Zollner ne cesse de voyager dans le monde pour sensibiliser les responsables de l’Église.

« On m’appelle aujourd’hui un peu partout dans le monde, y compris dans des endroits où le problème ne fait pas encore la une de l’actualité. Je rencontre à chaque fois des personnes réellement engagées dans la prévention », raconte-t-il.

Un « changement culturel » qui nécessite du temps

« Au Kerala (sud de l’Inde), l’Église syro-malabare a dit publiquement que l’Église devait parler du sujet, alors qu’évoquer la sexualité y est culturellement très mal vue. Il aurait été impossible d’entendre ce discours il y a seulement cinq ans », se félicite le jésuite que La Croix avait rencontré en mars dernier, au retour d’un de ses voyages en Inde et juste avant qu’il ne vienne en France, rencontrer les évêques réunis à Lourdes.

Il voit dans ces exemples le résultat de l’impulsion donnée depuis plusieurs années par les plus hauts responsables de l’Église. Car, s’il reconnaît que la question impose un « changement culturel » qui nécessite du temps, il souligne aussi combien les choses ont déjà changé, notamment grâce aux victimes qu’il incite les évêques à aller rencontrer

« Beaucoup d’évêques savent se montrer proches des victimes » mais l’arrivée de nouveaux évêques l’oblige à recommencer sans cesse ce travail de formation, souligne-t-il. « Il faut reconnaître aussi qu’il y en a d’autres qui, s’ils savent sur le papier ce qu’ils doivent faire, manquent de l’attention nécessaire. »

« Les changements en un claquement de doigts, cela n’existe pas ! »

Benoît XVI et François ont pourtant donné l’exemple selon lui. Lui-même a accompagné plusieurs victimes au Vatican : « Certaines étaient calmes, sereines, d’autres, au contraire, écorchées vives. Le pape François prend toujours soin de les accueillir telles qu’elles sont. »

C’est pour que tous les évêques puissent faire cette expérience que les participants au sommet prévu à Rome fin février ont été priés de prendre contact avec les victimes de leur diocèse, « pour entendre de leur bouche les souffrances qu’elles ont endurées ».

Une bonne façon d’impulser le « changement culturel » nécessaire auquel travaille le père Zollner. « Je ne suis pas un magicien : les changements en un claquement de doigts, cela n’existe pas ! »

Nicolas Senèze, à Rome


Source lemonde.fr avec AFP 17 janvier 2019

Six prêtres traditionalistes en garde à vue pour violences sur des enfants

Cette enquête, menée par l’office central pour la répression des violences aux personnes et la police judiciaire de Lille, concerne des faits de violences « non sexuelles » sur des pensionnaires.

Six prêtres de la communauté traditionaliste de Riaumont (Pas-de-Calais) ont été placés en garde à vue, mercredi 16 janvier à Lille, dans le cadre d’une enquête concernant des violences physiques sur des pensionnaires, a-t-on appris de source proche de l’enquête.

Cette enquête, menée par l’office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) et la police judiciaire de Lille, concerne des faits de violences « non sexuelles »sur des pensionnaires qui « remontent » dans le temps mais qui« ont pu perdurer », selon cette source, confirmant une information de la chaîne M6.

Lutte contre « les idéologies anti-morales »

En mai, plusieurs informations judiciaires avaient été ouvertes pour des soupçons d’abus sexuels et de maltraitance dans cette communauté catholique traditionaliste sise à Lievin, qui lutte contre « les idéologies anti-chrétiennes et anti-morales ». Plus de 200 témoins et victimes ont été auditionnés par la police dans plusieurs pays depuis 2013, pour des faits remontant aux années 1990 et 2000. L’ancien prieur a notamment été mis en examen pour détention d’images pédopornographiques.

Cet institut traditionaliste comprend une école hors contrat qui dispense des cours de la sixième à la troisième, encadrés par des religieux de spiritualité bénédictine célébrant la liturgie en latin. La propriété abrite en outre un groupe scout traditionaliste et un centre de documentation baptisé « laboratoire scout ».


Source LACROIX.COM , le 17/01/2019

En Afrique, les religieuses victimes de la loi du silence

Par Constance Vilanova

Sur le continent africain, de nombreuses religieuses seraient abusées sexuellement par des membres du clergé et se confinent dans le silence.

Trente ans après la présentation au Vatican de deux rapports accablants, cette culture du secret semble persister, sans être entamée par le mouvement général de libération de la parole des femmes.

Aujourd’hui, des religieuses et prêtres missionnaires veulent comprendre les mécanismes de cette omerta qu’ils considèrent comme une bombe à retardement.

Depuis quelques mois, au Chili, en Inde ou en France, la parole de religieuses victimes d’abus commis par des membres du clergé se libère, mais l’Afrique, elle, a du mal à sortir du silence. Mails après mails, appels après appels répétés, la réponse, comme une fin de non-recevoir, reste la même :« Nous ne souhaitons pas parler. »Difficilement quantifiables, des cas d’abus existeraient pourtant bel et bien dans l’Église.

À l’image de celui rapporté par sœur Josée, une sœur congolaise qui a l’habitude de faire le tour des communautés de son pays d’Afrique centrale pour étayer ses recherches en théologie. Petite ville de République démocratique du Congo (RDC), en 2004. Un diacre rend visite à une communauté. Seul avec l’une des sœurs, il lui indique qu’il a soif. Alors qu’elle ouvre le réfrigérateur pour lui servir de l’eau, le diacre l’assomme d’un coup dans la nuque et la viole. Cette histoire sinistre, c’est sœur Josée qui la rapporte. Un viol dont elle n’a pas entendu parler directement de la bouche de la victime mais de la mère supérieure de celle-ci. Sœur Josée ne veut pas que son nom de famille soit publié, ni indiquer celui de sa congrégation. Un abus sexuel, trois femmes qui le retracent : toutes veulent rester anonymes.

Le recoupement des témoignages ne laisse aucun doute : les abus commis par des membres du clergé, parfois de haut rang, existent, notamment en RDC et au Kenya. Mais ils sont tus, ou racontés dans la confidence. « Si un jour, on devait révéler ce qu’il se passe ici, ce serait une bombe », déplore anonymement, lui aussi, un missionnaire à La Croix. Cette omerta empêche de quantifier le phénomène. Selon la majorité des missionnaires sollicités, deux dénominateurs communs se dégagent : le cadre où se déroulent ces viols et leur traitement par les congrégations.

La majorité des abus se produit dans les congrégations diocésaines, communautés autochtones qui dépendent financièrement d’un évêque. Les femmes consacrées y seraient moins surveillées que dans les congrégations internationales, et donc plus vulnérables.

Autre constat unanime : quand une communauté apprend que l’une de ses membres a été abusée, la victime en est le plus souvent renvoyée. Comme dans le récit que poursuit sœur Josée. La théologienne rapporte avec colère l’attitude de la supérieure : « Je lui ai demandé : ”Qu’avez-vous fait avec la jeune sœur ?” Elle m’a répondu : “En punition. Nous l’avons reléguée dans une communauté lointaine, en attendant le décret de renvoi. Il faut qu’elle parte vite : elle a souillé notre congrégation.” » Des congrégations fragiles et des victimes congédiées, un scandale dont le Vatican a pourtant connaissance depuis vingt ans. À la fin des années 1990, deux rapports sont présentés à Rome. Ces enquêtes devaient rester privées, mais l’hebdomadaire américain National Catholic Reporter(NCR) les publie en mars 2001.

En 1994, Maura O’Donohue, à l’époque médecin et coordinatrice pour le sida au sein du Fonds catholique de développement d’outre-mer de la Caritas, a réalisé un sondage auprès de religieuses de 23 pays, la majorité en Afrique subsaharienne. Elle y dénonçait, parmi d’autres situations tragiques, les viols commis par des prêtres sur des religieuses, considérées comme des partenaires « sûres », dans des pays gravement atteints par l’épidémie de sida. Décédée en 2015, la religieuse irlandaise a présenté son travail au cardinal Eduardo Martínez, alors préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée (CIVC).

En novembre 1998, un autre rapport de quatre pages est présenté à Rome, signé par la supérieure générale des sœurs missionnaires de Notre-Dame d’Afrique, la religieuse écossaise Marie McDonald. Il est exposé devant l’Union internationale des supérieures générales (UISG), l’Union des supérieurs généraux, son homologue masculin, et la CIVC. « Le harcèlement sexuel et même le viol de sœurs par des prêtres et des évêques sont fréquents », affirmait la religieuse dans son enquête, en ajoutant que « parfois, lorsqu’une sœur tombe enceinte, le prêtre insiste pour qu’elle se fasse avorter ». Sollicitée par La Croix, sœur McDonald n’a pas voulu répondre. Vingt ans après, elle ne veut plus parler.

En 2002, le prêtre américain Donald Cozzens publie Silence sacré. Le déni et la crise dans l’Église. Dans cet ouvrage, il analyse la vulnérabilité des sœurs en Afrique. Pour mener à bien son analyse, il avait échangé avec sœur O’Donohue.« La publication sans son accord de son rapport dans le NCR en 2001 a été une expérience très douloureuse pour sœur Maura. Elle a été vivement critiquée dans l’Église. On l’a, par exemple, accusée de racisme », souligne ce professeur de théologie dans l’Ohio. Il affirme qu’en réaction aux deux rapports, à la fin des années 1990, le Vatican aurait envoyé une lettre aux évêques africains.« Certains ayant reçu cette lettre étaient directement concernés. Comment cet avertissement peut-il fonctionner si c’est à un agresseur sexuel que l’on demande de faire arrêter une pratique dans laquelle il est lui-même impliqué ? »,s’insurge le père Cozzens.

Relancée à plusieurs reprises l’été dernier, l’UISG n’a pas souhaité répondre aux sollicitations de La Croixen affirmant qu’un communiqué paraîtrait « d’ici peu ». Publié le 23 novembre dernier, celui-ci demande« que toute religieuse ayant été abusée dénonce cet abus auprès de la responsable de sa congrégation, et auprès des autorités ecclésiales ou civiles selon le cas ». L’organisation y condamne fermement « la culture du silence et du secret » et s’engage, une fois saisie, à offrir écoute et aide à toute personne souhaitant déposer une plainte auprès des organisations compétentes.

Malgré la publication des deux rapports, la situation de certaines religieuses africaines alarme toujours, et ce sans que leur supérieure leur porte parfois secours. Sœur Josée rapporte à ce propos un nouveau témoignage. En 2011, dans une congrégation « d’une grande ville de RDC », une novice confie à la théologienne congolaise que sa supérieure envoie les jeunes sœurs dormir à tour de rôle chez un évêque émérite comme garde-malade. Toutes reviendraient en affirmant avoir été forcées d’avoir une relation sexuelle avec lui. Sœur Josée dénonce : « La supérieure a répondu à l’une des sœurs : “Il nous a fait don de toute une maison. Par gratitude, nous lui devons au moins ça. Si tu refuses, la congrégation va te sanctionner.” »

Comment expliquer qu’une omerta plane encore ? Sœur Mary Lembo, religieuse togolaise, prépare une thèse de doctorat sur les liens entre prêtres et religieuses en Afrique, à l’Institut de psychologie de l’Université grégorienne, à Rome. Sans vouloir citer les pays d’Afrique subsaharienne où elles se sont déroulées, elle travaille sur 12 cas d’agressions sexuelles pour en comprendre les mécanismes psychiques. Selon cette spécialiste, si la loi du silence sévit encore dans le continent, c’est que la figure du prêtre en Afrique reste singulière. « Cette figure est respectée et même crainte. Les victimes ont tendance à se culpabiliser. Dans ces cas d’abus, c’est souvent la religieuse qui est mise en cause, c’est elle qui a attiré le regard ou l’attention : elle est souvent directement condamnée. »

Pour le père Stéphane Joulain, Père Blanc et psychothérapeute spécialisé dans le traitement des abus sexuels, l’idéalisation du prêtre africain fait écho au cléricalisme sur le continent : « Le rapport homme-femme y est différent, même s’il évolue. L’homme domine, et le prêtre d’autant plus. » Mais d’après ce spécialiste, l’omerta règne surtout parce que si la parole des religieuses se libère, la question du célibat des prêtres se posera automatiquement. « Au Synode des évêques pour l’Afrique, en 2009, le célibat avait été suggéré comme point de discussion, mais plusieurs évêques s’y sont opposés. Selon eux, cela stigmatiserait les prêtres africains en les considérant moins capables que les autres de vivre un célibat chaste »,confie-t-il.

Autre fondement de cette culture du secret, les jeunes religieuses entreraient dans les congrégations diocésaines dans des situations très précaires. Une pauvreté dont certains prêtres tireraient profit. « Il ne faut pas nier que, dans certains cas, la relation prêtre et femme consacrée est consentie », avoue un autre missionnaire.« Très pauvres, elles ont besoin de soutien financier et le prêtre les aide », déplore-t-il en ajoutant : « En majorité toutefois, les prêtres n’attaquent pas tout de suite mais instaurent une relation de dépendance. »

Dans certaines congrégations, les supérieures ont décidé de prendre les devants pour assurer la sécurité de leurs religieuses. L’exemple kényan l’illustre bien. Pour que les postulantes entrent dans une congrégation, elles ont besoin d’une lettre de recommandation du prêtre de leur paroisse qui en profite parfois pour demander en échange une faveur sexuelle. Une manipulation que sœur Josée dénonce elle aussi. Le père Joulain confirme : « Dans plusieurs congrégations kényanes, il est désormais demandé que ce soit l’animatrice vocationnelle qui aille recueillir cette lettre auprès des curés, afin de protéger les postulantes. »

Comment protéger les femmes consacrées africaines ? Selon sœur Mary Lembo, la solution consisterait à les former en amont. « Il faut mettre en place plus de moyens pour fixer les limites dans les relations. Il faut leur apprendre à découvrir les stratagèmes du prêtre ”prédateur”, à déceler des sollicitations pour dire non tout de suite », décrypte la doctorante, ajoutant qu’il faut apprendre aux victimes à dénoncer. À ses yeux, c’est surtout la place de la femme qui doit changer. Dans la société et dans l’Église, comme le résume, lapidaire, le père Joulain : « Ce qu’il faut changer, c’est ce précepte : le sacerdoce d’un prêtre vaut plus que la virginité d’une sœur. »


Source francetvinfo.fr  16/01/2019

Histoires d’info. L’Église au défi de la justice de la République

Depuis 2000, l’Église catholique française a beaucoup fait pour permettre aux crimes pédophiles d’être jugés. Mais la route est encore longue et semée d’embuches juridiques.

PAR Thomas Snégaroff Radio France

Dans les années 1990, les affaires de pédophilies commencent à bousculer l’Église. Mais un procès en particulier va changer beaucoup de choses.

Nous sommes le 9 octobre 2000 et s’ouvre à Caen le procès de l’abbé Bissey. Un curé accusé de viols et d’agressions sexuelles sur une douzaine de garçons mineurs entre 1985 et 1996. Mais si ce procès est exceptionnel, c’est parce qu’il vise également un évêque, monseigneur Pican, évêque de Bayeux et de Lisieux. Ses avocats ont une ligne de défense claire : “La jurisprudence est sur ce terrain constante. Les confidences reçues dans le cadre du ministère relèvent du secret professionnel”. Sous-entendu, l’évêque ne peut être accusé de ne pas avoir dénoncé des crimes qu’il ne pouvait dénoncer.

L’abbé Bissey sera condamné à 18 ans de prison et en correctionnelle l’évêque sera également condamné, plus légèrement à trois mois avec sursis.

Un électrochoc dans l’Église

La condamnation d’un évêque est rarissime. Une première depuis la Révolution française et un électrochoc au sein de l’Église catholique française.

Un mois après le procès de l’abbé Bissey, s’ouvre la conférence épiscopale, à Lourdes et la question de la pédophilie est au cœur des débats. L’évêque des armées, monseigneur Dubost est en faveur une libération de la parole.

« C’est le devoir de celui qui sait de se mettre en rapport avec la justice. Moi je pense qu’il faut parler »Monseigneur Pierre Dubost/ France Inter, le 9 novembre 2000

C’est la position officielle de l’Église depuis cette conférence épiscopale de 2000. Une décision finale, fortement appuyée par le Vatican qui parlait à l’époque de “crime contre l’humanité” pour caractériser la pédophilie. Cela marque un vrai changement d’attitude de l’Église : les prêtres doivent en répondre à la justice et leurs évêques ne doivent être ni être silencieux, ni couvrir des crimes pédophiles.

La question de la confession

Dans le cas de Monseigneur Pican condamné à trois mois de prison, on avait entendu ses avocats évoquer le secret professionnel, en l’occurrence la confession. Le tribunal avait considéré que ça ne tenait pas si une victime ou la famille dénonçait des faits, ce qui était le cas ici.

La question de la confession est une question ultra-sensible qui ne concerne pas l’affaire qui touche le cardinal Barbarin, les dénonciations qu’il avait reçues en 2007 et 2008 ne l’avaient pas été dans le cadre de la confession. Mais cela reste un enjeu majeur pour éradiquer la pédophilie dans l’Église. La question de la confession pose un double problème.

D’abord un problème pénal : si depuis 1994 en cas de sévices sur mineurs, le secret professionnel peut-être brisé, le secret professionnel préserve de l’obligation de dénoncer les sévices. Et puis il y a un problème peut-être plus profond, c’est la concurrence entre le droit pénal et le droit canonique, celui de l’Église, qui fait du secret de la confession un absolu selon le code de droit canonique (canon 983) qui ne souffre d’aucune d’exception, sous peine d’excommunication pour celui qui l’enfreint. Sur ce point, malgré les ouvertures qu’on a vues depuis 2000, rien n’a bougé.


Source LAVIE.FR 16/01/2019

Prostitution : le péril jeunes

PAR  Violaine des Courières

En France, entre 6000 et 10.000 adolescents se font payer contre des prestations sexuelles. Ce phénomène, facilité par les réseaux sociaux, touche tous les milieux. Une proposition de loi a été déposée pour lutter contre ce fléau.

« Sauve-moi. Viens me chercher, papa ! » Au téléphone, Maud, 15 ans, hurle. Entre deux sanglots, elle crie son désespoir. Il est 2 heures du matin. Elle est frigorifiée. Elle vient de se réveiller sur un banc, dans un square qu’elle ne connaît pas, droguée et alcoolisée. Christophe, son père, avait éteint son téléphone en cette nuit de décembre. Il ne découvre le message que le lendemain. En attendant, les pompiers sont intervenus. La jeune fille a été hospitalisée, mais sitôt sortie de l’hôpital elle a repris sa descente aux enfers. Voilà un an et demi qu’elle fréquente des réseaux de dealers et qu’elle se prostitue. Un an et demi qu’elle fugue de la maison, est retrouvée par la police, promet de ne plus recommencer… et replonge aussitôt. Un cercle dont elle est prisonnière depuis ses 14 ans. Le réseau de dealers de cocaïne dans lequel elle évolue actuellement est d’une telle violence que Christophe craint que Maud ne « finisse dans le coffre d’une voiture, une balle dans la tête ».

Personne n’aurait pu imaginer pareil destin pour cette jeune fille, élevée dans une grande maison lilloise avec ses deux petits frères, scolarisée dans un établissement privé catholique depuis la maternelle. Avant de tomber dans la prostitution, Maud était connue pour être une adolescente brillante, polyglotte et cultivée. Christophe et Caroline, tous deux chefs d’entreprise, disent toujours avoir régulé leur carrière pour être au plus près de leurs enfants. À midi, Maud rentrait déjeuner. Le soir, tout le monde riait autour de parties de Monopoly. Durant leurs deux mois de vacances, « les enfants partaient partout, aux États-Unis, en Asie »… Ce qui s’est passé pour Maud semble incompréhensible. Et pourtant…

Harcèlement sexuel, viol et réseau

En France, selon les pouvoirs publics, entre 6000 et 10.000 mineurs se prostituent. « Ces jeunes-là viennent de partout, y compris des VIIe ou XVIe arrondissements de Paris », martèle Armelle Le Bigot-Macaux, présidente de l’association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE). Dans ses locaux, rue Mondétour à Paris (Ier), les parents d’enfants prostitués se réunissent tous les mois pour des groupes de parole. Ils sont issus de tous les milieux. Une réalité loin de la médiatisation du phénomène, la plupart du temps délimitée aux quartiers défavorisés.


Source LACROIX.COM le 14/01/2019

Abus sexuels, cinq questions sur le sommet organisé au Vatican

Par Nicolas Senèze, à Rome

Tous les présidents de conférences épiscopales du monde sont convoqués à Rome, du 21 au 24 février, pour réfléchir avec le pape et les responsables de la Curie, à la prévention des abus sur les mineurs et les adultes vulnérables.

► Pourquoi ce sommet ?

Le 12 septembre 2018, le Saint-Siège avait annoncé que, sur la suggestion du Conseil des cardinaux, le pape avait décidé une réunion, du 21 au 24 février 2019 à Rome, « pour parler de la prévention des abus sur les mineurs et les adultes vulnérables ».

Cette annonce intervenait après la révélation, dans l’été, de nouvelles affaires de dissimulation d’abus sexuels sur mineurs par le clergé,notamment aux États-Unis. Elles avait été suivies par des allégations d’un ancien nonce aux États-Unis qui accusait le pape François et tout ce que le Vatican a compté de responsables depuis le début des années 2000 d’avoir couvert et dissimulé les agissements du cardinal Theodore McCarrick, lui-même accusé d’abus sur mineurs et poussé par le pape à démissionner du collège cardinalice.

Plus largement, l’annonce de cette rencontre – « sans précédent », rappelle le Vatican – intervient au terme d’une année difficile marquée par la révélation d’affaires d’abus sexuels un peu partout dans le monde. Pour le Chili, le pape avait déjà été obligé de convoquer l’ensemble des évêques du pays à Rome qui, au terme de trois jours de réflexion, lui avaient présenté en bloc leurs démissions.

En septembre, juste avant la réunion du « C9 », la Commission pontificale pour la protection des mineurs avait insisté sur le fait que la crise des abus sexuels doit être la « priorité » de l’Église. « Si l’Église se révèle incapable de répondre de tout son cœur à cette question et d’en faire une priorité, toutes nos autres activités d’évangélisation, d’œuvre de charité et d’éducation, en seront touchées », avait mis en garde son président, le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston (États-Unis), dans un entretien à VaticanNews.

► Qui participera ?

La rencontre, à laquelle le pape participera en personne, est d’abord destinée aux présidents de toutes les conférences épiscopales (une centaine dans le monde) ainsi qu’aux primats des Églises orientales catholiques unies à Rome.

Le Vatican a également indiqué la participation des supérieurs de la Secrétairerie d’État, des préfets des congrégations de la Curie concernées (Doctrine de la foi, pour Églises orientales, évêques, évangélisation des peuples, clergé, vie consacrée) et celui Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie. Des représentants de l’Union des supérieurs généraux et de l’Union internationale des supérieures générales sont aussi invités.

Comme le précise le Vatican, cette rencontre « concerne avant tout les évêques », parce qu’« ils sont en grande partie responsables de ce grave problème », mais elle bénéficiera aussi de la contribution « d’hommes et de femmes laïcs experts dans le domaine de la maltraitance », ainsi que des membres de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, pour un échange « le plus libre et fructueux possible ». Des victimes devraient également être invitées.

► Qui l’organise ?

Le pape a confié l’organisation de cette rencontre à un comité spécial composé des cardinaux Blase Cupich, archevêque de Chicago (États-Unis), et Oswald Gracias, archevêque de Bombay (Inde), de Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et secrétaire adjoint de la Congrégation pour la doctrine de la foi, et du jésuite Hans Zollner, président du centre pour la protection des mineurs de l’Université pontificale grégorienne et membre de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, chargé de la coordination.

Le comité s’est rapidement mis au travail, sollicitant, outre la Commission pour la protection des mineurs, les deux sous-secrétaires du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, Gabriella Gambino (section pour la vie) et Linda Ghisoni (section pour les laïcs).

Dès le 18 décembre, il a adressé une lettre aux présidents de conférences épiscopales, ainsi qu’un questionnaire qui doit leur permettre « d’exprimer leur opinion de manière à la fois constructive et critique » et ainsi d’aider l’ensemble des participants à avoir « une image globale de la situation dans l’Église » et à « identifier là où une aide doit être apportée aux réformes, maintenant et pour l’avenir ».

« L’une des tâches du comité sera également de préparer une documentation de base pour les participants afin que la rencontre de février puisse s’insérer dans le chemin accompli jusqu’ici », a aussi expliqué le père Zollner à VaticanNews.

► Quel est le statut de cette rencontre ?

Dans un entretien à VaticanNews, le père Zollner a décrit la rencontre de février comme « un échange qui devra être le plus libre et fructueux possible, et qui devra être un moment à la fois de prière et de réflexion, d’analyse et de proposition ».

« Les évêques écouteront les victimes, parleront avec des experts, s’entretiendront les uns avec les autres sur les sujets qui leur seront présentés », a ajouté Mgr Scicluna. Le procédé et les modalités de la rencontre s’apparenteront à ceux d’un Synode : « il y aura des sessions plénières, des groupes de travail linguistiques et des rapports ; il y aura des prières en groupes, des intervenants. Ce sera un mélange d’information, de formation, de discussion », précise-t-il.

À la différence d’un Synode, toutefois, elle n’aura pas, en tant que tel, de caractère consultatif ou décisionnel. Interrogé par VaticanNews, Mgr Scicluna a reconnu que les sujets les plus pratiques, comme la modification du droit canonique, ne devraient pas être abordés pendant la rencontre.

Mais il n’excluait pas non plus son évolution à plus ou moins court terme : « le droit canonique suit toujours la réalité et il devra changer en réponse aux nouveaux problèmes et aux nouvelles priorités de l’Église », a-t-il affirmé. Il envisage, par exemple, « un rôle plus fort confié aux évêques métropolitains » mais aussi « un rôle plus grand pour les victimes dans les procès canoniques ».

Enfin, la rencontre devrait aussi avoir une forte dimension spirituelle, un peu comme une retraite. Selon l’archevêque de Malte, une liturgie pénitentielle est d’ailleurs prévue, à la demande du pape François, et les victimes en seront partie prenante.

► À quoi peut-elle aboutir ?

Mgr Scicluna espère surtout que la rencontre permettra aux évêques, supérieurs religieux et responsables de la Curie de prendre la mesure de la « gravité de la situation » et de réfléchir ensemble à des solutions.

C’est ainsi que le comité organisateur a « exhorté » chaque président de conférence épiscopale « à contacter les victimes des abus sexuels commis par le clergé dans leurs pays respectifs et à leur rendre visite avant la réunion de Rome, pour entendre de leur bouche les souffrances qu’elles ont endurées ».

Il s’agit d’« un moyen pratique de s’assurer que les survivants des abus commis par des prêtres seront en tête des priorités » afin de trouver les moyens de faire face à la crise des abus « dans la solidarité, l’humilité et la pénitence ».

Le cap fixé est donc clair : « responsabilité », nécessité de « rendre des comptes » et « transparence ». « En l’absence d’une réponse globale et commune, non seulement nous ne réussirons pas à apporter la guérison aux victimes, mais la crédibilité même de l’Église dans sa mission à la suite du Christ sera mise en péril dans le monde entier », mettent d’ailleurs en garde les organisateurs.

Dans le premier éditorial qu’il a signé pour VaticanNews, Andrea Tornielli, son nouveau directeur éditorial, a d’ailleurs mis en avant ce point dans la lettre que le pape François a récemment envoyé aux évêques américains, où il relève que « la crédibilité de l’Église a été fortement remise en question et a été affaiblie par ces péchés et ces crimes, mais spécialement pas la volonté de les dissimuler et de les cacher ».

Le pape mettait notamment en garde contre le fait de trop se fier à des actions qui apparaissent « utiles, bonnes et nécessaires », et même « justes », mais qui n’ont pas « la saveur de l’Évangile » si elles tendent à réduire la réponse au mal seulement à un problème d’organisation.

Dans la même optique, le but de la rencontre de février est donc moins de fixer des bonnes pratiques de type managériales, que d’amener l’Église à un changement d’état d’esprit sur le sujet. Comme l’explique le pape dans sa Lettre au Peuple de Dieu, il s’agit de « donner vie à une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées ».

Comme l’a souligné le cardinal Cupich au site américain Crux si « une seule rencontre ne résoudra pas tous les problèmes », celle de février devrait marquer le « début d’un processus global, d’une réforme mondiale ».


Source Ouest-France avec AFP le 12/01/2019

Pédophilie dans l’Église. Prison ferme pour un prêtre aux États-Unis

Un prêtre de Pennsylvanie, aux États-Unis, a été condamné vendredi à plusieurs années de prison pour avoir abusé d’enfants dans des presbytères. Des crimes passés sous silence pendant des décennies par la hiérarchie catholique.

Un prêtre catholique qui avait reconnu avoir sexuellement abusé de mineurs en Pennsylvanie a été condamné vendredi à une peine pouvant aller de deux ans et demi à 14 ans de prison, deuxième prêtre à être incarcéré après un rapport accablant sur les abus du clergé dans cet État.

Le prêtre, David Poulson, 65 ans, avait plaidé coupable en octobre après avoir été accusé d’agressions sexuelles et de tentatives d’agressions sur deux garçons de 8 et 15 ans dans son diocèse d’Erie, dans le nord-ouest de la Pennsylvanie.

Des décennies d’abus sexuels

David Poulson avait sexuellement agressé un des garçons « plus de 20 fois dans des presbytères », a souligné le procureur fédéral de Pennsylvanie, Josh Shapiro, cité vendredi dans un communiqué. « Il a obligé la victime à se confesser et à se confesser de ces abus à Poulson lui-même », a-t-il ajouté.

Le prêtre avait aussi tenté d’agresser à de nombreuses reprises les garçons dans un chalet qu’il possédait à la campagne.

Le cas du père Poulson figurait dans le rapport publié en août par le procureur général de Pennsylvanie, détaillant des décennies d’abus sexuels dans cet État commis par plus de 300 prêtres sur plus de 1 000 enfants, et les efforts de la hiérarchie catholique pour les dissimuler.

Manque de réaction de la hiérarchie catholique

David Poulson avait lui-même avoué en 2010 à l’évêque de Pennsylvanie de l’époque, Donald Trautman, être attiré par les jeunes garçons. Mais l’évêque, retraité en 2012, l’avait néanmoins laissé exercer son ministère, se contentant de le changer de paroisse, et le père Poulson n’a été suspendu pour de bon qu’en 2018, a souligné le procureur Shapiro.

Si la plupart des cas cités dans le rapport tombaient sous le coup de la prescription, deux prêtres avaient été inculpés dans le cadre de l’enquête : M. Poulson et John Sweeney, condamné lui, le mois dernier, à entre 11,5 mois et 5 ans de prison, pour avoir abusé d’un enfant de 10 ans dans les années 1990.

Des centaines d’enquêtes criminelles ouvertes

Le rapport de Pennsylvanie a ébranlé l’Église catholique américaine et déclenché des enquêtes criminelles dans plusieurs autres États du pays.

En décembre, la procureure de l’Illinois a publié un rapport d’étape indiquant que près de 700 prêtres de cet État du Midwest américain avaient été accusés, sur plusieurs décennies, d’agressions sur mineurs.

Ces rapports ont poussé procureurs et associations de victimes à relancer les efforts pour faire supprimer les délais de prescription qui limitent les poursuites de ce genre de crimes, sans succès jusqu’ici.


Source lemonde.FR Publié le 11 janvier 2019 à

Pédophilie dans l’Eglise : « La conséquence de l’inadéquation de la forme actuelle du catholicisme avec nos sociétés »

Dans un entretien à l’occasion du procès Barbarin à Lyon, Christine Pedotti, directrice de la revue « Témoignage chrétien », juge nécessaire une profonde réforme de l’Eglise catholique.

Propos recueillis par Cécile Chambraud    (Service société du « Monde »)

Christine Pedotti, directrice de Témoignage chrétien, est l’auteure de Qu’avez-vous fait de Jésus ? (Albin Michel, 180 p., 15 euros). Elle a entre autres publié Jésus, l’homme qui préférait les femmes (Albin Michel, 2018) et Jésus, l’encyclopédie (Albin Michel, 2017).

A l’heure du procès du cardinal Philippe Barbarin à Lyon pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs », vous estimez que l’éradication de la pédophilie passe par la réforme complète de l’Eglise catholique. Pourquoi ?

Je ne suis pas la seule à le penser, c’est aussi le constat du pape François quand il dénonce le cléricalisme. Le cléricalisme, c’est ce système centralisé et fermé sur lui-même dans lequel tout le pouvoir de décision et de contrôle a été confié aux prêtres et aux évêques. C’est un entre-soi. Dans son histoire, face aux crises, le catholicisme a toujours choisi de rendre le clergé plus performant, plus « pur ». Il y avait des raisons légitimes à la réforme grégorienne.

Mais proroger jusqu’à aujourd’hui un système qui centralise dans les mains de quelques-uns tous les pouvoirs nous a conduits au drame de la pédophilie, où on constate l’absence de moyen de contrôle et de régulation.

Le prêtre a été de plus en plus mis à part. Dans les premiers siècles, les pères de l’Eglise disaient que le chrétien est un autre Christ. Dans la vision actuelle, seul le prêtre est un autre Christ. Le glissement a été progressif sur un millénaire, mais il s’est accéléré au cours des deux derniers siècles et particulièrement depuis vingt ans.

Confrontés à un problème de recrutement, Jean Paul II et Benoît XVI ont choisi de resacraliser la personne du prêtre. Il y a eu une recléricalisation du catholicisme. Les prêtres qui avaient vécu le concile Vatican II (1962-1965) considéraient qu’ils étaient dans une forme de cogestion avec les baptisés. Les prêtres suivants se considèrent davantage à part.

Comment le discours de l’Eglise sur la sexualité a-t-il contribué à la crise ?

L’Eglise a construit un système de quasi totale prohibition. Pour elle, l’exercice de la sexualité doit être limité à l’étreinte conjugale dans le cadre d’un unique mariage sans moyen de contraception autre que le choix des périodes non fécondes. Ça ne fait pas large !

Par ailleurs, on ne trouve pas dans les textes de principe de gradualité. Une masturbation, un viol : ce sont toujours des atteintes à la chasteté. C’est dans cette rubrique qu’on trouve l’article sur le viol dans le Catéchisme de l’Eglise catholique [1992], et il y est écrit que la première chose qui est lésée, c’est la charité et la justice. C’est sidérant !

Quand on additionne prohibition et absence de gradualité, on devient incapable de faire la différence entre des atteintes à une discipline de « pureté » (un prêtre qui se masturbe, par exemple) et des violences contre des personnes, en l’occurrence des enfants. Ce ne sont pas les personnes qui sont premières, mais les principes.

Ma première colère vient du nombre de prêtres et d’évêques qui disent : « On ne savait pas. » Comment des gens que je connais bien et que j’estime peuvent tout d’un coup dire : « Nous ne nous rendions pas compte à quel point c’était grave pour les enfants » ? Ce système les déshumanise, assèche leur intelligence.

Vous estimez l’Eglise menacée dans son existence. Quelles réformes proposez-vous ?

La crise de la pédophilie n’est pas un épiphénomène dont on ne parlera plus dans cinq ou sept ans, quand on aura rendu effective la tolérance zéro. C’est la conséquence d’une crise ancienne, qui est l’inadéquation de la forme actuelle du catholicisme avec nos sociétés.

Celles-ci font de grands progrès en termes de régulation des pouvoirs et de protection des droits des personnes. Ce système-là n’est pas en œuvre dans l’Eglise. Celle-ci a raté une marche dans le chemin de la modernité, celui de l’émancipation. Si on ne fait pas les réformes nécessaires, le système ecclésial deviendra totalement muséographique.

L’article 26 du Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, établi par le Vatican, critique « la tentation de l’égalitarisme et du démocratisme » ! L’Eglise considère au fond que son modèle d’organisation est en contradiction avec celui de nos sociétés, et elle dit : « Chez nous, pas de démocratie, pas de parité, pas d’égalité des droits. On n’a pas besoin de système de régulation des pouvoirs, car notre pouvoir est un service que nous rendons au nom de Dieu. »

Il y a une tension entre une conception de l’Eglise considérée comme une société parfaite, et une conception de l’Eglise comme peuple de Dieu. Persister dans la théologie ancienne de la société parfaite, où les plus parfaits des parfaits sont les prêtres, les évêques, entre en conflit avec des sociétés plus horizontales. L’Eglise ne tiendra pas longtemps si elle ne prend pas en charge la question de la démocratie et le droit des femmes.