Retraite Evangelii Gaudium

Retraite spirituelle avec La joie de l’Evangile du Pape François

Considérations générales sur la retraite spirituelle

La retraite, c’est 

Un moment de repos. Oui il faut bien se reposer comme le demande Jésus á ses disciples “Venez vous-mêmes à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu.” (Mc6, 31). 

Un moment d’exercices spirituels.  Les exercices spirituels sont pour reformer sa vie, mettre de l’ordre, s’attacher á Jésus et se détacher du non-nécessaire.  Le but est de conduire petit à petit le retraitant à accueillir l’amour de Dieu, à grandir en familiarité avec le Christ et à choisir comment ordonner sa vie à la suite de Jésus-Christ.  Les exercices spirituels c’est aussi une forme de méditer l’évangile avec ses 5 étapes. En réalité aujourd’hui nous adoptons différentes spiritualités et méthodes de prière:  devotions populaires, prières charismatiques, spiritualité sociale (liberation), spiritualité monastique (prière et travail), spiritualité missionnaire (disciple, universalité, proximité)

Un moment pour retrouver une conscience chrétienne.  Nous prenons conscience de notre identité chrétienne. Souvent nous vivons avec une identité fausse, une identité acquise, une identité usurpée.  Nous avons besoin de retrouver notre identité ontologique, essentielle, l’identité de “Fils-de-Dieu”, nous sommes divins, “de Dieu”, nous appartenons á Jésus.

Un moment de formation permanente. C’est un temps pour stimuler la réflexion, l’approfondissement en vue d’une transformation.  La retraite est un temps pour penser, étudier, approfondir.  En mission nous n’avons pas beaucoup de temps pour penser. C’est important de prendre un temps pour réfléchir sur notre mission, nos activités missionnaires.  Nous sommes invités á être des missiologues. Notre vie missionnaire est faite de rencontres personnelles et d’activités. Ce qui apparait dans notre mission c’est “qui est Dieu? Qui suis-je? Qui sont les autres?  Il faut sortir de la logique dualiste de “bien et mal”, “bon et mauvais”. Il faut rentrer dans la logique du “Dieu” ou “non Dieu”. La clé de notre reflexion est la VOLONTÉ DE DIEU.

Un moment de discernement. Nous sommes invités á faire un discernment évangélique c’est-á-dire poser un regard de disciple missionnaire sur la réalité, sur notre vie. Ce doit être un regard pénétrant, “voir le coeur de la réalité et non l’apparence” et voir avec le coeur.  Il ne s’agit pas de ne rechercher que le mal, ce qui ne va pas.  Il s’agit de rechercher le magis, davantage et mieux.

Un moment spirituel. Faisons attention á ne pas séparer les différentes dimensions de nos vies.  Héritiers de la pensée dualiste on a pris l’habitude de séparer, distinguer les différentes dimensions de notre vie (vie apostolique, vie spirituelle, vie communautaire, vie relationnelle). On parle souvent de la retraite comme un moment de transfiguration suivi de la descente du mont pour la vraie vie.  Je ne crois pas que la retraite soit cela.  Nous sommes un tout. Le temps de retraite ne signifie pas passer 24h dans la chapelle pendant 8 jours et après passer 357 jours sans “moment” de prière. Nous allons vivre un moment normal: dormir, prendre soin de soi, faire du sport, lire, méditer, écrire, se promener, faire le ménage de sa chambre, prier, penser, chanter, célébrer…

La seule différence est que nous avons laissé “certaines activités” et certaines personnes. Mais nous savons que ces personnes et même ces activités font partie de nous, de notre vie. Nous avons quitté le village mais le village est en nous. Nous allons donc “méditer”, comprendre le sens de ces activités et de ces personnes dans notre vie missionnaire. Ne cherchons même pas á les oublier. Missionnaires, nous sommes une seule chaire avec ce peuple.

Moment de silence. Faire silence pour découvrir “l’espace divin en soi” (S. Paidanath, The Power of Silence). Faire silence pour apprendre la sagesse, “écoute-moi: fais silence, et je t’enseignerai la sagesse (Job 33, 33)

Moment de rencontre. Même si nous gardons le silence c’est un moment de rencontre avec soi-même, avec Jésus, avec les autres. Jésus se révèle á travers ces rencontres entre confrères. Être ensemble pour prier est faire une retraite.

Moment d’accompagnement spirituel. Qui le désire peut partager avec un de ses confrères. C’est important de se confesses. On peut se confesser entre confrères. C’est un geste d’amour, un geste de confiance. C’est même beau.

La retraite selon le Pape François c’est “créer des espaces adaptés pour motiver et régénérer les agents pastoraux, « des lieux où ressourcer sa foi en Jésus crucifié et ressuscité, où partager ses questions les plus profondes et les préoccupations quotidiennes, où faire en profondeur et avec des critères évangéliques le discernement sur sa propre existence et expérience, afin d’orienter vers le bien et le beau ses choix individuels et sociaux.” (EG77)

  • Espaces (lieux) adaptés: espace, lieux de rencontre
  • Motiver: donner de l’énergie, du mouvement, de la vie
  • Régénérer: naitre de nouveau
  • Ressourcer sa foi = aller á la source (puits d’eau vive, vie, fontaine…)
  • Redécouvrir une personne Jésus Crucifié et Ressuscité… tel qu’il est. Il n’est pas ce qu’il me donne, ce qu’il est capable de me donner… je n’ai pas une relation fonctionnelle avec Jésus.
  • Partager = dialogue avec Jésus, conversation, parler et écouter, parler avec le coeur
  • Questions les plus profondes = aller á l’essentiel, la vérité sur soi, la sincérité au fond du coeur (Ps50)…qui suis-je?
  • Les préoccupations quotidiennes: ne pas minimiser ces préoccupations. Notre vie se trouvent dans le quotidien. Notre vie n’est pas événementiel. Elle est vie quotidienne. Notre spiritualité se vit chaque jour.
  • Le discernement sur sa propre existence et expérience = voir clair, identifier, distinguer, éclaircir, comprendre, faire la lumière, évaluer
  • En profondeur = avec le regard de Dieu, de Jésus… seul Dieu voit le fond du coeur
  • Critères évangéliques: le modèle, le critère d’évaluation c’est la personne et l’évangile de Jésus
  • J’ai des choix á faire, des décisions á prendre pour moi-même et pour les personnes…quelles décisions prendre?
  • Orienter mes décisions ver le bien et le beau

Le thème de la joie de l’évangile

L’intention du Pape François =

Une nouvelle étape évangélisatrice, des voies nouvelles

“Dans cette Exhortation je désire m’adresser aux fidèles chrétiens, pour les inviter à une nouvelle étape évangélisatrice marquée par cette joie et indiquer des voies pour la marche de l’Église dans les prochaines années. (EG1)”: la recherche du nouveau est générateur de vie.  Il ne s’agit pas d’une critique á l’histoire de la mission. La même évangélisation continue. Mais il faut toujours enter dans quelques choses de nouveau, il faut créer du nouveau. Être debout ne suffit pas. Il faut être debout en mouvement comme la statue du pharaon d’Egypte.

Un style évangélisateur

“Tous en effet aident à tracer les contours d’un style évangélisateur déterminé que j’invite à assumer dans l’accomplissement de toute activité. (EG18)”: nous avons besoin d’un style évangélisateur “déterminé”, clair, qui nous identifie comme disciple-missionnaire de Jesus Christ.  Le disciple de Jésus doit être identifiable, reconnaissable. 

La nécessité d’un programme: être en état permanent de mission

“Je souligne que ce que je veux exprimer ici a une signification programmatique et des conséquences importantes. J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une « simple administration » dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un « état permanent de mission ». (EG25)”:  savoir ce qu’on veut et où on va.  Nous ne vivons pas au hasard. Nous avons un programme de vie. Nous avons un programme missionnaire. Nous avons une mission bien claire. 

Une retraite missionnaire

“Nous entendons tout mettre en terme missionnaire” (EG34)

L’intention de la retraite: 

une méditation sur la joie de l’Evangile pour approfondir notre identité missionnaire comme “un état permanent de mission”

“Retrouvons et augmentons la ferveur, «la douce et réconfortante joie d’évangéliser, même lorsque c’est dans les larmes qu’il faut semer […] Que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ ».” (EG10)

réfléchir sur ce manque de spiritualité missionnaire

“réfléchir sur ce manque de spiritualité profonde qui se traduit par le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission, car elles croient que rien ne peut changer et pour elles il est alors inutile de fournir des efforts. Elles pensent ceci : “Pourquoi devrais-je me priver de mon confort et de mes plaisirs si je ne vois aucun résultat important ?”. Avec cette mentalité il devient impossible d’être missionnaires. Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. Il s’agit d’une attitude autodestructrice, car «l’homme ne peut pas vivre sans espérance : sa vie serait vouée à l’insignifiance et deviendrait insupportable ». Si nous pensons que les choses ne vont pas changer, souvenons-nous que Jésus Christ a vaincu le péché et la mort et qu’il est plein de puissance. Jésus Christ vit vraiment. Autrement, « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message » (1 Co 15, 14). L’Évangile nous raconte que les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc 16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Il nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Le Christ ressuscité et glorieux est la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie” (EG275)

Une méthodologie =

  1. Le thème du jour
  2. La grâce á demander
  3. Un texte biblique de base qui oriente notre méditation
  4. Des points de méditation
  5. Les réflexions du pape François dans Evangelii Gaudium
  6. Propositions de textes bibliques pour la méditation personnelle.

Une prière pour la retraite

Vierge et Mère Marie, toi qui, mue par l’Esprit, as accueilli le Verbe de la vie  dans la profondeur de ta foi humble, totalement abandonnée à l’Éternel, aide-nous à dire notre “oui” dans l’urgence, plus que jamais pressante, de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus. Toi, remplie de la présence du Christ, tu as porté la joie à Jean-Baptiste, le faisant exulter dans le sein de sa mère. Toi, tressaillant de joie, tu as chanté les merveilles du Seigneur. Toi, qui es restée ferme près de la Croix avec une foi inébranlable et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection, tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit afin que naisse l’Église évangélisatrice. Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort. Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous le don de la beauté qui ne se ternit pas.  Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation, mère du bel amour, épouse des noces éternelles, intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure, afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais ne s’arrête dans sa passion pour instaurer le Royaume.  Étoile de la nouvelle évangélisation, aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion,  du service, de la foi ardente et généreuse, de la justice et de l’amour pour les pauvres, pour que la joie de l’Évangile parvienne jusqu’aux confins de la terre et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière. Mère de l’Évangile vivant, source de joie pour les petits, prie pour nous. Amen. Alléluia ! 

Méditation sur la joie de la rencontre avec Jesus Christ

La grâce: “entrer dans le fleuve de la joie” (EG5)

Texte de base: Luc 10, 17-24 (la joie des disciples et la joie du maitre)

17 Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »

18 Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.

19 Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.

20 Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

21 À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.

22 Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

23 Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !

24 Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

Points de meditations

Dans ce texte nous contemplons la joie des disciples et la joie du Maître.

  1. Les disciples-missionnaires sont pleins de joie, contents, satisfaits.

“tout joyeux” signifie qu’ils sont plein de joie, rassasiés, comblés de joie. La joie c’est une émotion vive, agréable.  C’est un sentiment de plénitude qui affecte l’être entier au moment où ses aspirations, ses ambitions, ses désirs ou ses rêves viennent à être satisfaits d’une manière effective ou imaginaire.  C’est un contentement, une profonde satisfaction. (https://www.cnrtl.fr/definition/joie) Au fond les disciples ont un « sentiment de bonheur intense, de satisfaction profonde ».  

Mais la joie n’est pas un sentiment purement humain. C’est un un don divin, une qualité divine.  La joie dans la bible, c’est un “Sentiment de plénitude qui affecte l’être tout entier. Vertu chrétienne, fruit de la présence de l’Esprit Saint dans le cœur des croyants. Ce terme est repris bien souvent dans les Ecritures: A l’Annonciation: l’ange dit «Réjouis-toi Marie» (Luc 1,28) A Noël l’ange dit aux bergers: «Je vous annonce une grande joie» (Luc2, 10). Dieu qui est Amour est aussi Joie. L’Alleluia est une expression de joie et de louange adressée à Dieu.” 

2. Pourquoi le disciple-missionnaire est-il joyeux?

Il nous arrive de penser que la joie vient des nombreuses activités que nous faisons. oui, il y a de la joie á faire des tas de choses, á travailler. On est satisfait, content, heureux quand on a quelques choses á faire. On a le sentiment d’avoir une vie missionnaire bien rempli. Mais notre joie ne peut pas venir seulement du “faire”, car nous sommes remplaçables dans le faire, dans les activités, nous sommes irremplaçables dans le don de soi. C’est là que se trouve notre joie.

Selon l’évangile les disciples-missionnaires sont joyeux car:

  • Les démons sont soumis aux hommes: Satan tombe du ciel
  • le pouvoir de Jesus donné aux hommes (“au nom de Jésus”)
  • Leurs noms sont écrits dans les cieux

(Lc 10,17-20; Ap 12,9-12; Ps 91,13-16; Ap 3,5; Ap 20,12)

Les disciples-missionnaires sont joyeux car ils ont fait l’ expérience de vaincre le mal

Les parallèles du livre de l’Apocalypse soulignent la signification eschatologique, dernière, que la mission apostolique porte déjà au moins en germe. Ce qui est en jeu, c’est de faire brèche à l’empire tyrannique du « Prince de ce monde », en rétablissant « le Règne de Dieu » (Lc 10, 9.11).  “Même les démons nous sont soumis en ton nom” montre que ce n’est pas une force humaine qui soumet les démons mais bien une force divine, la force de Jésus.  On n’expulse pas les démons par la force humaine.

Les disciples-missionnaires sont joyeux car ils ont fait l’expérience du pouvoir de Dieu. La réaction de Jésus nous rappelle que le pouvoir n’est pas une fin en soi…c’est un moyen pour établir le Règne des cieux.  Comme on le voit dans l’occultisme et la magie mais aussi dans l’ambition totalitaire la conquête de pouvoirs (authentiques ou illusoires) tend à devenir fin en soi, au lieu de n’être que moyen d’un Retour à Dieu. C’est contre cette déviation que le Christ met ici en garde, rétablissant la juste perspective.  Les disciples-missionnaires peuvent se réjouir du fait que la puissance de Dieu s’est déployée dans leur vie, dans leur agir missionnaire.

3. Jesus, le maitre-missionnaire, exulte de joie.

Nous croyons en un Jésus qui exulte de joie. Certains diront il n’est pas maître de lui-même.  Il n’est pas maître de ses émotions. On croit souvent que la personne parfaite est celle-là qui domine ses émotions. Être joyeux ce n’est pas une question de ne pas dominer ses émotions. Se laisser aller á la joie, exulter de joie, c’est divin. Si Dieu se laisse aller á la joie pour que nous nous en priverions. Nous devons changer notre image de Dieu. Dieu est joyeux.

4. Le maître-missionnaire exulte de joie car les choses de Dieu sont révélées aux petits

Dès l’A.T., les vocations de David ou Jérémie sont deux exemples, entre bien d’autres, de cette prédilection de Dieu pour les petits, ou les cadets normalement exclus de l’héritage (2 S 7,8 et Jr 1,6-10). Mieux encore dans le N.T. (1Co 1,26-29), car même d’humbles chrétiens sont plus favorisés que rois ou prophètes eux-mêmes.  Le Sauveur découvre ensuite à ses disciples le dessein mystérieux, en vertu duquel il a plu à Dieu de révéler les trésors de la grâce aux petits, plutôt qu’aux sages et aux prudents de ce monde: «Je vous rends grâces de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents».  

Ces petits sont ceux qui ne cherchent point à s’élever, et à faire ressortir leur prudence dans des discours étudiés, ce que font la plupart des pharisiens. Ce sont les gens simples que nous rencontrons dans nos missions. Parfois nous leur accordons pas beaucoup d’importance. Souvent quand ils s’approchent de nous on leur demande “que veux-tu? Quel est ton problème?”, comme si ils n’étaient que des problèmes et nous des solutions. 

5. Le maître-missionnaire se réjouit car la volonté de Dieu est réalisée.

La joie de Jésus a toujours été de faire la volonté de Dieu.  Ce qui fait la joie de Jésus est que Dieu soit connu. En tout ce qu’il fait et dit, il révèle Dieu.  Il ne s’agit pas d’une connaissance intellectuelle de Dieu. La joie de Jésus s’est d’abord sa relation existentielle avec Dieu le Père et le fait que les personnes sont capables d’avoir cette même relation avec Dieu. « Connaître » dans le langage biblique c’est une communion d’être autant que de penser ou de vouloir, comme par exemple entre deux époux : « Pour un sémite en effet, connaître déborde le savoir abstrait et exprime une relation existentielle… Connaître quelqu’un, c’est entrer en relations personnelles avec lui… »

Les réflexions du Pape François sur la joie du disciple-missionnaire

1. Le fondement de la joie du disciple-missionnaire c’est l’invitation du Dieu d’Israel á la joie. (EG4) Dieu invite á la joie. L’évangile invite á la joie (EG5).

Selon les écritures saintes la première réponse á l’expérience du salut, l’expérience d’être sauvé c’est “exulter de joie”.  C’est la “joie du salut”, c’est l’explosion du coeur du sauvé. La foi est la réponse á la révélation de Dieu. La joie est la réponse á l’expérience d’être sauvé.  Le pape rappelle cela au número 4:

Les livres de l’Ancien Testament avaient annoncé la joie du salut, qui serait devenue surabondante dans les temps messianiques. Le prophète Isaïe s’adresse au Messie attendu en le saluant avec joie : « Tu as multiplié la nation, tu as fait croître sa joie » (9, 2). Et il encourage les habitants de Sion à l’accueillir parmi les chants : « Pousse des cris de joie, des clameurs » (12, 6). Qui l’a déjà vu à l’horizon, le prophète l’invite à se convertir en messager pour les autres : « Monte sur une haute montagne, messagère de Sion ; élève et force la voix, messagère de Jérusalem » (40, 9). Toute la création participe à cette joie du salut : « Cieux criez de joie, terre, exulte, que les montagnes poussent des cris, car le Seigneur a consolé son peuple, il prend en pitié ses affligés » (49, 13). Voyant le jour du Seigneur, Zacharie invite à acclamer le Roi qui arrive, « humble, monté sur un âne » : « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux » (Za 9, 9). 

L’annonce de la venue du Sauveur fait tressaillir de joie

EG5. L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. Quelques exemples suffisent : « Réjouis-toi » est le salut de l’ange à Marie (Lc 1, 28). La visite de Marie à Élisabeth fait en sorte que Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41). Dans son cantique, Marie proclame : « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47). Quand Jésus commence son ministère, Jean s’exclame : « Telle est ma joie, et elle est complète » (Jn 3, 29).

2. La joie du disciple-missionnaire est une imitation de la joie du Dieu d’Israel .  Dieu exulte de joie.

Pour comprendre cela le pape nous invite á revisiter notre image de Dieu. Qui est Dieu? La réponse du pape est “Dieu lui-même comme un centre lumineux de fête et de joie qui veut communiquer à son peuple ce cri salvifique” (EG4). Quelle image belle de Dieu! Un centre lumineux, on dirait un foyer où sortent des rayons de lumière. “Lumineux” car le mot Dieu lui-même est lumière dans son étymologie. Dieu est fête et joie. En lui il n’y a pas point de tristesse, pas de ténèbres. Dieu communique son être.  Il ne peut pas ne pas se communiquer sinon il ne serait plus le Dieu trinitaire.

Le Dieu auquel le Pape croit et qui est á l’origine de la joie du chrétien est un Dieu qui exulte, tressaille, danse et même cri de joie. Que d’anthropomorphisme!  Mais en réalité l’homme exprime avec ses propres mots et avec ses propres expériences une intuition très profonde qu’il a de Dieu. C’est une intuition et une expérience réelle. En un mot, c’est la joie de Dieu qui nous remplit de joie.  Le Pape dit au numéro 4:

Relire ce texte me remplit de vie : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur ! Il exultera pour toi de joie, il tressaillira dans son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie » (3, 17). C’est la joie qui se vit dans les petites choses de l’existence quotidienne, comme réponse à l’invitation affectueuse de Dieu notre Père : « Mon fils, dans la mesure où tu le peux, traite-toi bien […] Ne te prive pas du bonheur d’un jour » (Si 14, 11.14). Que de tendresse paternelle s’entrevoit derrière ces paroles !

Cette intuition du pape est fondée sur la révélation de Jésus. Le Seigneur Jesus, le Fils de Dieu,  tressaille de joie et fait tressaillir de joie. Le Pape écrit:

EG5. Jésus lui-même « tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint » (Lc 10, 21). Son message est source de joie : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11). Notre joie chrétienne jaillit de la source de son cœur débordant. Il promet aux disciples : « Vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie » (Jn 16, 20). Et il insiste : « Je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera (Jn 16, 22). Par la suite, les disciples, le voyant ressuscité « furent remplis de joie » (Jn 20, 20). Le Livre des Actes des Apôtres raconte que dans la première communauté ils prenaient « leur nourriture avec allégresse » (Ac 2, 46). 

3. Avons-nous des raisons valables pour nous réjouir?

  • La joie est le fruit d’une victoire: « Exulte avec force, fille de Sion ! Crie de joie, fille de Jérusalem ! Voici que ton roi vient à toi : il est juste et victorieux » (Za 9, 9). (EG4)
  • La joie est le fruit de la présence d’un Dieu paternel jovial au milieu de nous (EG4)
  • “Notre joie chrétienne jaillit de la source de son cœur débordant.” (EG5)
  • “confiance secrète et ferme…et espoir” (EG6) que “les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! […] Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur » (Lm 3, 17.21-23.26)” (EG6)
  • “un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout” (EG6)
  • “ces joies puisent à la source de l’amour toujours plus grand de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ” (EG7)
  • La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. (EG21)
    • sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21). 
    • Les premiers qui se convertissent la ressentent, remplis d’admiration, en écoutant la prédication des Apôtres « chacun dans sa propre langue » (Ac 2, 6) à la Pentecôte. 
    • Cette joie est un signe que l’Évangile a été annoncé et donne du fruit. 
    • Mais elle a toujours la dynamique de l’exode et du don, du fait de sortir de soi, de marcher et de semer toujours de nouveau, toujours plus loin. Le Seigneur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 38). Quand la semence a été semée en un lieu, il ne s’attarde pas là pour expliquer davantage ou pour faire d’autres signes, au contraire l’Esprit le conduit à partir vers d’autres villages.

4. La joie du missionnaire est évangélisatrice (EG10). 

La joie du chrétien n’est pas un état pour lui-même, pour son bien-être personnel. La joie est destinée á évangéliser. Le pape appelle á être des “missionnaires joyeux” car les personnes sont visuels. Ce qu’ils voient en premier lieu c’est comment nous nous présentons á eux.  Avant d’écouter il regarde.  Ils ressentent les choses. C’est pourquoi le pape dit “EG10 un évangélisateur ne devrait pas avoir constamment une tête d’enterrement. Retrouvons et augmentons la ferveur, « la douce et réconfortante joie d’évangéliser, même lorsque c’est dans les larmes qu’il faut semer”

5. Est-ce possible se réjouir en tout temps? Est-ce possible se réjouir dans les difficultés? N’y a-t-il pas des conditions á la joie?

Le pape est clair et certain. La joie de l’évangile est éternelle. Elle ne dépend pas de conditions ni de situations. On peut et on doit se réjouir en tout temps.

84. La joie de l’Évangile est celle que rien et personne ne pourra jamais enlever (cf. Jn 16, 22). Les maux de notre monde – et ceux de l’Église – ne devraient pas être des excuses pour réduire notre engagement et notre ferveur. Prenons-les comme des défis pour croître. En outre, le regard de foi est capable de reconnaître la lumière que l’Esprit Saint répand toujours dans l’obscurité, sans oublier que « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). 

Mais en réalité nous expérimentons la joie comme quelque chose de limitée, de fini, quelque chose qui dépend des situations, des événements, des paroles entendues, des relations interpersonnelles. Psychologiquement parlant la joie est conditionné. Le Pape est réaliste. Il innove et nous propose un regard théologique sur la joie, une théologie de la joie.

D’abord, le pape est réaliste. Il écrit:

EG6. Il y a des chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques. Cependant, je reconnais que la joie ne se vit pas de la même façon à toutes les étapes et dans toutes les circonstances de la vie, parfois très dure. Elle s’adapte et se transforme, et elle demeure toujours au moins comme un rayon de lumière qui naît de la certitude personnelle d’être infiniment aimé, au-delà de tout. Je comprends les personnes qui deviennent tristes à cause des graves difficultés qu’elles doivent supporter, cependant peu à peu, il faut permettre à la joie de la foi de commencer à s’éveiller, comme une confiance secrète mais ferme, même au milieu des pires soucis : « Mon âme est exclue de la paix, j’ai oublié le bonheur ! […] Voici ce qu’à mon cœur je rappellerai pour reprendre espoir : les faveurs du Seigneur ne sont pas finies, ni ses compassions épuisées ; elles se renouvellent chaque matin, grande est sa fidélité ! […] Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur » (Lm 3, 17.21-23.26).

Selon le Pape si aujourd’hui, au nom du réalisme, nous mettons d’innombrables conditions pour que la joie soit possible cela est dû á la société technique dans laquelle nous vivons:

EG7. La tentation apparaît fréquemment sous forme d’excuses et de récriminations, comme s’il devrait y avoir d’innombrables conditions pour que la joie soit possible. Ceci arrive parce que «la société technique a pu multiplier les occasions de plaisir, mais elle a bien du mal à secréter la joie». Je peux dire que les joies les plus belles et les plus spontanées que j’ai vues au cours de ma vie sont celles de personnes très pauvres qui ont peu de choses auxquelles s’accrocher. Je me souviens aussi de la joie authentique de ceux qui, même dans de grands engagements professionnels, ont su garder un cœur croyant, généreux et simple. De diverses manières, ces joies puisent à la source de l’amour toujours plus grand de Dieu qui s’est manifesté en Jésus Christ.

Le Pape a raison. Nous sommes tristes á cause d’une voiture, de la clé d’une voiture, de la coupure d’électricité, du rationnement de l’eau… des gens font des kilomètres avec joie puiser de l’eau et nous critiquons le simple life style, le style de vie pauvre… nous ne nous réjouissons pas car nous ne sommes pas du groupe…

6. Le pape nous propose une théologie de la joie: á la source de notre joie il y a une rencontre avec Jesus Christ.

Il ne s’agit pas de rencontre avec un objectif.  Aujourd’hui nous faisons de la mission avec un esprit capitaliste (dans le sens de produire, compter pour dominer ou pour recevoir ou vendre). Dans nos discernements missionnaires on se pose la question: “quel est le fruit de notre mission?” Combien de vocations nous avons? Combien de converti? Combien de baptisés? Combien de guéris? Combien d’exorcisés? Combien d’entrées financières? 

C’est vrai que les personnes qui suivent Jésus font certaines rencontres avec un certain objectif, par exemple, vocation, guérison, libération, conversion… on ne peut pas réduire la religion de Jésus de Nazareth á cela (c’est pourquoi la théologie de libération a été combattue en Amérique Latine).  Jésus a fait des rencontres dont les fruits ne sont pas comptables… Zachée et Jésus, Jésus et Marthe…

Pour comprendre l’intuition du Pape, regardons la rencontre de Zachée avec Jésus.  Cette rencontre est la source de la joie de Zachée.

  1. Un homme, une identité
    1. homme, très riche, chef, collecteur d’impôts, pécheur
    2. Il cherchait á voir Jesus, un désir ardent (il court, v. 4)
    3. Il vainc les obstacles qui sont personnels: petit de taille
  1. un Dieu incarné, Jesus
    1. En mouvement, entre dans une ville, intention de traverser
    2. Il est conscient de sa mission: chercher et sauver ceux qui sont perdus (v.9)
  1. La preparation de la rencontre:
    1. Le regard: L’attention de Jesus á la personne
    2. Appeler par le nom: “Zachée”
    3. L’urgence de la rencontre: “descends vite” = mon coeur est ardent á te rencontrer, une passion
    4. Le désir, la volonté de Dieu, “il faut que je reste”, une nécessité
    5. Une rencontre d’intimité “dans ta maison” et un repas = une communion 
  1. La rencontre
    1. Zachée descend vite (mouvement)
    2. Zachée le reçoit (ouverture)
    3. Recevoir avec Joie (un sentiment)
  1. La conséquence de la rencontre
    1. Zachée debout devant le Seigneur= amoureux, plein de vie, “debout” la posture du ressuscité, plein de vie, de joie
    2. Renoncer á la richesse, donner la moitié des biens, se dépouiller des biens matériels pour ne s’attacher qu’au bien majeur: la présence de Jesus dans ma vie
    3. Générosité, la bonté: donner aux pauvres incapables de rétribuer, donner au-delà de ce qui se doit (qualité de Dieu).  Il n’est pas “juste” dans le sens du droit. Il est bon comme Dieu est bon.
    4. réparation: si le mal a été fait, réparer 4 fois: ce n’est pas le droit… c’est la générosité, la bonté, la recréation. Ce n’est pas restituer. C’est refaire tout.
    5. Le salut est entré dans cette maison (salut = rémission des péchés et communion avec Dieu)
    6. A dignité retrouvée, a identité reconquise: fils d’Abraham, fils de Dieu, Zachée est devenu comme Dieu

A partir de cette rencontre on peut comprendre les intuitions du Pape François sur la joie: 

La joie nait de la rencontre avec Jésus: la joie est rencontre

EG1 La joie de L’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours.

EG3 J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que « personne n’est exclus de la joie que nous apporte le Seigneur ». Celui qui risque, le Seigneur ne le déçoit pas, et quand quelqu’un fait un petit pas vers Jésus, il découvre que celui-ci attendait déjà sa venue à bras ouverts.

Une rencontre avec Jesus qui donne á la vie un nouvel horizon: la joie est espérance

EG7. Je ne me lasserai jamais de répéter ces paroles de Benoît XVI qui nous conduisent au cœur de l’Évangile : « À l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ».

Une rencontre qui se convertit en heureuse amitié: la joie est amitié

EG8. C’est seulement grâce à cette rencontre – ou nouvelle rencontre – avec l’amour de Dieu, qui se convertit en heureuse amitié, que nous sommes délivrés de notre conscience isolée et de l’auto-référence. Nous parvenons à être pleinement humains quand nous sommes plus qu’humains, quand nous permettons à Dieu de nous conduire au-delà de nous-mêmes pour que nous parvenions à notre être le plus vrai.

La joie se commémore.  Elle est mémoire reconnaissante de la rencontre avec Jesus.

EG13. La mémoire est une dimension de notre foi que nous pourrions appeler « deutéronomique », par analogie avec la mémoire d’Israël. Jésus nous laisse l’Eucharistie comme mémoire quotidienne de l’Église, qui nous introduit toujours plus dans la Pâque (cf. Lc 22, 19). La joie évangélisatrice brille toujours sur le fond de la mémoire reconnaissante : c’est une grâce que nous avons besoin de demander. Les Apôtres n’ont jamais oublié le moment où Jésus toucha leur cœur : « C’était environ la dixième heure » (Jn 1, 39). Avec Jésus, la mémoire nous montre une véritable « multitude de témoins » (He 12, 1). Parmi eux, on distingue quelques personnes qui ont pesé de façon spéciale pour faire germer notre joie croyante : « Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu » (He 13, 7). Parfois, il s’agit de personnes simples et proches qui nous ont initiés à la vie de la foi : « J’évoque le souvenir de la foi sans détours qui est en toi, foi qui, d’abord, résida dans le cœur de ta grand-mère Loïs et de ta mère Eunice » (2 Tm 1, 5). Le croyant est fondamentalement « quelqu’un qui fait mémoire ».

La joie est expression d’une intimité itinérante avec Jésus. La dynamique de la joie est d’être partagée.

EG23. L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion « se présente essentiellement comme communion missionnaire » Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. C’est ainsi que l’ange l’annonce aux pasteurs de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10). L’Apocalypse parle d’«une Bonne Nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14, 6). 

Textes pour la méditations personnelles

Luc 10, 38-42; Luc 19, 1-9; Luc 24, 13-34; Jean 1, 37-42; Jean 3, 1-18; Sophonie 3, 17; Luc 10, 17-20; Luc 10, 21-24; Luc 1, 46-55Méditation sur la joie de l’Evangile maculée 

La grâce: La grâce: “une réforme permanente de soi par fidélité á Jésus-Christ” (EG26) “entrer dans un processus résolu de discernement, de purification et de réforme.” (EG30)

Texte de base: Matthieu 20, 20-28

20 Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean, et elle se prosterna pour lui faire une demande.

21 Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. »

22 Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons. »

23 Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »

24 Les dix autres, qui avaient entendu, s’indignèrent contre les deux frères.

25 Jésus les appela et dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir.

26 Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ;

27 et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave.

28 Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Points de méditations (les péchés des disciples de Jesus)

  1. La manipulation du groupe des apôtres. 

quelqu’un de l’extérieur lié á quelqu’un de l’intérieur manipule le groupe des 13 (Mt 20, 20-21). Peut-on penser á un complot des fils de Zébédé? C’est peut-être eux qui manipulent ou utilisent leur mère. La mère de Jacques et Jean devrait peut-être faire partie du fameux groupe de femme qui suivait Jésus et qui l’aidaient avec leurs biens, il s’agit donc d’une bienfaitrice qui s’octroie le droit d’interférer dans l’organisation de la communauté de Jésus 

“Luc 8, 1-3 Et il advint ensuite qu’il cheminait à travers villes et villages, prêchant et annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui, ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies: Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens.

  1. Ambitions personnelles 

La mère révèle les ambitions des fils, “siéger á la droite et á la gauche de Jésus dans son Royaume”. Ne spiritualisons pas. Il s’agit bien d’un Royaume que tous les disciples de Jésus veulent voir inaugurer le plus tôt possible.  Jean rapporte qu’ils voulaient faire de Jésus un roi mais celui-ci s’enfuit. Les ambitions de Jean et Jacques c’est d’être les numero 1 et 2 du Roi.

(Mt20, 21) « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. »

Jean 6, 14-15 A la vue du signe qu’il venait de faire, les gens disaient: “C’est vraiment lui le prophète qui doit venir dans le monde.” Alors Jésus, se rendant compte qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, s’enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul.

  1. La manipulation du pouvoir spirituelle 

(Luc 9, 54): “Les disciples Jacques et Jean dirent: “Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer?” 

Ces disciples sont convaincus qu’ils ont le pouvoir d’ordonner au feu de descendre du ciel. C’est de la prepotence. 

Ils ont conscience du pouvoir qu’ils ont. ils ont aussi conscience que ce pouvoir qu’ils ont vient de Jésus.  Ils lui demandent donc d’utiliser le pouvoir qu’ils ont reçu de lui. ils se croient capable “d’ordonner au feu”, de donner un ordre au feu, aux éléments de la nature et ceux-ci leur obéissent. Jésus “se retournant, il les réprimanda” (Luc 9, 55) car ce pouvoir n’est pas pour cela.

Jacques et Jean sont un peu spéciaux. Em Marc 9, 38 “Jean lui dit: “Maître, nous avons vu quelqu’un expulser des démons en ton nom, quelqu’un qui ne nous suit pas, et nous voulions l’empêcher, parce qu’il ne nous suivait pas.”  C’est de l’exclusivisme. On exclut l’autre de la grace.

  1. Les abus d’autorité (Lc9, 54) = le pouvoir de détruire l’autre.  

“ils entrèrent dans un village samaritain pour tout lui préparer. Mais on ne le reçut pas, parce qu’il faisait route vers Jérusalem.” (Lc9, 52-53). 

Auraient-ils dit cela si c’était une ville de la Judée? Non car la Judée c’est les vrais juifs. Les samaritains c’est les faux juifs. C’est “les ennemis”. Les vrais juifs sont leurs “chefs”.  Ils se croient supérieurs, dans la vérité. Toutes les raisons sont bonnes pour les détruire.  Ils refusent le salut qui vient de Jérusalem. Ils refusent le salut qui vient de Jésus. Ils ne méritent pas la vie.

  1. La recherche du succès personnel humain, la gloire personnelle humaine.

Matthieu 16, 21-23 A dater de ce jour, Jésus commença de montrer à ses disciples qu’il lui fallait s’en aller à Jérusalem, y souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner en disant: “Dieu t’en préserve, Seigneur! Non, cela ne t’arrivera point!”  Mais lui, se retournant, dit à Pierre: “Passe derrière moi, Satan! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes!” 

La recherche du succès personnel conduit á rejeter tout sacrifice, toute souffrance.

  1. Le pouvoir sur les autres (être le plus grand, dominer sur les autres) Mc9, 34

Marc 9, 33-37 Ils vinrent à Capharnaüm; et, une fois à la maison, il leur demandait: “De quoi discutiez-vous en chemin?” Eux se taisaient, car en chemin ils avaient discuté entre eux qui était le plus grand.  Alors, s’étant assis, il appela les Douze et leur dit: “Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous.”

Nous voulons être servis. Nous ne voulons pas servir. L’abus c’est utiliser son autorité pour sa satisfaction personnelle.

  1. Trahir Jesus avec un baiser qui est supposé être un signe d’amour. C’est de la perversion.  (Mt26, 21)

Matthieu 26, 21-25 Et tandis qu’ils mangeaient, il dit: “En vérité je vous le dis, l’un de vous me livrera.” Fort attristés, ils se mirent chacun à lui dire: “Serait-ce moi, Seigneur?” Il répondit: “Quelqu’un qui a plongé avec moi la main dans le plat, voilà celui qui va me livrer! Le Fils de l’homme s’en va selon qu’il est écrit de lui; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l’homme est livré! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître!” A son tour, Judas, celui qui allait le livrer, lui demanda: “Serait-ce moi, Rabbi” – “Tu l’as dit”, répond Jésus.

Et de fait Judas trahit Jésus

Marc 14, 43-45 Et aussitôt, comme il parlait encore, survient Judas, l’un des Douze, et avec lui une bande armée de glaives et de bâtons, venant de la part des grands prêtres, des scribes et des anciens.  Or, le traître leur avait donné ce signe convenu: “Celui à qui je donnerai un baiser, c’est lui; arrêtez- le et emmenez-le sous bonne garde.”  Et aussitôt arrivé, il s’approcha de lui en disant: “Rabbi”, et il lui donna un baiser. 

Luc 22, 48 Mais Jésus lui dit: “Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme!”

  1. Ce sont des Hypocrites orgueilleux dans le sens premier du mot, ils portent des masques. Ils sont incapables de voir leu propre identité. Au lieu de demander á Jésus de leur révéler qui ils sommes vraiment ils défendent une identité qu’ils se sont donnés, forgés eux-mêmes.

Matthieu 26, 31 Alors Jésus leur dit: “Vous tous, vous allez succomber à cause de moi, cette nuit même. Il est écrit en effet: Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées.

Matthieu 26, 33 Prenant la parole, Pierre lui dit: “Si tous succombent à cause de toi, moi je ne succomberai jamais.”

Matthieu 26, 34 Jésus lui répliqua: “En vérité je te le dis: cette nuit même, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois.”

Matthieu 26, 35 Pierre lui dit: “Dussé-je mourir avec toi, non, je ne te renierai pas.” Et tous les disciples en dirent autant.

Matthieu 26, 50 Alors, s’avançant, ils mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent.

Matthieu 26, 56 Alors les disciples l’abandonnèrent tous et prirent la fuite.

  1. Abandonner Jesus 

Mt 26, 56 les disciples l’abandonnèrent et fuirent

Marc 14, 50 Et, l’abandonnant, ils prirent tous la fuite. 

Luc ne dit pas qu’ils abandonnèrent et fuirent. Jean dit que c’est Jésus qui demande aux gardes de les laisser partir, ainsi ils ne se sont pas perdus. On comprend bien que c’est de la théologie:

Jean 18, 7-9 De nouveau il leur demanda: “Qui cherchez-vous?” Ils dirent: “Jésus le Nazôréen.” Jésus répondit: “Je vous ai dit que c’est moi. Si donc c’est moi que vous cherchez, laissez ceux-là s’en aller”:  afin que s’accomplît la parole qu’il avait dite: “Ceux que tu m’as donnés, je n’en ai pas perdu un seul.” 

  1. Nier Jesus: “je ne le connais pas” “je ne connais pas cet homme”

Les chrétiens vivant sur la domination de l’islam ont appris á s’identifier comme chrétien d’abord avant de dire leur nom car il s’agit de “prêcher Jésus et mourir”. Á la question “qui es-tu?” Ils répondent “Je suis chrétien. Mon nom est Serge”. Dans les langues sémitiques le premier mot qui sort de la bouche est la chose la plus importante que tu veux dire.

Matthieu 26, 69-75Marc 14, 66-72Luc 22, 54-Jean 18, 16-18.25-27
Cependant Pierre était assis dehors, dans la cour. Comme Pierre était en bas dans la cour, Quant à Pierre, il suivait de loin.
Comme ils avaient allumé du feu au milieu de la cour et s’étaient assis autour, Pierre s’assit au milieu d’eux.
tandis que Pierre se tenait près de la porte, dehors.



L’autre disciple, celui qui était connu du grand prêtre, sortit donc et dit un mot à la portière et il fit entrer Pierre.
Une servante s’approcha de lui en disant: arrive une des servantes du Grand Prêtre. Voyant Pierre qui se chauffait, elle le dévisagea et dit:Une servante le vit assis près de la flambée et, fixant les yeux sur lui, elle dit: La servante, celle qui gardait la porte, dit alors à Pierre:
“Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen.”“Toi aussi, tu étais avec le Nazarénien Jésus.”“Celui-là aussi était avec lui!”“N’es-tu pas, toi aussi, des disciples de cet homme?”
Mais lui nia devant tout le monde en disant:Mais lui nia en disant: 
Mais lui nia en disant:Lui, dit:
“Je ne sais pas ce que tu dis.”“Je ne sais pas, je ne comprends pas ce que tu dis.”“Femme, je ne le connais pas.”“Je n’en suis pas.”
Comme il s’était retiré vers le porche,Puis il se retira dehors vers le vestibule
Les serviteurs et les gardes, qui avaient fait un feu de braise, parce que le temps était froid, se tenaient là et se chauffaient. Pierre aussi se tenait là avec eux et se chauffait.  Or Simon-Pierre se tenait là et se chauffait. 

et un coq chanta.

une autre le vit et dit à ceux qui étaient là: La servante, l’ayant vu, recommença à dire aux assistants:Peu après, un autre, l’ayant vu, déclara:Ils lui dirent:
“Celui-là était avec Jésus le Nazôréen.”“Celui-là en est!”“Toi aussi, tu en es!”
“N’es-tu pas, toi aussi, de ses disciples?”
Et de nouveau il nia avec serment: Mais de nouveau il niait. Mais Pierre déclara: Lui le nia et dit:
“Je ne connais pas cet homme.”
“Homme, je n’en suis pas.”“Je n’en suis pas.”
Peu après, ceux qui se tenaient là s’approchèrent et dirent à Pierre: Peu après, à leur tour, les assistants disaient à Pierre: Environ une heure plus tard, un autre soutenait avec insistance:Un des serviteurs du grand prêtre, un parent de celui à qui Pierre avait tranché l’oreille, dit:
“Sûrement, toi aussi, tu en es: “Vraiment tu en es; 
“Sûrement, celui-là aussi était avec lui,“Ne t’ai- je pas vu dans le jardin avec lui?”
et d’ailleurs ton langage te trahit.”et d’ailleurs tu es Galiléen.”et d’ailleurs il est Galiléen!”
Alors il se mit à jurer avec force imprécations: Mais il se mit à jurer avec force imprécations: Mais Pierre dit:
De nouveau Pierre nia,
“Je ne connais pas cet homme.”“Je ne connais pas cet homme dont vous parlez.” “Homme, je ne sais ce que tu dis.”
Et aussitôt un coq chanta.Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta.Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta,
et aussitôt un coq chanta.


et le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre
Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite:Et Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite:Et Pierre se ressouvint de la parole du Seigneur, qui lui avait dit:
“Avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois.”“Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois.”“Avant que le coq ait chanté aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois.”
Et, sortant dehors,
Et, sortant dehors,
il pleura amèrement.Et il éclata en sanglots.il pleura amèrement.
  1. Utiliser les pauvres  (Jn 12, 6)

Nous faisons des tas de projets avec les pauvres et pour les pauvres. Peut-être qu’au fond nous avons une intentions personnelle. Nous utilisons les pauvres pour justifier toutes sortes de politiques, de comportements, de décisions.  C’est immoral ce que fait Judas en Jn 12, 6. Il est capitaliste. Il cite les pauvres pour se justifier mais il n’a aucun souci des pauvres.

Jean 12, 4-6 Mais Judas l’Iscariote, l’un de ses disciples, celui qui allait le livrer, dit: “Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu 300 deniers qu’on aurait donnés à des pauvres?” Mais il dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu’il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait.

  1. Voler ou un enrichissement personnel, détournement de fond, corruption (Jean 12, 6): “tenant la bourse, il dérobait ce qu’on y mettait.”
  2. Une race incrédule et perverse = une église sans foi, une entreprise á gérer (Mt17, 15-20)

“Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique et va très mal: souvent il tombe dans le feu, et souvent dans l’eau.  Je l’ai présenté à tes disciples, et ils n’ont pas pu le guérir” –“Engeance incrédule et pervertie, répondit Jésus, jusques à quand serai-je avec vous? Jusques à quand ai-je à vous supporter? Apportez-le-moi ici.”  Et Jésus le menaça, et le démon sortit de l’enfant qui, de ce moment, fut guéri. Alors les disciples, s’approchant de Jésus, dans le privé, lui demandèrent: “Pourquoi nous autres, n’avons-nous pu l’expulser”?  “Parce que vous avez peu de foi leur dit-il. 

Nous avons fait de la religion une grande machine á gérer, une structure pesante. La  gestion de ces structures deviennent de plus en plus compliquées qu’il nous faut embaucher des professionnels ou nous même devrions investir pour être des professionnels au détriment des sciences religieuses, ecclésiastiques. (exemple du vodou). On vent encore les sacrements. On accumule de l’argent dans des comptes bancaires. Pourquoi? l’Eglise devient un concurrent économique. En 2017 j’ai prêché la retraite des prêtres de S. Paulo. Une paroisse avait 42 millions de réais en compte.  Souvenons-nous “ne faites pas de la maison de mon père une caverne de brigands”.

Réflexions du Pape François sur la réalité: “évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux” (EG10)

Le pape propose un discernement évangélique, c’est-á-dire, 

“Ce que j’entends offrir va plutôt dans la ligne d’un discernement évangélique. C’est le regard du disciple-missionnaire qui « est éclairé et affermi par l’Esprit Saint ». Il est opportun de clarifier ce qui peut être un fruit du Royaume et aussi ce qui nuit au projet de Dieu. Cela implique non seulement de reconnaître et d’interpréter les motions de l’esprit bon et de l’esprit mauvais, mais – et là se situe la chose décisive – de choisir celles de l’esprit bon et de repousser celles de l’esprit mauvais. Je donne pour supposées les différentes analyses qu’ont offertes les autres documents du Magistère universel, ainsi que celles proposées par les Épiscopats régionaux et nationaux. Dans cette Exhortation, j’entends seulement m’arrêter brièvement, avec un regard pastoral, sur certains aspects de la réalité qui peuvent arrêter ou affaiblir les dynamiques du renouveau missionnaire de l’Église, soit parce qu’elles concernent la vie et la dignité du peuple de Dieu, soit parce qu’elles ont aussi une influence sur les sujets qui de façon plus directe font partie des institutions ecclésiales et remplissent des tâches d’évangélisation.” (EG50)

Une tristesse individualiste, une conscience isolée

EG2. Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie.

Le pape critique tout un système de pensée basé sur la primauté de “moi”, “je”, l’individu… “je pense donc je suis” au lieu de “je pense á l’autre donc je suis ou je pense au bien donc je suis”. La primauté du moi et de la raison. Ici la cosmovision africaine peut aider le Pape “j’existe car nous existons”.

Le regard du Pape sur la réalité

  1. Une tristesse individualiste EG2.

EG2. Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité. 

  1. Une paralysie. On est bloqué. Les choses n’avancent pas. EG32.33 “on a toujours fait ainsi”
  2. La joie de vivre s’éteint. Les situations, les maladies, les difficultés sucent notre vie. Nous épuisent. Nous sommes comme une fleur qui fleurit le matin et sèche l’après-midi. EG52.
  3. Exclusion et marginalisation: les exclus sont des déchets.  C’est la culture du déchet. On considère l’autre pour ce qu’il vaut, ce qu’il produit, ce á quoi il est utile. S’il n’est utile á rien on l’exclus. On le met á la marge. Il devient un déchet.EG53.
  4. indifférence, insensibilité, anesthésie EG54..
  5. déséquilibre entre pauvres et riches: la tyrannie du marché et de la spéculation financière. Le déséquilibre existe même dans l’Eglise.  

EG56. L’appétit du pouvoir et de l’avoir ne connaît pas de limites. Dans ce système, qui tend à tout phagocyter dans le but d’accroître les bénéfices, tout ce qui est fragile, comme l’environnement, reste sans défense par rapport aux intérêts du marché divinisé, transformés en règle absolue.

  1. Une manipulation financière du religieux.  La religion est devenue un marché, un business. EG63. La foi catholique de nombreux peuples se trouve aujourd’hui devant le défi de la prolifération de nouveaux mouvements religieux, quelques-uns tendant au fondamentalisme et d’autres qui semblent proposer une spiritualité sans Dieu.
  2. La fragilité des liens familiaux qui conduisent á grande fragilité psychologique. Les relations homoaffectives deviennent normales. On n’a plus de repère.EG66.

En résumé, le pape identifie 3 éléments essentiels: Individualisme, crise d’identité et une basse de ferveur. 

EG78 Ainsi, on peut trouver chez beaucoup d’agents de l’évangélisation, bien qu’ils prient, une accentuation de l’individualisme, une crise d’identité et une baisse de ferveur. Ce sont trois maux qui se nourrissent l’un l’autre. 

La réponse du Pape

C’est important répondre á cette tristesse qui est entrain d’envahir notre être. Nous avons besoin de nettoyer le temple de Dieu comme l’ a fait Jésus (Luc 19, 45-47 ou Jean 2, 13-16). Luc 19, 45 Entré dans le Temple, Jésus se mit à en expulser les vendeurs. Il leur déclarait : 46 « Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » 47 Et il était chaque jour dans le Temple pour enseigner.

Cela signifie selon le Pape François une série de NON:

  1. Non á l’exclusion, une économie de l’exclusion, de la compétitivité qui tue EG53.59

53. De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue. Il n’est pas possible que le fait qu’une personne âgée réduite à vivre dans la rue, meure de froid ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en bourse en soit une. Voilà l’exclusion. On ne peut plus tolérer le fait que la nourriture se jette, quand il y a des personnes qui souffrent de la faim. C’est la disparité sociale. Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. Comme conséquence de cette situation, de grandes masses de population se voient exclues et marginalisées : sans travail, sans perspectives, sans voies de sortie. On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route la culture du “déchet” qui est même promue. Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau : avec l’exclusion reste touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit, du moment qu’en elle on ne se situe plus dans les bas-fonds, dans la périphérie, ou sans pouvoir, mais on est dehors. Les exclus ne sont pas des ‘exploités’, mais des déchets, ‘des restes’. 

  1. Non á la nouvelle idolâtrie de l’argent (le fétichisme de l’argent). EG55.
  2. Non au refus de l’éthique et au refus de Dieu. Il faut une éthique de Dieu.  Il faut remettre Dieu au centre de nos vies. EG57. 
  3. Non á l’ Individualisme et á la sécularisation qui tend á réduire la foi et l’Eglise au domaine privé et intime.EG 61.EG64. EG67.

Le pape propose un chemin de conversion: la mission, tout pour la mission

  1. Retrouver l’image idéal de l’Eglise telle que le Christ la vit, la voulut et l’aima comme son épouse sainte et immaculée. EG26.
  2. Une reforme permanente de soi par fidélité á Jesus Christ EG26
  3. Tout renouvellement doit avoir pour but la mission

EG27. J’imagine un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié. Comme le disait Jean-Paul II aux évêques de l’Océanie, « tout renouvellement dans l’Église doit avoir pour but la mission, afin de ne pas tomber dans le risque d’une Église centrée sur elle-même ».

4. Un processus résolu de discernement, de purification et de réforme (EG30)

5. Une conversion pastorale des structures ecclésiales actuelles EG32. plus fidèle à la signification que Jésus-Christ entend lui donner, et aux nécessités actuelles de l’évangélisation.

6. Faire l’expérience de la miséricorde, revenir á Dieu quand nous nous sommes perdus

EG3 C’est le moment pour dire à Jésus Christ : « Seigneur, je me suis laissé tromper, de mille manières j’ai fui ton amour, cependant je suis ici une fois encore pour renouveler mon alliance avec toi. J’ai besoin de toi. Rachète-moi de nouveau Seigneur, accepte-moi encore une fois entre tes bras rédempteurs ». Cela nous fait tant de bien de revenir à lui quand nous nous sommes perdus ! J’insiste encore une fois : Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. Celui qui nous a invités à pardonner «soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 22) nous donne l’exemple : il pardonne soixante-dix fois sept fois. Il revient nous charger sur ses épaules une fois après l’autre. Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable. Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie. Ne fuyons pas la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, advienne que pourra. Rien ne peut davantage que sa vie qui nous pousse en avant !

Textes pour la méditation personnelle

Luc 22, 45; Jean 16, 6-7; Mt26, 69-75; Luc 19, 41-44; Mt 21,12-13; Lc 19,45-46; Mc 11,15-17; Jn 2,13-16 // Is 56,7 Jr 7,9-11; Luc 13, 1-9; Marc 1, 14-15; Genese 6, 1-8.Méditation sur la Joie de l´Evangile personnifiée: Jésus Christ

La grâce: “qu’il vienne nous séduire” (EG264) “une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne” (EG266)

Texte de base: Marc 12, 13-17

Ils lui envoient alors quelques-uns des Pharisiens et des Hérodiens pour le prendre au piège dans sa parole.  Ils viennent et lui disent: “Maître, nous savons que tu es véridique et que tu ne te préoccupes pas de qui que ce soit; car tu ne regardes pas au rang des personnes, mais tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. Est-il permis ou non de payer l’impôt à César? Devons-nous payer, oui ou non?”  Mais lui, sachant leur hypocrisie, leur dit: “Pourquoi me tendez-vous un piège? Apportez-moi un denier, que je le voie.”  Ils en apportèrent un et il leur dit: “De qui est l’effigie que voici? Et l’inscription?” Ils lui dirent: “De César.”  Alors Jésus leur dit: “Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.” Et ils étaient fort surpris à son sujet.

Marc 12, 14Matthieu 22, 16Luc 20, 2Jean 3, 2
MaîtreMaîtreMaîtreRabbi
nous savons que tu es véridiquenous savons que tu es véridiquenous le savons que tu parles et tu enseignes avec droiturenous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un maître
et que tu ne te préoccupes pas de qui que ce soitsans te préoccuper de qui que ce soit,

car tu ne regardes pas au rang des personnescar tu ne regardes pas au rang des personnesEt que tu ne tiens pas compte des personnes
mais tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité Mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieupersonne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui.

Traduction de la Bible de Jérusalem

Marc 12, 14 Maître, nous savons que tu es véridique et que tu ne te préoccupes pas de qui que ce soit; car tu ne regardes pas au rang des personnes, mais tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu. 

Matthieu 22, 16  “Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes.

Luc 20, 21 “Maître, nous savons que tu parles et enseignes avec droiture et que tu ne tiens pas compte des personnes, mais que tu enseignes en toute vérité la voie de Dieu.

Jean 3, 2 “Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître: personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui.” 

Points de méditation

Il y a dans le Nouveau Testament plusieurs types de témoignages sur la personne de Jesus de Nazareth:

  • Le témoignage de Dieu
  • Le témoignage de Jésus lui-même
  • Le témoignage des esprits (mauvais)
  • Le témoignage des disciples
  • Le témoignage des juifs (Jean 7, 12 On chuchotait beaucoup sur son compte dans les foules. Les uns disaient: “C’est un homme de bien.” D’autres disaient: “Non, il égare la foule.”)
  • Le témoignages des opposants “ennemis”, des leaders
  • Le témoignage des païens (centurion romain….)

J’ai choisi de méditer le témoignages des pharisiens.

Nous avons á faire avec les leaders religieux d’Israel. C’est des gens sérieux. Leur témoignage est sérieux. Ils n’aiment pas beaucoup Jésus car il dérange le système religieux et social qu’ils ont établit. Mais ils reconnaissent cependant de grandes qualités en lui. Nicodème est un cas spécial parmi les pharisiens. Le personnage de Nicodème est décrit sous trois aspects. D’abord celui de sa religion: c’est un Pharisien. On appelait les premiers” Pharisiens” pour signifier qu’ils étaient séparés des autres. Jean le décrit ensuite par son nom. Nicodème — dont le nom signifie en grec “victorieux” ou “victoire du peuple.”  Certains Pères de l’Eglise ont compris par lá qu’il représente ceux d’entre les Juifs qui, convertis au Christ, sont par leur foi victorieux du monde: Telle est la victoire qui a vaincu le monde: notre foi. Enfin il le décrit par sa dignité: c’était “un notable des juifs”.  Tout ceci pour nous dire que le témoignage d’un pharisien sur Jésus est important.

Faisons le portrait du maitre-missionnaire Jésus de Nazareth

1. Jésus est Maître, Rabbi, un maître qui enseigne

Déjà enfant Jésus avait impressionné les docteurs de la loi par sa connaissance des écritures 

Luc 2, 46 C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, 47 et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.”  

Les leaders religieux disent vrai en appelant Jésus de “Maître” car le Seigneur dira aux Apôtres: “Vous m’appelez, vous, Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis.” 

C’est vrai que les leaders religieux se contentent de dire que Jésus est venu de la part de Dieu comme maître. Ils ne disent pas qu’il est Dieu ou Fils de Dieu. Pour le moment contentons-nous de voir qu’ils reconnaissent que Jésus vient comme maître de la part de Dieu.  

“être maître” est commun à tous ceux qui exercent une charge dans l’Eglise en bons serviteurs: Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, ils vous feront paître avec intelligence et sagesse; cela n’est donc pas propre au Christ, bien que la manière d’enseigner soit autre pour les hommes, autre pour le Christ. Les autres maîtres, en effet, enseignent seulement de l’extérieur, mais le Christ enseigne aussi de l’intérieur, parce qu’Il est la lumière, la vraie, qui illumine tout homme.  C’est pourquoi Lui seul donne la sagesse et peut dire ce qu’aucun homme, seulement homme, ne peut dire: Je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse à laquelle nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire.

Le Christ a aussi briller par l’intelligence qu’il a des écritures, des choses de Dieu. Il est maître dans le sens qu’il a une connaissance certaine, parfaite.

Appeler Jésus de maître c’est dire aussi que la réponse qu’il attend des personnes c’est entrer dans une relation de maître-disciple.

2. Jésus est véridique. 

nous le savons : ils ont la certitude. Ils n’ont aucun doute. Jésus est toujours vrai, franc, véridique, homme de la vérité. La vérité c’est ce qui est conforme á la volonté de Dieu. En Jésus il n’y a aucune fausseté, aucune hypocrisie, aucun mensonge. Il dit et fait ce que Dieu veut.

3. Jésus ne se laisse influencer par personne, il ne se préoccupe pas de qui que ce soit. 

Il ne vit pas en fonction des gens. Il ne change pas en fonction des situations, des circonstances. Il est fidèle á lui-même en toute situation. Il est fidèle á son Père. Il est fidèle au bien.

4. Jésus ne considère pas les gens selon l’apparence, selon leur rang social, politique, religieux.

Il est impartial (Actes 10, 42). Il traite les gens selon son coeur, selon l’amour qui l’anime peu importe qui tu es.  Il est généreux. Il est bon envers tout le monde. L’amour qui sort de son coeur est destiné á tout le monde, á toute personne qu’il rencontre.

5 Jésus enseignes le chemin de Dieu selon la vérité

Enseigner c’est transmettre, communiquer. Jésus communique et se communique. Il n’enseigne pas une doctrine. Il enseigne un chemin. Jésus a trouvé une religions trop figée, fixe, systématisée. Ce qu’il faut c’est obéir aux lois établies. Jesus fait cheminer. Il présente une religion qui aide les gens á croitre, grandir.  C’est un processus. Il s’agit de cheminer vers l’accomplissement.  Sa devise “lève-toi et marche…tu n’es pas encore arrivé” La vérité c’est ce qui est conforme á la volonté de Dieu. 

6 Jésus accomplit des signes

Signes car ils ramènent ou conduisent á Dieu. Il révèle Dieu. Il révèle aussi que Jésus vient de Dieu. il est divin, de Dieu. Il parle et agit de la part de Dieu.  Il révèle Dieu á travers les signes qu’il accomplit. Jésus accomplit des signes “divins”.  Il y a ce qu’on appelle “ les motifs de crédibilité ”, qui accréditent Jésus, et rendent raisonnable de lui faire confiance. On reste donc sur le plan du savoir: “ Nous avons la preuve que tu es venu de Dieu… et que Dieu est avec toi ”. Bref, Nicodème a une certitude personnelle, raisonnée parce que fondée sur les signes, que Jésus est un “ homme de Dieu ”. Saint-Jean donne beaucoup d’importance aux signes.  Les signes nous conduisent á Dieu. Les gens font l’expérience de Dieu á travers leur rencontre avec Jésus.  Nicodème reconnaît la puissance de Jésus aux signes qu’il a vus.  Il dit vrai, car les signes accomplis par le Christ ne peuvent être accomplis que par une puissance divine et parce que Dieu était avec Lui. Celui qui m’a envoyé, dira plus loin le Christ est avec moi.

Réflexions du Pape François sur Jesus:  “Jésus, l’évangélisateur par excellence et l’Évangile en personne” (EG209)

Qui est Dieu? = la clef herméneutique. 

EG4 le prophète Sophonie, qui nous montre Dieu lui-même comme un centre lumineux de fête et de joie qui veut communiquer à son peuple ce cri salvifique. Relire ce texte me remplit de vie : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur ! Il exultera pour toi de joie, il tressaillira dans son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie » (3, 17). 

Jésus par le Pape François:

  1. Jésus est um homme d’une constante créativité divine.EG11
  2. Jesus est le Seigneur.  EG110.
  3. Jésus est la manifestation de l’amour de Dieu. En Jésus nous rencontrons l’amour de Dieu. EG120 264
  4. Jésus est um homme de dialogue avec son peuple, un homme du peuple il vit avec son peuple il s’identifie spécialement aux plus petits il est incarné. 141 269 271 168 268 265
  5. Jesus communique l’infinie miséricorde du Père. 164 178
  6. Jésus a un coeur plein d’amour. EG183 
  7. Jésus est l’évangélisateur par excellence et l’Evangile en personne 209 265
  8. Jésus est le Fils de Dieu. Il est “le Fils éternellement joyeux” pour la plus grande gloire du Père. Il ne vit que pour révéler la Gloire du Père. 267. 
  9. Jésus est le crucifié et ressuscité, “Christ incarné, crucifié et ressuscité”. EG77. 95  125. 168

Voyons quelques détails.

Jésus est um homme d’une constante créativité divine. C’est le propre même de Dieu. Dieu est dynamique. Jésus c’est une vie qui jaillit au moment des rencontres.

EG11 Jésus Christ…nous surprend avec sa constante créativité divine. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. 

Jesus est le Seigneur.  Il est le maître, le propriétaire, c’est lui qui conduit dirige notre vie. Nous  lui appartenons. On entend beaucoup de chrétiens parler de croire sans appartenir (believing without belonging). Avec Jésus il faut croire en lui et lui appartenir. Et cela se concrétise dans une appartenance á son Eglise.

110. « il ne peut y avoir de véritable évangélisation sans annonce explicite que Jésus est le Seigneur », et sans qu’il n’existe un « primat de l’annonce de Jésus Christ dans toute activité d’évangélisation ».

249. l’Église ne peut pas cesser d’annoncer Jésus comme Seigneur et Messie

En réalité qui sont les seigneurs de notre vie?: argent, économie, journaliste-médias sociaux, politicien, culture-education, pouvoir…

Jésus est la manifestation de l’amour de Dieu. En Jésus nous rencontrons l’amour de Dieu. Ce thème est très chair au pape. Ne perdons pas de vue son image de Dieu: “un centre lumineux de fête et de joie qui communique”.

120. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». 

264. La première motivation pour évangéliser est l’amour de Jésus que nous avons reçu, l’expérience d’être sauvés par lui qui nous pousse à l’aimer toujours plus. Mais, quel est cet amour qui ne ressent pas la nécessité de parler de l’être aimé, de le montrer, de le faire connaître ? Si nous ne ressentons pas l’intense désir de le communiquer, il est nécessaire de prendre le temps de lui demander dans la prière qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle. Placés devant lui, le cœur ouvert, nous laissant contempler par lui, nous reconnaissons ce regard d’amour que découvrit Nathanaël, le jour où Jésus se fit présent et lui dit : « Quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu » (Jn 1, 48). Qu’il est doux d’être devant un crucifix, ou à genoux devant le Saint-Sacrement, et être simplement sous son regard ! Quel bien cela nous fait qu’il vienne toucher notre existence et nous pousse à communiquer sa vie nouvelle ! Par conséquent, ce qui arrive, en définitive, c’est que « ce que nous avons vu et entendu, nous l’annonçons » (1 Jn 1, 3). La meilleure motivation pour se décider à communiquer l’Évangile est de le contempler avec amour, de s’attarder en ses pages et de le lire avec le cœur. Si nous l’abordons de cette manière, sa beauté nous surprend, et nous séduit chaque fois. Donc, il est urgent de retrouver un esprit contemplatif, qui nous permette de redécouvrir chaque jour que nous sommes les dépositaires d’un bien qui humanise, qui aide à mener une vie nouvelle. Il n’y a rien de mieux à transmettre aux autres. 

Jésus est um homme de dialogue avec son peuple, un homme du peuple, un Dieu incarné.  Il se fait un avec son peuple. Il s’identifie avec son peuple, avec les petits.

141. On reste admiratif des moyens qu’emploie le Seigneur pour dialoguer avec son peuple, pour révéler son mystère à tous, pour captiver les gens simples avec des enseignements si élevés et si exigeants. Je crois que le secret se cache dans ce regard de Jésus vers le peuple, au-delà de ses faiblesses et de ses chutes : « Sois sans crainte petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Lc 12, 32) ; Jésus prêche dans cet esprit. Plein de joie dans l’Esprit, il bénit le Père qui attire les petits : « Je te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits » (Lc 10, 21). Le Seigneur se complaît vraiment à dialoguer avec son peuple, et le prédicateur doit faire sentir aux gens ce plaisir du Seigneur. 

269. Jésus même est le modèle de ce choix évangélique qui nous introduit au cœur du peuple. Quel bien cela nous fait de le voir proche de tous ! Quand il parlait avec une personne, il la regardait dans les yeux avec une attention profonde pleine d’amour : « Jésus fixa sur lui son regard et l’aima » (Mc 10, 21). Nous le voyons accessible, quand il s’approche de l’aveugle au bord du chemin (cf. Mc 10, 46-52), et quand il mange et boit avec les pécheurs (cf. Mc 2, 16), sans se préoccuper d’être traité de glouton et d’ivrogne (cf. Mt 11, 19). Nous le voyons disponible quand il laisse une prostituée lui oindre les pieds (cf. Lc 7, 36-50) ou quand il accueille de nuit Nicodème (cf. Jn 3, 1-15). Le don de Jésus sur la croix n’est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. Séduits par ce modèle, nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. Toutefois, non pas comme une obligation, comme un poids qui nous épuise, mais comme un choix personnel qui nous remplit de joie et nous donne une identité. 

271. Il est évident que Jésus Christ ne veut pas que nous soyons comme des princes, qui regardent avec dédain, mais que nous soyons des hommes et des femmes du peuple. Ce n’est ni l’opinion d’un Pape ni une option pastorale parmi d’autres possibilités ; ce sont des indications de la Parole de Dieu, aussi claires, directes et indiscutables qu’elles n’ont pas besoin d’interprétations qui leur enlèveraient leur force d’interpellation. Vivons-les “sine glossa”, sans commentaires. Ainsi, nous ferons l’expérience de la joie missionnaire de partager la vie avec le peuple fidèle à Dieu en essayant d’allumer le feu au cœur du monde.

168 Quand nous nous arrêtons devons Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend digne et nous soutient, mais, en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple. Ainsi, nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. Il nous prend du milieu du peuple et nous envoie à son peuple, de sorte que notre identité ne se comprend pas sans cette appartenance. 

Jesus vit avec les personnes, il vit avec son peuple.

266. Cette conviction, toutefois, est soutenue par l’expérience personnelle, constamment renouvelée, de goûter son amitié et son message. On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons. Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne. 

Jesus communique l’infinie miséricorde du Père. Sa personne, sa présence, communique la miséricorde du Père. Les gens font la l’expérience de la miséricorde de Dieu en touchant Jésus, en étant en sa présence.

164. en Jésus Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie miséricorde du Père. Sur la bouche du catéchiste revient toujours la première annonce : “Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer”. Quand nous disons que cette annonce est “la première”… au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre.

178. Confesser un Père qui aime infiniment chaque être humain implique de découvrir qu’« il lui accorde par cet amour une dignité infinie ».  Confesser que le Fils de Dieu a assumé notre chair signifie que chaque personne humaine a été élevée jusqu’au cœur même de Dieu. Confesser que Jésus a donné son sang pour nous nous empêche de maintenir le moindre doute sur l’amour sans limite qui ennoblit tout être humain. Sa rédemption a une signification sociale parce que « dans le Christ, Dieu ne rachète pas seulement l’individu mais aussi les relations sociales entre les hommes ». 

Jésus a un coeur plein d’amour. 

Il est la réponse á la condition de l’homme de Genèse 6, 5-6

“Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. Le Seigneur se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre ; il s’irrita en son cœur” 

Jésus c’est “toutes les pensées de son coeur se portaient uniquement vers le bien, l’amour”. Pierre dira de lui, “Actes 10, 38 comment Dieu l’a oint de l’Esprit Saint et de puissance, lui qui a passé en faisant le bien et en guérissant tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable; car Dieu était avec lui”. 

Il est plein d’amour comme Marie est pleine de grâce. De son coeur ne jaillit que de l’amour. Il ne choisit pas d’aimer. Il ne peut pas ne pas aimer. Le nouvel homme qui corrige l’homme de Gen6, 5 c’est le disciple de Jn13, 35 “A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres.”

EG183 Tous les chrétiens, et aussi les pasteurs, sont appelés à se préoccuper de la construction d’un monde meilleur. Il s’agit de cela, parce que la pensée sociale de l’Église est en premier lieu positive et fait des propositions, oriente une action transformatrice, et en ce sens, ne cesse d’être un signe d’espérance qui jaillit du cœur plein d’amour de Jésus Christ. 

Jésus est l’évangélisateur par excellence et l’Evangile en personne

209. Jésus, l’évangélisateur par excellence et l’Évangile en personne, s’identifie spécialement aux plus petits. (cf. Mt 25, 40). Ceci nous rappelle que nous tous, chrétiens, sommes appelés à avoir soin des plus fragiles de la terre. 

C’est un évangélisateur qui s’identifie spécialement aux plus petits, aux plus faibles. Il ne soulagent pas leur misère. Il s’identifie. Ils font partie de son identité.  Il le fait avec cohérence, générosité quotidienne et simple, dévouement total: 

265. Toute la vie de Jésus, sa manière d’agir avec les pauvres, ses gestes, sa cohérence, sa générosité quotidienne et simple, et finalement son dévouement total, tout est précieux et parle à notre propre vie. Chaque fois que quelqu’un se met à le découvrir, il se convainc que c’est cela même dont les autres ont besoin, bien qu’ils ne le reconnaissent pas : « Ce que vous adorez sans le connaître, je viens, moi, vous l’annoncer » (Ac 17, 23).

Jésus est le Fils de Dieu. Il est “le Fils éternellement joyeux” pour la plus grande gloire du Père. Il ne vit que pour révéler la Gloire du Père.

267. Unis à Jésus, cherchons ce qu’il cherche, aimons ce qu’il aime. Au final, c’est la gloire du Père que nous cherchons, nous vivons et agissons « à la louange de sa grâce » (Ep 1, 6). Si nous voulons nous donner à fond et avec constance, nous devons aller bien au-delà de toute autre motivation. C’est le motif définitif, le plus profond, le plus grand, la raison et le sens ultime de tout le reste. C’est la gloire du Père que Jésus a cherchée durant toute son existence. Lui est le Fils éternellement joyeux avec tout son être « tourné vers le sein du Père » (Jn 1, 18). Si nous sommes missionnaires, c’est avant tout parce que Jésus nous a dit : « C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit » (Jn 15, 8). Au-delà du fait que cela nous convienne ou non, nous intéresse ou non, nous soit utile ou non, au-delà des petites limites de nos désirs, de notre compréhension et de nos motivations, nous évangélisons pour la plus grande gloire du Père qui nous aime. 

Jésus est le crucifié et ressuscité, “Christ incarné, crucifié et ressuscité”. Le Christ n’est pas le Christ de prospérité. Ce n’est le Christ tel que le monde le désir. Ce n’est pas un Christ qui entre dans nos systèmes de pensée et d’action. C’est le Christ tel qu’il est: crucifié et ressuscité.

77. nous avons besoin de créer…« des lieux où ressourcer sa foi en Jésus crucifié et ressuscité, où partager ses questions les plus profondes et les préoccupations quotidiennes, où faire en profondeur et avec des critères évangéliques le discernement sur sa propre existence et expérience, afin d’orienter vers le bien et le beau ses choix individuels et sociaux».

95 de planifications, d’évaluations, où le principal bénéficiaire n’est pas le Peuple de Dieu mais plutôt l’Église en tant qu’organisation. Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ. Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique. 

125. Je pense à la foi solide de ces mères au pied du lit de leur enfant malade qui s’appliquent au Rosaire bien qu’elles ne sachent pas ébaucher les phrases du Credo ; ou à tous ces actes chargés d’espérance manifestés par une bougie que l’on allume dans un humble foyer pour demander l’aide de Marie, ou à ces regards d’amour profond vers le Christ crucifié. Celui qui aime le saint peuple fidèle de Dieu ne peut pas regarder ces actions seulement comme une recherche naturelle de la divinité. Ce sont les manifestations d’une vie théologale animée par l’action de l’Esprit Saint qui a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5). 

168 Quand nous nous arrêtons devons Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend digne et nous soutient, mais, en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple.

Textes pour la méditation personnelle 

Marc 1, 35-39; Marc 12, 13-14; Jean 3, 1-21; Jean 4, 6-26; Admiration des foules: Mt 9, 32-33; Mc7, 32-37; Lc7, 11-17.

Méditation sur la Joyeuse Bonne Nouvelle de Jésus Christ

La grâce: “Ne nous laissons pas voler l’Évangile !” (EG97) “ne pas perdre l’émerveillement, la fascination, l’enthousiasme de vivre l’Évangile” (EG179)

Texte de base: Jean 7, 45-48

Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ? Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! » Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit : « Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? » Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée ! » Puis ils s’en allèrent chacun chez soi.

Points de méditations

1. l’Evangile est transcendant.

Jn 7,46-49 // 1Co 1,26-29. Les gardes, professionnellement peu impressionnables, ont reconnu la transcendance de la Parole du Christ. Les experts en Écritures Saintes, eux refusent de reconnaître cela.  Gênés par cette reconnaissance de la part de gens simples ils expriment du mépris pour ceux qui n’ont pas étudié la Loi.  L’Evangile a quelque chose de transcendant, de divin. C’est une parole divine destinée aux humains.  Quand Jésus parlait apparaissait cette transcendance.

2. L’Evangile a une intelligence, une sagesse divine.

Jn 7,15; Lc2, 41-52: Stupéfaits de son intelligence: Comme on s’étonnera plus tard qu’il enseigne avec autorité et non pas comme un simple commentateur. C’est qu’il était La Sagesse divine, incarnée. Et pour bien souligner que telle était la révélation essentielle, Luc a pris soin de situer cette première manifestation de la Sagesse en inscrivant les v. 41 à 50. Il faut donc donner ici à « Intelligence » le sens plein qu’elle a dans la Bible, conforme d’ailleurs à l’étymologie de ce mot : “intus-legere”, “sous les apparences” discerner le sens divin des choses, des événements ou des Écritures, et aussi discerner le Bien du Mal, ce qui est de Dieu et ce qui n’est pas de Dieu.  L’intelligence des écritures c’est reveler ce que Dieu pense.

3. L’Evangile met hors de soi.

Ils étaient stupéfaits. Comme devant un prodige qui met “hors de soi”. C’est de là qu’on a tiré le mot “extase”.  On pourrait donc traduire “s’extasiaient”.  On est hors de soi quand on entend et comprend l’Evangile. On ne peut pas rester indifférents.  L’Evangile de Jésus Christ met hors de soi.  L’Evangile nous émerveille.

4. L’Evangile produit la conversion

Les gardes ont eu le temps pour écouter Jésus. Tout ne s’est pas fait rapidement en quelques minutes. Un temps s’est écoulé.  Ils ont donc eu le temps de donner un sens aux paroles entendues.  Ce qu’ils disent aux leaders religieux est le fruit d’un discernement personnel qui laisse entrevoir une conversion.

Les gardes sont dignes de louange pour 3 raisons:

  • D’abord pour la cause de leur admiration.  Ils admiraient le Christ non pas à cause des miracles, mais à cause de son enseignement.  Ils ne cherchent pas des miracles ou des signes.
  • Ensuite pour la facilité de leur conversion, parce que quelques paroles du Christ ont suffi à les saisir et à les attacher à son amour. 
  • Enfin pour l’assurance de leur esprit, parce qu’aux Pharisiens qui luttaient contre le Christ, ils disent de lui: “jamais um homme n’a parlé de la sorte…”

5. L’Evangile meut les coeurs (fait mouvoir les coeurs)

Les coeurs des gardes ont été touchés, émus en entendant Jésus. Le Christ, Verbe de Dieu, avaient la puissance de mouvoir les coeurs, “nos coeurs de brûlait-ils pas quand il nous parlait en chemin?” (Lc24-disciples d’Emaus)  C’est pourquoi aussi il est dit qu’il enseignait comme quelqu’un ayant la puissance, l’autorité. Ses paroles avaient aussi une saveur propre à adoucir: “Que tes paroles sont douces à mon palais”. Il était encore bon de les retenir, parce qu’elles promettaient les biens éternels. “Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle.” (Pierre). Les paroles de Jésus séduisent.

6. L’Evangile est source de tension, de division, signe de contradiction.

L’Evangile ne laisse pas indifférent. Il est source de tension comme l’a prédit Siméon, «Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. » (Lc2, 34-35). Ici se dévoile la perfidie des Juifs. Ils provoquent les gardes, “avez-vous été séduit vous aussi?” Une tension éclate même entre eux, leaders religieux á cause de l’évangile de Jésus, “ils s’en allèrent chacun chez soi”. La communion s’est brisée.  L’Evangile révèle les pensées secrètes qui sont dans les coeurs.

Les intuitions du Pape François sur l’Evangile de Jésus Christ:  “retrouver le coeur essentiel de l’évangile”

Les intuitions du Pape François sur l’Evangile de Jésus répondent á 4 questions

  1. L’Evangile de Jésus Christ est-il vraiment important?
  2. A quoi nous invite l’Evangile de Jésus Christ?
  3. Y a-t-il un essentiel de l’Evangile?
  4. Quel est le coeur de l’Evangile?

1. L’importance de l’Evangile

L’Evangile de Jésus Christ est le fondement de l’évangélisation.

“Accueillons le sublime trésor de la Parole révélée”. Nous sommes invités á prêcher la Parole de Dieu et non nos propres convictions philosophiques, nos propres pensées.

174. Ce n’est pas seulement l’homélie qui doit se nourrir de la Parole de Dieu. Toute l’évangélisation est fondée sur elle, écoutée, méditée, vécue, célébrée et témoignée. La Sainte Écriture est source de l’évangélisation. Par conséquent, il faut se former continuellement à l’écoute de la Parole. L’Église n’évangélise pas si elle ne se laisse pas continuellement évangéliser. Il est indispensable que la Parole de Dieu « devienne toujours plus le cœur de toute activité ecclésiale ». La Parole de Dieu écoutée et célébrée, surtout dans l’Eucharistie, alimente et fortifie intérieurement les chrétiens et les rend capables d’un authentique témoignage évangélique dans la vie quotidienne. Nous avons désormais dépassé cette ancienne opposition entre Parole et Sacrement. La Parole proclamée, vivante et efficace, prépare à la réception du sacrement et dans le sacrement cette Parole atteint son efficacité maximale. 

Nous sommes invités á étudier cette parole de Dieu, á la connaître profondément, á être des Maîtres de l’Ecriture.

EG174. “il faut se former continuellement a l’écoute de la Parole.

EG175. L’étude de la Sainte Écriture doit être une porte ouverte à tous les croyants. Il est fondamental que la Parole révélée féconde radicalement la catéchèse et tous les efforts pour transmettre la foi.  L’évangélisation demande la familiarité avec la Parole de Dieu et cela exige que les diocèses, les paroisses et tous les groupements catholiques proposent une étude sérieuse et persévérante de la Bible, comme aussi en promeuvent la lecture orante personnelle et communautaire. Nous ne cherchons pas à tâtons dans l’obscurité, nous ne devons pas non plus attendre que Dieu nous adresse la parole, parce que réellement « Dieu a parlé, il n’est plus le grand inconnu mais il s’est montré lui-même ». Accueillons le sublime trésor de la Parole révélée. 

L’Evangile a une fraîcheur originale…toujours nouvelle. Elle est dynamique. Ce n’est pas un corps de doctrine fixe á appliquer. C’est la vie.

EG11. Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui. En réalité, toute action évangélisatrice authentique est toujours « nouvelle ». 

La liberté de l’Evangile. l’Evangile est libre. Elle n’entre pas dans nos cadres de pensée, elle n’entre pas dans nos systèmes de lois que nous avons établit.

EG22. La parole a en soi un potentiel que nous ne pouvons pas prévoir. L’Évangile parle d’une semence qui, une fois semée, croît d’elle-même, y compris quand l’agriculteur dort (cf. Mc 4, 26- 29). L’Église doit accepter cette liberté insaisissable de la Parole, qui est efficace à sa manière, et sous des formes très diverses, telles qu’en nous échappant elle dépasse souvent nos prévisions et bouleverse nos schémas.

L’Evangile = le plus beau message

EG277 Ainsi, l’Évangile, le plus beau message qui existe en ce monde

L’Evangile de Jésus Christ c’est la joyeuse nouvelle

EG287 Dans ce pèlerinage d’évangélisation, il y aura des moments d’aridité, d’enfouissement et même de la fatigue, comme l’a vécu Marie durant les années de Nazareth, alors que Jésus grandissait : « C’est là le commencement de l’Évangile, c’est-à-dire de la bonne nouvelle, de la joyeuse nouvelle. Il n’est cependant pas difficile d’observer en ce commencement une certaine peine du cœur, rejoignant une sorte de “nuit de la foi” – pour reprendre l’expression de saint Jean de la Croix –, comme un “voile” à travers lequel il faut approcher l’Invisible et vivre dans l’intimité du mystère. C’est de cette manière, en effet, que Marie, pendant de nombreuses années, demeura dans l’intimité du mystère de son Fils et avança dans son itinéraire de foi ».

2. A quoi nous invite l’Evangile de Jésus Christ?

L’Evangile de Jésus Christ invite avec insistance á la Joie

EG5. L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. Quelques exemples suffisent : « Réjouis-toi » est le salut de l’ange à Marie (Lc 1, 28). La visite de Marie à Élisabeth fait en sorte que Jean tressaille de joie dans le sein de sa mère (cf. Lc 1, 41). Dans son cantique, Marie proclame : « Mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur » (Lc 1, 47). Quand Jésus commence son ministère, Jean s’exclame : « Telle est ma joie, et elle est complète » (Jn 3, 29). Jésus lui-même « tressaillit de joie sous l’action de l’Esprit-Saint » (Lc 10, 21). Son message est source de joie : « Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète » (Jn 15, 11). 

cette joie de l’Evangile est pour tous. L’universalité est un élément de la spiritualité missionnaire.

23. L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion « se présente essentiellement comme communion missionnaire ». Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. C’est ainsi que l’ange l’annonce aux pasteurs de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10). L’Apocalypse parle d’«une Bonne Nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14, 6). 

L’évangile invite á connaître Jésus Christ. C’est destiné á ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ. C’est pour quoi il faut toujours repartir du Christ et considérer que personne n’a été encore évangélisée. Ne supposons pas que les gens sont déjà chrétiens. Parlons-les de Jésus Christ comme s’il n’avait jamais entendu parler de lui.

14. Enfin, remarquons que l’évangélisation est essentiellement liée à la proclamation de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas Jésus Christ ou l’ont toujours refusé. Beaucoup d’entre eux cherchent Dieu secrètement, poussés par la nostalgie de son visage, même dans les pays d’ancienne tradition chrétienne. Tous ont le droit de recevoir l’Évangile. Les chrétiens ont le devoir de l’annoncer sans exclure personne, non pas comme quelqu’un qui impose un nouveau devoir, mais bien comme quelqu’un qui partage une joie, qui indique un bel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais « par attraction ».

L’Evangile conduit á la foi en Jésus. l’Evangile invite á répondre au Dieu qui nous aime

EG19. L’évangélisation obéit au mandat missionnaire de Jésus : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20a). Dans ces versets, on présente le moment où le Ressuscité envoie les siens prêcher l’Évangile en tout temps et en tout lieu, pour que la foi en lui se répande en tout point de la terre. 

EG39. L’Évangile invite avant tout à répondre au Dieu qui nous aime et qui nous sauve, le reconnaissant dans les autres et sortant de nous-mêmes pour chercher le bien de tous. Cette invitation n’est obscurcie en aucune circonstance ! Toutes les vertus sont au service de cette réponse d’amour.

L’Evangile nous invite á rencontrer l’autre, á sortir de nous-mêmes, á éclater notre ego.  Nous vivons aujourd’hui en solitaire, chacun ayant sa vie privée. Nous sommes des grands solitaires, centrés sur nous-mêmes.  Nous vivons une “tristesse individualiste” et une conscience isolée nous a dit le Pape. l’Evangile nous invite au don de soi, “de sortie de soi, de mission centrée en Jésus Christ, d’engagement envers les pauvres”

EG88. Beaucoup essaient de fuir les autres pour une vie privée confortable, ou pour le cercle restreint des plus intimes, et renoncent au réalisme de la dimension sociale de l’Évangile. Car, de même que certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. Pendant ce temps-là l’Évangile nous invite toujours à courir le risque de la rencontre avec le visage de l’autre, avec sa présence physique qui interpelle, avec sa souffrance et ses demandes, avec sa joie contagieuse dans un constant corps à corps. La foi authentique dans le Fils de Dieu fait chair est inséparable du don de soi, de l’appartenance à la communauté, du service, de la réconciliation avec la chair des autres. Dans son incarnation, le Fils de Dieu nous a invités à la révolution de la tendresse. 

EG97. Celui qui est tombé dans cette mondanité regarde de haut et de loin, il refuse la prophétie des frères, il élimine celui qui lui fait une demande, il fait ressortir continuellement les erreurs des autres et est obsédé par l’apparence. Il a réduit la référence du cœur à l’horizon fermé de son immanence et de ses intérêts et, en conséquence, il n’apprend rien de ses propres péchés et n’est pas authentiquement ouvert au pardon. C’est une terrible corruption sous l’apparence du bien. Il faut l’éviter en mettant l’Église en mouvement de sortie de soi, de mission centrée en Jésus Christ, d’engagement envers les pauvres. Que Dieu nous libère d’une Église mondaine sous des drapés spirituels et pastoraux ! Cette mondanité asphyxiante se guérit en savourant l’air pur du Saint Esprit, qui nous libère de rester centrés sur nous-mêmes, cachés derrière une apparence religieuse vide de Dieu. Ne nous laissons pas voler l’Évangile! 

3. Y a-t-il un essentiel de l’Evangile qu’il faut annoncer?

Selon le Pape François il y a effectivement un essentiel de l’Evangile qu’il faut retrouver et annoncer. Il faut retrouver le coeur du message de Jésus Christ, le coeur essentiel, débarrassé de ses aspects secondaires. Ne pensons pas que les gens connaissent l’Evangile.  Nous faisons souvent de la mystagogie en prenant pour acquis que le kerygme a été déjà annoncé.  En 2000 ans l’Evangile a été annoncé de différentes formes avec des habits différents, des mots différents. Il faut savoir toujours discerner ce que est “Evangile de Jésus Christ et Traditions des hommes” même si ces traditions sont profondément évangélisées et sont même appelés de traditions ou cultures ou civilisations chrétiennes.

34. Si nous entendons tout mettre en terme missionnaire, cela vaut aussi pour la façon de communiquer le message. Dans le monde d’aujourd’hui, avec la rapidité des communications et la sélection selon l’intérêt des contenus opérés par les médias, le message que nous annonçons court plus que jamais le risque d’apparaître mutilé et réduit à quelques-uns de ses aspects secondaires. Il en ressort que certaines questions qui font partie de l’enseignement moral de l’Église demeurent en dehors du contexte qui leur donne sens. Le problème le plus grand se vérifie quand le message que nous annonçons semble alors avoir été identifié avec ces aspects secondaires qui, étant pourtant importants, ne manifestent pas en eux seuls le cœur du message de Jésus Christ. Donc, il convient d’être réalistes et de ne pas donner pour acquis que nos interlocuteurs connaissent le fond complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de l’Évangile qui lui confère sens, beauté et attrait.

Le Pape fait-il ainsi une critique au Christianisme occidental européen qui s’est imposé partout dans le monde?

Nous sommes invités á concentrer l’annonce de l’Evangile sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau. Souvent on se perd dans la réflexion sur la réalité et on ne finit pas par annoncer la beauté et la nouveauté de l’Evangile.

35. Une pastorale en terme missionnaire n’est pas obsédée par la transmission désarticulée d’une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exceptions ni exclusions, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse.

Parler de l’essentiel (ex. Aujourd’hui c’est la fête de S. Joseph. Il était charpentier. Le charpentier fait des confessionnaux. Nous allons donc parler de la confession)

EG38. Il est important de tirer les conséquences pastorales de l’enseignement conciliaire, qui recueille une ancienne conviction de l’Église. D’abord il faut dire que, dans l’annonce de l’Évangile, il est nécessaire de garder des proportions convenables.

Faire ressortir la centralité des vérités contre des philosophies pratiques. Ne pas annoncer des doctrines ou moral qui procèdent d’options idéologiques déterminées.

EG39. Quand la prédication est fidèle à l’Évangile, la centralité de certaines vérités se manifeste clairement et il en ressort avec clarté que la prédication morale chrétienne n’est pas une éthique stoïcienne, elle est plus qu’une ascèse, elle n’est pas une simple philosophie pratique ni un catalogue de péchés et d’erreurs. L’Évangile invite avant tout à répondre au Dieu qui nous aime et qui nous sauve, le reconnaissant dans les autres et sortant de nous-mêmes pour chercher le bien de tous. Cette invitation n’est obscurcie en aucune circonstance ! Toutes les vertus sont au service de cette réponse d’amour. Si cette invitation ne resplendit pas avec force et attrait, l’édifice moral de l’Église court le risque de devenir un château de cartes, et là se trouve notre pire danger. Car alors ce ne sera pas vraiment l’Évangile qu’on annonce, mais quelques accents doctrinaux ou moraux qui procèdent d’options idéologiques déterminées. Le message courra le risque de perdre sa fraîcheur et de ne plus avoir “le parfum de l’Évangile”.

l’Evangile n’est pas un code de préceptes qui alourdit la vie des fidèles

EG43. Saint Thomas d’Aquin soulignait que les préceptes donnés par le Christ et par les Apôtres au Peuple de Dieu « sont très peu nombreux ». Citant saint Augustin, il notait qu’on doit exiger avec modération les préceptes ajoutés par l’Église postérieurement « pour ne pas alourdir la vie aux fidèles » et transformer notre religion en un esclavage, quand « la miséricorde de Dieu a voulu qu’elle fût libre ».  Cet avertissement, fait il y a plusieurs siècles, a une terrible actualité. Il devrait être un des critères à considérer au moment de penser une réforme de l’Église et de sa prédication qui permette réellement de parvenir à tous.

4. Quel est le coeur fondamental de l’Evangile? “le parfum de l’Evangile” (EG39)

D’abord au coeur de l’Evangile il y a une Personne.  Jésus Christ est l’Evangile Personnifié, vécue. Il faut parler de lui.

EG7. Je ne me lasserai jamais de répéter ces paroles de Benoît XVI qui nous conduisent au cœur de l’Évangile : « À l’origine du fait d’être chrétien il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive ».

Le coeur fondamental de l’Evangile c’est l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort e ressuscité

EG36. Toutes les vérités révélées procèdent de la même source divine et sont crues avec la même foi, mais certaines d’entre elles sont plus importantes pour exprimer plus directement le cœur de l’Évangile. Dans ce cœur fondamental resplendit la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité. 

EG128 l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié. 

EG164 la première annonce : “Jésus Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer”. Quand nous disons que cette annonce est “la première”, cela ne veut pas dire qu’elle se trouve au début et qu’après elle est oubliée ou remplacée par d’autres contenus qui la dépassent. Elle est première au sens qualitatif, parce qu’elle est l’annonce principale, celle que l’on doit toujours écouter de nouveau de différentes façons et que l’on doit toujours annoncer de nouveau durant la catéchèse sous une forme ou une autre, à toutes ses étapes et ses moments. 

Au coeur de l’Evangile il y a la vie sociale et l’engagement avec les autres, il y a “la sortie de soi vers le frère.” Il ne s’agit pas d’actes de charité, les BA “bonnes actions” d’un groupe.  C’est le coeur même de l’évangile.  C’est l’identité chrétienne.

EG177. Le kérygme possède un contenu inévitablement social : au cœur même de l’Évangile, il y a la vie communautaire et l’engagement avec les autres. Le contenu de la première annonce a une répercussion morale immédiate dont le centre est la charité. 

EG178 À partir du cœur de l’Évangile, nous reconnaissons la connexion intime entre évangélisation et promotion humaine, qui doit nécessairement s’exprimer et se développer dans toute l’action évangélisatrice. L’acceptation de la première annonce, qui invite à se laisser aimer de Dieu et à l’aimer avec l’amour que lui-même nous communique, provoque dans la vie de la personne et dans ses actions une réaction première et fondamentale : désirer, chercher et avoir à cœur le bien des autres. 

EG179. Ce lien indissoluble entre l’accueil de l’annonce salvifique et un amour fraternel effectif est exprimé dans certains textes de l’Écriture qu’il convient de considérer et de méditer attentivement pour en tirer toutes les conséquences. Il s’agit d’un message auquel fréquemment nous nous habituons, nous le répétons presque mécaniquement, sans pouvoir nous assurer qu’il ait une réelle incidence dans notre vie et dans nos communautés. Comme elle est dangereuse et nuisible, cette accoutumance qui nous porte à perdre l’émerveillement, la fascination, l’enthousiasme de vivre l’Évangile de la fraternité et de la justice ! La Parole de Dieu enseigne que, dans le frère, on trouve le prolongement permanent de l’Incarnation pour chacun de nous : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Tout ce que nous faisons pour les autres a une dimension transcendante : « De la mesure dont vous mesurerez, on mesurera pour vous » (Mt 7, 2) ; et elle répond à la miséricorde di- vine envers nous. « Montrez-vous compatissants comme votre Père est compatissant. Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis. Donnez et l’on vous donnera… De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous en retour » (Lc 6, 36-38). Ce qu’expriment ces textes c’est la priorité absolue de “ la sortie de soi vers le frère ” comme un des deux commandements principaux qui fondent toute norme morale et comme le signe le plus clair pour faire le discernement sur un chemin de croissance spirituelle en réponse au don absolument gratuit de Dieu. 

Au coeur de l’Evangile il y a la charité et la miséricorde. La compassion est un sentiment, la misericorde est l’agir de la compassion

37. Saint Thomas d’Aquin enseignait que même dans le message moral de l’Église il y a une hiérarchie, dans les vertus et dans les actes qui en procèdent. Ici, ce qui compte c’est avant tout « la foi opérant par la charité » (Ga 5, 6). Les œuvres d’amour envers le prochain sont la manifestation extérieure la plus parfaite de la grâce intérieure de l’Esprit : « L’élément principal de la loi nouvelle c’est la grâce de l’Esprit Saint, grâce qui s’exprime dans la foi agissant par la charité ». Par là il affirme que, quant à l’agir extérieur, la miséricorde est la plus grande de toutes les vertus : « En elle-même la miséricorde est la plus grande des vertus, car il lui appartient de donner aux autres, et, qui plus est, de soulager leur indigence ; ce qui est éminemment le fait d’un être supérieur. Ainsi se montrer miséricordieux est-il regardé comme le propre de Dieu, et c’est par là surtout que se manifeste sa toute-puissance ».

Au coeur de l’Evangile il y a la miséricorde. La miséricorde est la clef du ciel.

44. Aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais le lieu de la miséricorde du Seigneur qui nous stimule à faire le bien qui est possible. Un petit pas, au milieu de grandes limites humaines, peut être plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés. La consolation et l’aiguillon de l’amour salvifique de Dieu, qui œuvre mystérieusement en toute personne, au-delà de ses défauts et de ses chutes, doivent rejoindre chacun.

188. L’Église a reconnu que l’exigence d’écouter ce cri vient de l’œuvre libératrice de la grâce elle-même en chacun de nous ; il ne s’agit donc pas d’une mission réservée seulement à quelques-uns : « L’Église guidée par l’Évangile de la miséricorde et par l’amour de l’homme, entend la clameur pour la justice et veut y répondre de toutes ses forces ».

193. L’impératif d’écouter le cri des pauvres prend chair en nous quand nous sommes bouleversés au plus profond devant la souffrance d’autrui. Relisons quelques enseignements de la Parole de Dieu sur la miséricorde, pour qu’ils résonnent avec force dans la vie de l’Église. L’Évangile proclame : « Heureux les miséricordieux, parce qu’ils obtiendront miséricorde » (Mt 5, 7). 

EG 197 A ceux qui étaient accablés par la souffrance, opprimés par la pauvreté, il assura que Dieu les portait dans son cœur : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20) ; il s’est identifié à eux : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger », enseignant que la miséricorde envers eux est la clef du ciel (cf. Mt 25, 35s). 

Au coeur de l’Evangile il y a les pauvres. Les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Evangile

EG48. Si l’Église entière assume ce dynamisme missionnaire, elle doit parvenir à tous, sans exception. Mais qui devrait-elle privilégier ? Quand quelqu’un lit l’Évangile, il trouve une orientation très claire : pas tant les amis et voisins riches, mais surtout les pauvres et les infirmes, ceux qui sont souvent méprisés et oubliés, « ceux qui n’ont pas de quoi te le rendre » (Lc 14, 14). Aucun doute ni aucune explication, qui affaiblissent ce message si clair, ne doivent subsister. Aujourd’hui et toujours, « les pauvres sont les destinataires privilégiés de l’Évangile », et l’évangélisation, adressée gratuitement à eux, est le signe du Royaume que Jésus est venu apporter. Il faut affirmer sans détour qu’il existe un lien inséparable entre notre foi et les pauvres. Ne les laissons jamais seuls.

Au coeur de l’Evangile il y a le Royaume de Dieu. Il ne s’agit pas de quelque chose de personnel. Il s’agit de la transformation d’une société humaine. L’évangile ce n’est pas du spiritualisme désincarné. Ce n’est pas pour une vie spirituelle personnelle et privée.

180. En lisant les Écritures, il apparaît du reste clairement que la proposition de l’Évangile ne consiste pas seulement en une relation personnelle avec Dieu. Et notre réponse d’amour ne devrait pas s’entendre non plus comme une simple somme de petits gestes personnels en faveur de quelque individu dans le besoin, ce qui pourrait constituer une sorte de “charité à la carte”, une suite d’actions tendant seulement à tranquilliser notre conscience. La proposition est le Royaume de Dieu (Lc 4, 43) ; il s’agit d’aimer Dieu qui règne dans le monde. Dans la mesure où il réussira à régner parmi nous, la vie sociale sera un espace de fraternité, de justice, de paix, de dignité pour tous. Donc, aussi bien l’annonce que l’expérience chrétienne tendent à provoquer des conséquences sociales. Cherchons son Royaume : « Cherchez d’abord son Royaume et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 33). Le projet de Jésus est d’instaurer le Royaume de son Père ; il demande à ses disciples : « Proclamez que le Royaume des cieux est tout proche » (Mt 10, 7). 

181 Le mandat est : « Allez dans le monde entier ; proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15), parce que « la création en attente, aspire à la révélation des fils de Dieu » (Rm 8, 19). Toute la création signifie aussi tous les aspects de la nature humaine, de sorte que « la mission de l’annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ a une dimension universelle. Son commandement de charité embrasse toutes les dimensions de l’existence, toutes les personnes, tous les secteurs de la vie sociale et tous les peuples. Rien d’humain ne peut lui être étranger ». L’espérance chrétienne véritable, qui cherche le Royaume eschatologique, engendre toujours l’histoire. 

Textes pour la méditation

Marc 1, 14-15; Jean 7, 45-48; Luc 2, 41-52; Jean 6, 60-69

Méditation sur le disciple de la joie de l’Evangile: le disciple-missionnaire

Quel type de disciples sommes-nous? Sommes-nous appelés à être… quels types de disciples formons nous

La grâce

nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires » (EG120) “Nous fixons aujourd’hui notre regard sur elle (Marie), pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut, et pour que les nouveaux disciples deviennent des agents évangélisateurs.” (EG287)

Texte de base: Marc 3, 11-19

Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Mais il leur défendait vivement de le faire connaître. Puis, il gravit la montagne, et il appela ceux qu’il voulait. Ils vinrent auprès de lui, et il en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle avec le pouvoir d’expulser les démons.  Donc, il établit les Douze : Pierre – c’est le nom qu’il donna à Simon –, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, le frère de Jacques – il leur donna le nom de « Boanerguès », c’est-à-dire : « Fils du tonnerre » 

Points de meditation

1. Ce ne sont pas les esprits mauvais qui doivent faire connaître Jesus mais des hommes saints, des disciples. Les disciples sont choisis pour faire connaitre Jesus

Dans Marc.1, 16, après avoir interdit aux mauvais esprits de le prêcher, il a choisi des hommes saints, pour chasser les esprits impurs et pour prêcher l’Évangile.  C’est pourquoi il est dit: “Et Il gravit la montagne…”

2. Nous sommes disciples non par choix personnel mais par la condescendance divine. 

Luc dit qu’il est monté pour prier car après la manifestation des miracles, il prie, nous enseignant que nous devons rendre grâce, lorsque nous obtenons quelque chose de bien, et le référer à la grâce divine.

Jésus choisi les disciples dans la prière afin que leur ministère ou leur vie ne soit pas entravé.  Les disciples ne choisissent pas d’être “disciples”. Ils n’ont pas été choisi non plus á cause de leur zèle. mais de la condescendance et de la grâce Divines, qu’ils soient appelés à l’Apostolat. La montagne dans laquelle le Seigneur a choisi ses apôtres montre la haute justice dans laquelle ils devaient être instruits et qu’ils étaient sur le point de prêcher aux hommes.  Ce que nous sommes nous le sommes par la grâce de Dieu. Tout vient de Lui, comme un Don de Dieu.

Fruit de la prière? Seul Luc (Lc 6,12) mentionne les “vigiles” du Christ à cette occasion. Mais nous savons déjà par Mc 1,35 que ce n’était pas la première fois. Luc note cette prière spécialement aux moments les plus importants de la vie du Christ.

Nous avons un parallèle en 1R 19,9-16. Élie passe également la nuit en attente; il doit sortir (comme Abraham, Gn 12,1) de la grotte et aller lui aussi sur la montagne (comme Moïse). Il n’est pas dit qu’il prie mais, équivalemment, qu’il se tienne devant Dieu, pour que se révèle à lui sa Douceur, et la mission dont Dieu le charge.

Un autre parallèle est Ac 1,13-14.  Après l’Ascension, les apôtres commence par se mettre en prière— comme Elie — et Dieu se révélera dans le souffle de la Pentecôte, donnant à chacun lumière et chaleur pour accomplir la mission que le Christ leur avait laissée. De même encore avant l’élection et le départ en mission de Paul et Barnabé (Ac 13,1-3).

3. Les disciples sont appelés á s’élever vers Dieu et á prêcher des choses divines.

La montagne fait allusion á une dimension spirituelle du disciple et de sa mission. Et spirituellement, Christ est la montagne, d’où coulent les eaux vives.  Donc les disciples seront élevés en mérites et ils prononceront des paroles élevées, des paroles du ciel. La montagne  corresponde à la hauteur de leurs mérites, de leurs sentiments, de leurs paroles.

4. Les disciples sont attirés par la beauté de Jésus

“ils vinrent auprès de lui…” ou “ils s’approchèrent de lui “Car le Seigneur aimait la beauté de Jacob (Ps 46) 

5. Les disciples sont institués “Apôtres”, c’est-à-dire, “envoyé”: ce n’est pas une fonction, c’est une identité

Il leur donna le nom d’Apôtres (Lc 6,13) : avec le caractère effectif que prend le don d’un Nom par Dieu, dans la Bible (Lc 1,13, Jn 1,42)  “Apôtre” vient du grec, et signifie “Envoyé”, dans le sens de délégué, représentant: “ Qui vous écoute m’écoute… ” (Lc 10,16). En ce sens, Jésus qui se dit “ l’Envoyé du Père ” est le premier “Apôtre”, en même temps que Grand Prêtre de la Nouvelle Alliance (He 3,1). Les Apôtres le seront à son image: “ Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde ” (Jn 17,18).

Dès les Actes des Apôtres , Paul et Barnabé reçoivent ce titre (Ac 14,4 Ac 14,14). Dans l’histoire de l’Église, l’apôtre est devenu presque synonyme du “missionnaire”. Mais il doit garder ce caractère de délégué, témoin de la Tradition, sous peine de n’être plus qu’un propagandiste.  

Toutefois, au sens propre, sont Apôtres ceux qui ont été choisis par le Christ lui-même, formés par lui puisqu’ils ont vécu avec Lui, bénéficiant de ses enseignements et de ses exemples.  ils ont reçu “Pouvoir” et autorité non seulement pour enseigner l’Evangile au monde entier, mais pour donner d’y entrer, notamment par les sacrements. Les 4 Évangiles se terminent sur cet Envoi: Mt 28,18-20; Mc 16,20; Lc 24,46-48; Jn 20,30-31 (et 1Jn 1,1-3). C’est pour cela qu’ils ont reçu l’Esprit de la Pentecôte, à un degré suréminent (Lc 24,49), surtout lorsqu’ils se réunissent pour gouverner l’Eglise (Ac 15,22-29).

6. Les disciples sont institués 12

Le Pseudo-Jérôme dit qu’il ne s’agit pas des 12 qui «s’assoient sur douze trônes, jugeant les douze tribus d’Israël» (Mt 19,28). Mais ils sont 12 car par bandes de trois et de quatre surveillent le tabernacle du Seigneur, et portent les saintes paroles du Seigneur, les faisant avancer dans leurs actions.  Car, les enfants d’Israël campaient autrefois autour du Tabernacle, de sorte que, de chacun des quatre côtés de la place, trois tribus étaient stationnées. Maintenant, trois fois quatre font douze, et en trois bandes de quatre, les apôtres ont été envoyés pour prêcher, afin que, dans les quatre coins du monde, ils baptisent les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

7. Les disciples reçoivent le pouvoir

Jésus leur a donné le pouvoir, c’est-à-dire, afin que la grandeur de leurs actions témoigne de la grandeur de Dieu.  Il ne s’agit d’un pouvoir pour dominer. C’est un pouvoir pour faire ce que Dieu veut.

8. Les disciples reçoivent un nom. Donner un nom aux apôtres c’est dire qu’ils doivent être connus et reconnus comme vrais apôtres de Jesus.

il donne les noms des apôtres, afin que les vrais apôtres soient connus, afin que les hommes puissent éviter les faux.  C’est dire aussi qu’ils appartiennent á Jésus. Ils sont reconnus comme disciples de Jésus. Ces noms sont chargés

9. Le disciple est un rocher de fondation, rocher où jaillit la vie, rocher de persévérance

Simon Il a surnommé Céphas. le Seigneur lui a donné ce nom. La raison pour laquelle le Seigneur a voulu qu’il soit d’abord appelé autrement, c’est que du changement même du nom, un mystère pourrait nous être transmis. Pierre alors en latin ou en grec signifie la même chose que Cephas en hébreu, et dans chaque langue le nom est tiré d’une pierre.

On ne peut pas non plus douter que c’est le rocher dont Paul a parlé: “Et ce rocher était Christ”. (1Co 10,4) Car, comme Christ était la vraie lumière, et permettait aussi que les apôtres soient appelés la lumière du monde, (Mt 5,14), ainsi aussi à Simon, qui croyait au rocher Christ, Il a donné la nom de rocher.

10. Le disciple supplante la chair, vit par la grâce de Dieu, et divulgue l’évangile comme un tonnerre.

Selon le Pseudo-Jerome, le fait de mentionner Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère. L’évangéliste a voulu dire que le disciple de Jésus est quelqu’un qui supplante les désirs de la chair (Jacques) et qui a reçu tout par la grâce de Dieu (Jean). Ils les surnomment “Boanergues.” Selon le Pseudo-Chrysologue, Il appelle les fils de Zébédée par ce nom, car ils devaient répandre dans le monde les décrets puissants et illustres de la Divinité á l’exemple même du Père quand il a proclamé dans le tonnerre par une puissance concernant le Fils, “Ceci est mon Fils bien-aimé”.  Ainsi les disciples, eux aussi, à travers le nuage de la chair et le feu de la parole, puissent pour ainsi dire disperser la Bonne Nouvelle sur la terre comme les éclairs.

Réflexions du Pape François: “disciple-missionnaire”

1. Nous sommes disciples-missionnaires, “éclairés et affermis par l’Esprit Saint”.  L’attitude du disciple-missionnaire c’est écouter comme serviteur, écouter pour servir comme les servants dans le mariage de Cana.

50 C’est le regard du disciple-missionnaire qui « est éclairé et affermi par l’Esprit Saint ». 

120. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires ». Si nous n’en sommes pas convaincus, regardons les premiers disciples, qui immédiatement, après avoir reconnu le regard de Jésus, allèrent proclamer pleins de joie: « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41)

127. Maintenant que l’Église veut vivre un profond renouveau missionnaire, il y a une forme de prédication qui nous revient à tous comme tâche quotidienne. Il s’agit de porter l’Évangile aux personnes avec lesquelles chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues. C’est la prédication informelle que l’on peut réaliser dans une conversation, et c’est aussi celle que fait un missionnaire quand il visite une maison. Être disciple c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu : dans la rue, sur la place, au travail, en chemin. 

287 Nous fixons aujourd’hui notre regard sur elle, pour qu’elle nous aide à annoncer à tous le message de salut, et pour que les nouveaux disciples deviennent des agents évangélisateurs.

146 On consacre un temps gratuit et sans hâte uniquement aux choses et aux personnes qu’on aime ; et ici il s’agit d’aimer Dieu qui a voulu nous parler. À partir de cet amour, on peut consacrer tout le temps nécessaire, avec l’attitude du disciple : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute » (1S 3, 9).

2. Nous sommes disciples-missionnaires pour prêcher l’Evangile de Jésus Christ.  Disciples pour faire des disciples. Disciples pour attirer les autres á Jésus.

19. L’évangélisation obéit au mandat missionnaire de Jésus : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20a). Dans ces versets, on présente le moment où le Ressuscité envoie les siens prêcher l’Évangile en tout temps et en tout lieu, pour que la foi en lui se répande en tout point de la terre.

Le disciple-missionnaire “sort”, il vit dans la dynamique de l’exode et du don, le fait de sortir de soi.

20. Dans la Parole de Dieu apparaît constamment ce dynamisme de “la sortie” que Dieu veut provoquer chez les croyants. Abram accepta l’appel à partir vers une terre nouvelle (cf. Gn 12,1-3). Moïse écouta l’appel de Dieu : « Va, je t’envoie » (Ex 3,10) et fit sortir le peuple vers la terre promise (cf. Ex 3, 17). À Jérémie il dit : « Vers tous ceux à qui je t’enverrai, tu iras» (Jr 1, 7). Aujourd’hui, dans cet “ allez ” de Jésus, sont présents les scénarios et les défis toujours nouveaux de la mission évangélisatrice de l’Église, et nous sommes tous appelés à cette nouvelle “sortie” missionnaire. Tout chrétien et toute communauté discernera quel est le chemin que le Seigneur demande, mais nous sommes tous invités à accepter cet appel : sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile.

21. La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. Les soixante-dix disciples en font l’expérience, eux qui reviennent de la mission pleins de joie (cf. Lc 10, 17). Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21). Les premiers qui se convertissent la ressentent, remplis d’admiration, en écoutant la prédication des Apôtres « chacun dans sa propre langue » (Ac 2, 6) à la Pentecôte. Cette joie est un signe que l’Évangile a été annoncé et donne du fruit. Mais elle a toujours la dynamique de l’exode et du don, du fait de sortir de soi, de marcher et de semer toujours de nouveau, toujours plus loin. Le Seigneur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 38). Quand la semence a été semée en un lieu, il ne s’attarde pas là pour expliquer davantage ou pour faire d’autres signes, au contraire l’Esprit le conduit à partir vers d’autres villages.

23. L’intimité de l’Église avec Jésus est une intimité itinérante, et la communion « se présente essentiellement comme communion missionnaire ». Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu. C’est ainsi que l’ange l’annonce aux pasteurs de Bethléem : « Soyez sans crainte, car voici que je vous annonce une grande joie qui sera celle de tout le peuple » (Lc 2, 10). L’Apocalypse parle d’«une Bonne Nouvelle éternelle à annoncer à ceux qui demeurent sur la terre, à toute nation, race, langue et peuple » (Ap 14, 6).

3. Le disciple-missionnaire est une communauté des disciples-missionnaires, une communauté pleine de joie. Jésus a vécu dans une communauté de 12.  Jésus convoque, choisit une communauté de disciple-missionnaire et non individus isolés.  Vivre la foi chrétienne en communauté est un élément non-négociable de la spiritualité chrétienne (cf. R. Rolheiser, The Holy Longing). Le disciple-missionnaire n’est jamais seul. Il s’identifie avec une communauté, avec une Eglise.

21. La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire. Les soixante-dix disciples en font l’expérience, eux qui reviennent de la mission pleins de joie (cf. Lc 10, 17). Jésus la vit, lui qui exulte de joie dans l’Esprit Saint et loue le Père parce que sa révélation rejoint les pauvres et les plus petits (cf. Lc 10, 21).

24. L’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent….La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les dis- tances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. 

40. L’Église qui est disciple-missionnaire, a besoin de croître dans son interprétation de la Parole révélée et dans sa compréhension de la vérité. 

92 En cette époque précisément, et aussi là où se trouve un « petit troupeau » (Lc 12, 32), les disciples du Seigneur sont appelés à vivre comme une communauté qui soit sel de la terre et lumière du monde (cf. Mt 5, 13-16). Ils sont appelés à témoigner de leur appartenance évangélisatrice de façon toujours nouvelle. Ne nous laissons pas voler la communauté ! 

113. Ce salut, que Dieu réalise et que l’Église annonce joyeusement, est destiné à tous, et Dieu a donné naissance à un chemin pour s’unir chacun des êtres humains de tous les temps. Il a choisi de les convoquer comme peuple et non pas comme des êtres isolés. Personne ne se sauve tout seul, c’est-à-dire, ni comme individu isolé ni par ses propres forces. Dieu nous attire en tenant compte de la trame complexe des relations interpersonnelles que comporte la vie dans une communauté humaine. Ce peuple que Dieu s’est choisi et a convoqué est l’Église. Jésus ne dit pas aux Apôtres de former un groupe exclusif, un groupe d’élite. Jésus dit: « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19). Saint Paul affirme qu’au sein du peuple de Dieu, dans l’Église, « il n’y a ni Juif ni Grec […] car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3, 28). Je voudrais dire à ceux qui se sentent loin de Dieu et de l’Église, à ceux qui sont craintifs et indifférents : Le Seigneur t’appelle toi aussi à faire partie de son peuple et il le fait avec grand respect et amour ! 

Le disciple-missionnaire doit se faire accompagné par un disciple missionnaire. Entre les disciples missionnaires doit régner toujours la paix.

173. L’accompagnement spirituel authentique commence toujours et progresse dans le domaine du service de la mission évangélisatrice. La relation de Paul avec Timothée et Tite est un exemple de cet accompagnement et de cette formation durant l’action apostolique. En leur confiant la mission de s’arrêter dans chaque ville pour « y achever l’organisation » (Tt 1, 5 ; cf. 1 Tm 1, 3-5), il leur donne des critères pour la vie personnelle et pour l’action pastorale. Tout cela se différencie clairement d’un type quelconque d’accompagnement intimiste, d’autoréalisation isolée. Les disciples missionnaires accompagnent les disciples missionnaires. 

229. Ce critère évangélique nous rappelle que le Christ a tout unifié en lui : le ciel et la terre, Dieu et l’homme, le temps et l’éternité, la chair et l’esprit, la personne et la société. Le signe distinctif de cette unité et de cette réconciliation de tout en lui est la paix : Le Christ « est notre paix » (Ep 2, 14). L’annonce de l’Évangile commence toujours avec le salut de paix, et à tout moment la paix couronne les relations entre les disciples et leur donne cohésion. La paix est possible parce que le Seigneur a vaincu le monde, avec ses conflits permanents « faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). Mais si nous allons au fond de ces textes bibliques, nous découvrirons que le premier domaine où nous sommes appelés à conquérir cette pacification dans les différences, c’est notre propre intériorité, notre propre vie toujours menacée par la dispersion dialectique. Avec des cœurs brisés en mille morceaux, il sera difficile de construire une authentique paix sociale. 

4. Le disciple-missionnaire prend l’initiative, s’implique, accompagne, porte du fruit et fête.

24. L’Église “en sortie” est la communauté des disciples missionnaires qui prennent l’initiative, qui s’impliquent, qui accompagnent, qui fructifient et qui fêtent. 

« Primerear – prendre l’initiative » : veuillez m’excuser pour ce néologisme. La communauté évangélisatrice expérimente que le Seigneur a pris l’initiative, il l’a précédée dans l’amour (cf. 1Jn 4, 10), et en raison de cela, elle sait aller de l’avant, elle sait prendre l’initiative sans crainte, aller à la rencontre, chercher ceux qui sont loin et arriver aux croisées des chemins pour inviter les exclus. Pour avoir expérimenté la miséricorde du Père et sa force de diffusion, elle vit un désir inépuisable d’offrir la miséricorde. Osons un peu plus prendre l’initiative ! 

En conséquence, l’Église sait “s’impliquer”. Jésus a lavé les pieds de ses disciples. Le Seigneur s’implique et implique les siens, en se mettant à genoux devant les autres pour les laver. Mais tout de suite après il dit à ses disciples : « Heureux êtes-vous, si vous le faites » (Jn 13, 17). La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple. Les évangélisateurs ont ainsi “l’odeur des brebis” et celles-ci écoutent leur voix. 

Ensuite, la communauté évangélisatrice se dispose à “accompagner”. Elle accompagne l’humanité en tous ses processus, aussi durs et prolongés qu’ils puissent être. Elle connaît les longues attentes et la patience apostolique. L’évangélisation a beaucoup de patience, et elle évite de ne pas tenir compte des limites. 

Fidèle au don du Seigneur, elle sait aussi “fructifier”. La communauté évangélisatrice est toujours attentive aux fruits, parce que le Seigneur la veut féconde. Il prend soin du grain et ne perd pas la paix à cause de l’ivraie. Le semeur, quand il voit poindre l’ivraie parmi le grain n’a pas de réactions plaintives ni alarmistes. Il trouve le moyen pour faire en sorte que la Parole s’incarne dans une situation concrète et donne des fruits de vie nouvelle, bien qu’apparemment ceux-ci soient imparfaits et inachevés. Le disciple sait offrir sa vie entière et la jouer jusqu’au martyre comme témoignage de Jésus-Christ ; son rêve n’est pas d’avoir beaucoup d’ennemis, mais plutôt que la Parole soit accueillie et manifeste sa puissance libératrice et rénovatrice. 

Enfin, la communauté évangélisatrice, joyeuse, sait toujours “fêter”. Elle célèbre et fête chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisation. L’évangélisation joyeuse se fait beauté dans la liturgie, dans l’exigence quotidienne de faire progresser le bien. L’Église évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie, la- quelle est aussi célébration de l’activité évangélisatrice et source d’une impulsion renouvelée à se donner.

5. Le disciple-missionnaire donne un témoignage de communion fraternelle attrayant et lumineux. Ce qui identifie le disciple-missionnaire c’est l’amour qu’il a, qu’il montre.  Les relations entre le disciple-missionnaire et les autres croyants sont marquées para le dialogue et l’amitié.

99. Le monde est déchiré par les guerres et par la violence, ou blessé par un individualisme diffus qui divise les êtres humains et les met l’un contre l’autre dans la poursuite de leur propre bien-être…Je désire demander spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encouragez mutuellement et comment vous vous accompagnez : « À ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres » (Jn 13,35). C’est ce que Jésus a demandé au Père dans une intense prière : « Qu’ils soient un en nous, afin que le monde croie » (Jn 17,21). Attention à la tentation de l’envie ! Nous sommes sur la même barque et nous allons vers le même port ! Demandons la grâce de nous réjouir des fruits des autres, qui sont ceux de tous. 

161. Il ne serait pas correct d’interpréter cet appel à la croissance exclusivement ou prioritairement comme une formation doctrinale. Il s’agit d’“ observer ” ce que le Seigneur nous a indiqué, comme réponse à son amour, d’où ressort, avec toutes les vertus, ce commandement nouveau qui est le premier, le plus grand, celui qui nous identifie le mieux comme disciples : « Voici quel est mon commandement : vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). 

248. Le dialogue et l’amitié avec les fils d’Israël font partie de la vie des disciples de Jésus. L’affection qui s’est développée nous porte à nous lamenter sincèrement et amèrement sur les terribles persécutions dont ils furent l’objet, en particulier celles qui impliquent ou ont impliqué des chrétiens. 

Textes pour la méditation

Mt 28, 19-20a; Marc 3, 11-19; Se renier soi-même et se charger de sa croix, renoncer á tout, tout quitter (Mt 16,24 Lc 14,26 Lc 14,33); Premières vocations des Apôtres: Jn 1,35-51; Vocation de Pierre et André, Jacques et Jean: Mt 4,18-22; Mc1,16-20; Lc 5,1-3.10-11; La vocation de Lévi (Mt 9,9-13); Mc 2,13-17; Lc 5,27-32.Méditation sur la joie de l’Evangile crucifiée

La grâce: “apprendre à souffrir en embrassant Jésus crucifié” (EG91) Fidélité á une identité non négociable, fidélité á “un style de vie” (EG269)

Texte de base: la condamnation de Jesus: Matthieu 26, 57-68

Ceux qui avaient arrêté Jésus l’amenèrent devant Caïphe, le grand prêtre, chez qui s’étaient réunis les scribes et les anciens.  Quant à Pierre, il le suivait à distance, jusqu’au palais du grand prêtre ; il entra dans la cour et s’assit avec les serviteurs pour voir comment cela finirait.  Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort.  Ils n’en trouvèrent pas ; pourtant beaucoup de faux témoins s’étaient présentés. Finalement il s’en présenta deux, qui déclarèrent : « Celui-là a dit : “Je peux détruire le Sanctuaire de Dieu et, en trois jours, le rebâtir.” »  Alors le grand prêtre se leva et lui dit : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »  Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répond : « C’est toi-même qui l’as dit ! En tout cas, je vous le déclare : désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel. »  Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : « Il a blasphémé ! Pourquoi nous faut-il encore des témoins ? Vous venez d’entendre le blasphème !  Quel est votre avis ? » Ils répondirent : « Il mérite la mort. »  Alors ils lui crachèrent au visage et le giflèrent ; d’autres le rouèrent de coups en disant : « Fais-nous le prophète, ô Christ ! Qui t’a frappé ? »

Points de meditation

Les “procès” de Jésus en question

Selon les évangélistes il y a eu plusieurs “procès” de Jésus:

  1. Le procès devant le conseil (Mc14, 53-72; Mt26, 59-75; Lc22, 55-62)
  2. Le procès devant un chef des prêtre Anne (Jn18, 13.19-23)
  3. Le procès devant un chef des prêtres Caiphe (Jn18, 24)
  4. Le premier procès devant Pilates (Mt27, 11-26; Mc15, 1-15; Lc23, 1-5; Jo18, 28-38)
  5. Le procès devant Hérodes (Lc23, 8-12)
  6. Le deuxième procès devant Pilates (Lc23, 13-25; Jo19, 9-16)

Tous ces récits de procès montre bien que la condamnation de Jésus est une souffrance.  Si aujourd’hui le missionnaire n’est pas crucifié on lui fait beaucoup de procès tout le temps, tous les jours. Les confrères me font des procès. Les chrétiens nous font des procès.

Le procès de Jésus est un des passages de la bible dont l’interprétation est des plus difficiles (Cf. R. Brown, The Death of the Messiah). Ce “procès” juif dévie de beaucoup des procès normaux légaux définis para le Talmud. Il présente des irrégularités. La narrative manque de cohérence. Le fait que l’accusé est obligé de faire un serment (“je t’adjure par le Dieu Vivant…) est une pratique étrange.  Le motif de la condamnation de Jésus parait être “il est le Roi Messie et Fils de Dieu” (Jn19, 7: nous avons une loi e selon cette loi il doit mourrir parce qu’il s’est déclaré Fils de Dieu)

Tous les commentaires sont d’accord pour dire qu’il n’ y a pas eu un procès religieux de Jésus.  Il aurait fallu un conseil de 72 membres. Impossible de réunir un tel conseil si vite.  Les 2 témoins nécessaires n’ont pas pu s’accorder sur les accusations.  

Le juge juif Haim Cohn qui a fait une investigation sur les fameux procès de Jésus a conclu qu’il ne pouvait pas avoir de procès de Jesus pour plusieurs raisons: 

  • Le Sanhedrin ne peut pas exercer sa juridiction dans la maison d’un chef des prêtres, en dehors de la Cours ou dans le Temple
  • Les procès criminels devraient être faits et terminés pendant le jour. Les procès la nuit était interdit.
  • Les procès criminels ne peuvent pas avoir lieu á la veille d’un jour de fête, ni le jour de la fête
  • Aucun homme ne peut être condamnés sur la base de sa propre confession
  • La présence de 2 témoins de confiance et indépendants qui donnent témoignage de l’offense perpétrée en leur présence.
  • Le blasphème est crime de mort si l’accusé a prononcé le tetragramme YHVH. Ce nom de Dieu n’était prononcé qu’une seule fois l’an le Jour de l’Expiation par le Chef des prêtres dans le Saint des Saints du Temple.

Selon le juge Cohn c’est impossible que les juifs ont pu faire un procès criminel á Jésus et l’ai condamné á mort. (cf. Haim Cohn, The Trial and Death of Jesus, 1971).

Et le blasphème contre le temple? Les évangélistes se basent sur Jer 26, 1-19 qui menace de mort toute personne qui prédit la destruction du temple comme l’a fait Jésus. Mais Jésus avait dit “Détruisez ce temple et je le reconstruirai en 3 jours…”. Tout de même Jésus avait prédit la destruction du Temple “il ne restera pas pierre sur pierre…”.

Et la question du grand prêtre? Sa question est bien chrétienne. Elle n’est pas juive. Jésus répond en citant des versets messianiques de Psaume 110, 1 et Daniel 7, 13.  Il n’ y a aucune source judaïque qui prouve que cela est un blasphème.

Que pouvons-nous apprendre de l’interrogatoire de Jésus?

1. Une identité non-négociable: on ne négocie pas son identité

Qu’est-ce qui s’est donc passé cette nuit là? les commentaires suggère qu’il y a eu une rencontre de Jésus avec des chef religieux juifs sous la conduite du grand prêtre pour s’accorder avec lui.  Son entrée á Jerusalem avait crée un remous ménage. Depuis un certain temps Jésus créait un remous ménage en Israël. Il dérangeait Herodes qui cherchait á le rencontrer. Les romains en ont entendu parler et ils étaient sur leur garde. Un petit trouble et les romains allaient frapper dur. Pilates était reconnu pour être un cruel, sans pitié qui extermine tout.  

Le peuple d’Israel était en tumulte avec cet événement Jésus. Pour certains c’est un homme de bien. Pour d’autre il sème le trouble. Il a divisé Israel. Certains voulaient profiter de la présence de Jésus á Jerusalem pour lancer la “révolution”.  Jean raconte que certains voulaient faire de Jesus leur roi de force (Jn6, 35).  En réalité l’avenir du peuple d’Israel se jouait.  Les juifs étaient divisés, même les chefs juifs étaient divisés á cause de Jésus. Nicodème n’est pas allé voir Jésus de nuit seulement pour parler théologie. Ils ont parlé politique et l’avenir d’Israel. Il a négocié avec Jésus son avenir.

Comme dit un grand prêtre il faut qu’un seul meurt au lieu du peuple (Jn18, 14).  Ce qui était en jeu cette nuit-là c’était faire taire Jésus et son mouvement et que le calme et la paix règne dans le peuple d’Israel. Si Jésus ne collaborait pas il serait alors livré á Pilates qui en finira avec lui.  Cette nuit-là les chefs juifs ont tenté un ultime dialogue avec Jésus sur la base d’une question: “Qui es-tu? Qu’est-ce que tu veux? Nous ne te demandons qu’une seule chose: mets fin á ton mouvement” 

Quand le grand prêtre dit “Je t’adjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu” il espérait la réponse que Pierre va donner á ses accusateurs: “il se mit à jurer avec force imprécations: “Je ne connais pas cet homme.”  Jésus ne se reniera pas.  Le grand prêtre a déchiré ses vêtements en signe de lamentations. Le dialogue a échoué. Jésus a été fidèle á son identité jusqu’au bout.  Il accepte de mourir. Le grand prêtre lamente son intransigeance et sa mort future.  Jésus n’a pas négocié son identité.  Mais la fin du mouvement Jésus est plus important pour que Israel retrouve la paix, la tranquillité.  “il faut qu’un seul meurt au lieu du peuple (Jn18, 14)”

2. L’identité de Jésus révélée: Le Christ le Fils de Dieu.

Ce qui est en jeu dans la condamnation de Jésus c’est son identité: “Le Christ le Fils de Dieu”.  C’est notre identité qui est en procès aujourd’hui. Pendant son interrogatoire, Jésus garde le silence.  Il répond seulement quand la question concerne son identité.  Il répond á Pilates quand celui attaque son identité divine, “Jean 19, 9 Il entra de nouveau dans le prétoire et dit à Jésus: “D’où es-tu?” Mais Jésus ne lui donna pas de réponse.  Pilate lui dit donc: “Tu ne me parles pas? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher et que j’ai pouvoir de te crucifier?”  Jésus lui répondit: “Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t’avait été donné d’en haut” C’est en réalité les seules paroles que Jésus a dites á Pilates. Toutes les autres paroles sont des constructions théologiques. Jésus a gardé le silence jusqu’á la mort. Qui sommes-nous? Les “oints (Christ) du Fils de Dieu”= une identité claire.

3. Jésus gardait le silence: garder le silence quand notre identité n’est pas en jeu.

Le silence de Jésus durant les interrogatoires impressionnent. Quand on l’accuse sur ses paroles, ses gestes, “Jésus gardait le silence”, un silence qui a surpris Pilates.  Jésus ne perd pas le temps á se défendre des accusations sur ses actes, ses paroles.  La véritable souffrance n’est pas celle que nous subissons á cause de nos paroles et nos actes.  La croix véritable est celle qui touche á notre identité profonde.  Jésus reste centré sur l’essentiel. Pourquoi perdre le temps sur le non-nécessaire. La vérité finira toujours par vaincre. Le silence est une arme contre le mensonge. Le silence de l’autre qu’on veut détruire nous ramène á nous-même. Le silence de celui qu’on accuse avec un doigt nous fait découvrir qu’il a 3 doigts pointés vers nous-même.  Le silence de l’innocent nous hante. Le silence de l’innocent dévoile nos pensées sécrètes. Le silence de Jésus montre aussi les irrégularités des interrogatoires, des procès.  Il perçoit bien c’est tout du mensonge, de l’hypocrisie… ce n’est pas bien nécessaire tout. Ça ne sert á rien de répondre.

Les réflexions du Pape François sur la croix de Jésus et la souffrance du disciple-missionnaire.

1. Jésus est le Crucifié. “Christ crucifié” “Christ souffrant” (210). Nous croyons en Jésus crucifié. Nous annonçons Christ crucifié. Celui qui refuse le Christ crucifié vit dans un monde virtuel, fantaisiste. 

77 ressourcer sa foi en Jésus crucifié et ressuscité 

88 certains voudraient un Christ purement spirituel, sans chair ni croix, de même ils visent des relations interpersonnelles seulement à travers des appareils sophistiqués, des écrans et des systèmes qu’on peut mettre en marche et arrêter sur commande. 

Les conséquences d’une religion, d’une Eglise sans la croix du Christ c’est la mondanité spirituelle=

95. Cette obscure mondanité se manifeste par de nombreuses attitudes apparemment opposées mais avec la même prétention de “dominer l’espace de l’Église”. Dans certaines d’entre elles on note un soin ostentatoire de la liturgie, de la doctrine ou du prestige de l’Église, mais sans que la réelle insertion de l’Évangile dans le Peuple de Dieu et dans les besoins concrets de l’histoire ne les préoccupe. De cette façon la vie de l’Église se transforme en une pièce de musée, ou devient la propriété d’un petit nombre. Dans d’autres, la même mondanité spirituelle se cache derrière la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, ou dans une vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, ou dans une attraction vers les dynamiques d’auto-estime et de réalisation auto-référentielle. Elle peut aussi se traduire par diverses manières de se montrer soi-même engagé dans une intense vie sociale, remplie de voyages, de réunions, de dîners, de réceptions. Ou bien elle s’exerce par un fonctionnalisme de manager, chargé de statistiques, de planifications, d’évaluations, où le principal bénéficiaire n’est pas le Peuple de Dieu mais plutôt l’Église en tant qu’organisation. Dans tous les cas, elle est privée du sceau du Christ incarné, crucifié et ressuscité, elle se renferme en groupes d’élites, elle ne va pas réellement à la recherche de ceux qui sont loin, ni des immenses multitudes assoiffées du Christ. Il n’y a plus de ferveur évangélique, mais la fausse jouissance d’une autosatisfaction égocentrique. 

125 regards d’amour profond vers le Christ crucifié.

200. Étant donné que cette Exhortation s’adresse aux membres de l’Église catholique, je veux dire avec douleur que la pire discrimination dont souffrent les pauvres est le manque d’attention spirituelle. L’immense majorité des pauvres a une ouverture particulière à la foi ; ils ont besoin de Dieu et nous ne pouvons pas négliger de leur offrir son amitié, sa bénédiction, sa Parole, la célébration des Sacrements et la proposition d’un chemin de croissance et de maturation dans la foi. L’option préférentielle pour les pauvres doit se traduire principalement par une attention religieuse privilégiée et prioritaire. 

2. Le sens ou conséquence de La Croix de Jesus 

La croix de Jésus est Une source d’eau vive, une source d’espérance, est une source de vie. Sur la croix Jésus nous rassure que la vie doit toujours vaincre.

86 c’est justement sur la Croix que le Seigneur, transpercé, s’est donné à nous comme source d’eau vive. Ne nous laissons pas voler l’espérance ! 

La croix de Jésus est Une victoire qui nous donne la paix

229 La paix est possible parce que le Seigneur a vaincu le monde, avec ses conflits permanents « faisant la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). 

La croix de Jésus c’est Se sentir aimé dans les moments les plus difficiles de sa vie. Jésus nous aime dans ces moments de souffrance

125 Je pense à la foi solide de ces mères au pied du lit de leur enfant malade qui s’appliquent au Rosaire bien qu’elles ne sachent pas ébaucher les phrases du Credo ; ou à tous ces actes chargés d’espérance manifestés par une bougie que l’on allume dans un humble foyer pour demander l’aide de Marie, ou à ces regards d’amour profond vers le Christ crucifié. Celui qui aime le saint peuple fidèle de Dieu ne peut pas regarder ces actions seulement comme une recherche naturelle de la divinité. Ce sont les manifestations d’une vie théologale animée par l’action de l’Esprit Saint qui a été répandu dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5). 

La croix de Jésus, c’est l’amour de Jésus qui nous soutient

268 Quand nous nous arrêtons devons Jésus crucifié, nous reconnaissons tout son amour qui nous rend digne et nous soutient, mais, en même temps, si nous ne sommes pas aveugles, nous commençons à percevoir que ce regard de Jésus s’élargit et se dirige, plein d’affection et d’ardeur, vers tout son peuple. Ainsi, nous redécouvrons qu’il veut se servir de nous pour devenir toujours plus proche de son peuple aimé. Il nous prend du milieu du peuple et nous envoie à son peuple, de sorte que notre identité ne se comprend pas sans cette appartenance. 

La croix de Jésus nous rend capable de nous incarner, de toucher la souffrance du peuple, de souffrir avec le peuple

24 La communauté évangélisatrice, par ses œuvres et ses gestes, se met dans la vie quotidienne des autres, elle raccourcit les distances, elle s’abaisse jusqu’à l’humiliation si c’est nécessaire, et assume la vie humaine, touchant la chair souffrante du Christ dans le peuple 

197 A ceux qui étaient accablés par la souffrance, opprimés par la pauvreté, il assura que Dieu les portait dans son cœur : « Heureux, vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20) ; il s’est identifié à eux : « J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger », enseignant que la miséricorde envers eux est la clef du ciel (cf. Mt 25, 35s). 

198 je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. En plus de participer au sensus fidei, par leurs propres souffrances ils connaissent le Christ souffrant. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux, à prêter notre voix à leurs causes, mais aussi à être leurs amis, à les écouter, à les comprendre et à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux. 

210. Il est indispensable de prêter attention aux nouvelles formes de pauvreté et de fragilité dans lesquelles nous sommes appelés à reconnaître le Christ souffrant, même si, en apparence, cela ne nous apporte pas des avantages tangibles et immédiats : les sans-abris, les toxico-dépendants, les réfugiés, les populations indigènes, les personnes âgées toujours plus seules et abandonnées etc. Les migrants me posent un défi particulier parce que je suis Pasteur d’une Église sans frontières qui se sent mère de tous. 

270. Parfois, nous sommes tentés d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains, afin d’accepter vraiment d’entrer en contact avec l’existence concrète des autres et de connaître la force de la tendresse. Quand nous le faisons, notre vie devient toujours merveilleuse et nous vivons l’expérience intense d’être un peuple, l’expérience d’appartenir à un peuple. 

274 Tout être humain fait l’objet de la tendresse infinie du Seigneur, qui habite dans sa vie. Jésus Christ a versé son précieux sang sur la croix pour cette personne. Au-delà de toute apparence, chaque être est infiniment sacré et mérite notre affection et notre dévouement.

288 Là, ils trouvent la force de Dieu pour supporter leurs souffrances et les fatigues de la vie. Comme à saint Juan Diego, Marie leur donne la caresse de sa consolation maternelle et leur murmure : « Que ton cœur ne se trouble pas […] Ne suis-je pas là, moi ta Mère ? ».213 

La Croix de Jesus, c’est la dramatique rencontre entre le péché et la miséricorde

285. Sur la croix, quand le Christ souffrait dans sa chair la dramatique rencontre entre le péché du monde et la miséricorde divine, il a pu voir à ses pieds la présence consolatrice de sa Mère et de son ami. 

La Croix de Jésus c’est l’heure de la nouvelle création

285 Au pied de la croix, en cette grande heure de la nouvelle création, le Christ nous conduit à Marie. Il nous conduit à elle, car il ne veut pas que nous marchions sans une mère, et le peuple lit en cette image maternelle tous les mystères de l’Évangile. 

3. La croix du missionnaire, les souffrances du missionnaire aujourd’hui.

  1. Individualisme, crise d’identité et baisse de ferveur. Nous sommes des personnes en morceaux. L’apostolat est une tâche mais ce n’est pas notre identité. Nous n’arrivons plus á vivre une vie équilibrée entre apostolat, vie communautaire, vie spirituelle. On a séparé tout et on n’arrive plus á intégrer ces éléments. La mission devient un appendice de notre vie. Nous passons plus de temps “seuls”. Nous savourons notre solitude. 

78. Aujourd’hui, on peut rencontrer chez beaucoup d’agents pastoraux, y compris des personnes consacrées, une préoccupation exagérée pour les espaces personnels d’autonomie et de détente, qui les conduit à vivre leurs tâches comme un simple appendice de la vie, comme si elles ne faisaient pas partie de leur identité. En même temps, la vie spirituelle se confond avec des moments religieux qui offrent un certain soulagement, mais qui ne nourrissent pas la rencontre avec les autres, l’engagement dans le monde, la passion pour l’évangélisation. Ainsi, on peut trouver chez beaucoup d’agents de l’évangélisation, bien qu’ils prient, une accentuation de l’individualisme, une crise d’identité et une baisse de ferveur. Ce sont trois maux qui se nourrissent l’un l’autre. 

81. Quand nous avons davantage besoin d’un dynamisme missionnaire qui apporte sel et lumière au monde, beaucoup de laïcs craignent que quelqu’un les invite à réaliser une tâche apostolique, et cherchent à fuir tout engagement qui pourrait leur ôter leur temps libre. Aujourd’hui, par exemple, il est devenu très difficile de trouver des catéchistes formés pour les paroisses et qui persévèrent dans leur tâche durant plusieurs années. Mais quelque chose de semblable arrive avec les prêtres, qui se préoccupent avec obsession de leur temps personnel. Fréquemment, cela est dû au fait que les personnes éprouvent le besoin impérieux de préserver leurs espaces d’autonomie, comme si un engagement d’évangélisation était un venin dangereux au lieu d’être une réponse joyeuse à l’amour de Dieu qui nous convoque à la mission et nous rend complets et féconds. Certaines personnes font de la résistance pour éprouver jusqu’au bout le goût de la mission et restent enveloppées dans une acédie paralysante. 

2. Complexe d’infériorité: un désenchantement par rapport á l’Evangile. Le missionnaire souffre aujourd’hui car il est découragé de voir que Evangile ne séduit personne. Alors il veut être comme tous les autres, parler d’autres choses… vivre autres choses.

79. La culture médiatique et quelques milieux intellectuels transmettent parfois une défiance marquée par rapport au message de l’Église, et un certain désenchantement. Comme conséquence, beaucoup d’agents pastoraux, même s’ils prient, développent une sorte de complexe d’infériorité, qui les conduit à relativiser ou à occulter leur identité chrétienne et leurs convictions. Un cercle vicieux se forme alors, puisqu’ainsi ils ne sont pas heureux de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font, ils ne se sentent pas identifiés à la mission évangélisatrice, et cela affaiblit l’engagement. Ils finissent par étouffer la joie de la mission par une espèce d’obsession pour être comme tous les autres et pour avoir ce que les autres possèdent. De cette façon, la tâche de l’évangélisation devient forcée et ils lui consacrent peu d’efforts et un temps très limité. 

3. un style de vie qui porte à s’attacher à des sécurités économiques, ou à des espaces de pouvoir et de gloire humaine 

80. Au-delà d’un style spirituel ou de la ligne particulière de pensée qu’ils peuvent avoir, un relativisme encore plus dangereux que le relativisme doctrinal se développe chez les agents pastoraux. Il a à voir avec les choix plus profonds et sincères qui déterminent une forme de vie. Ce relativisme pratique consiste à agir comme si Dieu n’existait pas, à décider comme si les pauvres n’existaient pas, à rêver comme si les autres n’existaient pas, à travailler comme si tous ceux qui n’avaient pas reçu l’annonce n’existaient pas. Il faut souligner le fait que, même celui qui apparemment dispose de solides convictions doctrinales et spirituelles, tombe souvent dans un style de vie qui porte à s’attacher à des sécurités économiques, ou à des espaces de pouvoir et de gloire humaine qu’il se procure de n’importe quelle manière, au lieu de donner sa vie pour les autres dans la mission. Ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire ! 

4. Une acédie égoïste paralysante: une fatigue non sereine, mais tendue, pénible, insatisfaite, et en définitive non acceptée. Le burnout n’est pas dû á l’excès d’activité mais ce sont surtout les activités mal vécus… et surtout nous n’avons personne qui chemine avec nous pour nous orienter, pour nous accompagner.

82. Le problème n’est pas toujours l’excès d’activité, mais ce sont surtout les activités mal vécues, sans les motivations appropriées, sans une spiritualité qui imprègne l’action et la rende désirable. De là découle que les devoirs fatiguent démesurément et parfois nous tombons malades. Il ne s’agit pas d’une fatigue sereine, mais tendue, pénible, insatisfaite, et en définitive non acceptée. Cette acédie pastorale peut avoir différentes origines. Certains y tombent parce qu’ils conduisent des projets irréalisables et ne vivent pas volontiers celui qu’ils pourraient faire tranquillement. D’autres, parce qu’ils n’acceptent pas l’évolution difficile des processus et veulent que tout tombe du ciel. D’autres, parce qu’ils s’attachent à certains projets et à des rêves de succès cultivés par leur vanité. D’autres pour avoir perdu le contact réel avec les gens, dans une dépersonnalisation de la pastorale qui porte à donner une plus grande attention à l’organisation qu’aux personnes, si bien que le “tableau de marche” les enthousiasme plus que la marche elle-même. D’autres tombent dans l’acédie parce qu’ils ne savent pas attendre, ils veulent dominer le rythme de la vie. L’impatience d’aujourd’hui d’arriver à des résultats immédiats fait que les agents pastoraux n’acceptent pas facilement le sens de certaines contradictions, un échec apparent, une critique, une croix. 

5. La souffrance du disciple missionnaire c’est de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit son cœur 

83. Ainsi prend forme la plus grande menace, « c’est le triste pragmatisme de la vie quotidienne de l’Église, dans lequel apparemment tout arrive normalement, alors qu’en réalité, la foi s’affaiblit et dégénère dans la mesquinerie ». La psychologie de la tombe, qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, se développe. Déçus par la réalité, par l’Église ou par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit leur cœur comme « le plus précieux des élixirs du démon ».  Appelés à éclairer et à communiquer la vie, ils se laissent finalement séduire par des choses qui engendrent seulement obscurité et lassitude intérieure, et qui affaiblissent le dynamisme apostolique. Pour tout cela je me permets d’insister : ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! 

6. Le pessimisme stérile. Nous sommes devenus des prophètes de malheur.

84. La joie de l’Évangile est celle que rien et personne ne pourra jamais enlever (cf. Jn 16, 22). Les maux de notre monde – et ceux de l’Église – ne devraient pas être des excuses pour réduire notre engagement et notre ferveur. Prenons-les comme des défis pour croître…En ce sens, nous pouvons écoutons de nouveau les paroles du bienheureux Jean XXIII, en ce jour mémorable du 11 octobre 1962 : « Il arrive souvent que (…) nos oreilles soient offensées en apprenant ce que disent certains qui, bien qu’enflammés de zèle religieux, manquent de justesse de jugement et de pondération dans leur façon de voir les choses. Dans la situation actuelle de la société, ils ne voient que ruines et calamités (…) Il nous semble nécessaire de dire notre complet désaccord avec ces prophètes de malheur, qui annoncent toujours des catastrophes, comme si le monde était près de sa fin. Dans le cours actuel des événements, alors que la société humaine semble à un tournant, il vaut mieux reconnaître les desseins mystérieux de la Providence divine qui, à travers la succession des temps et les travaux des hommes, la plupart du temps contre toute attente, atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse pour le bien de l’Église, même les événements contraires ».

7. Le disciple-missionnaire souffre car il vit avec le sens de l’échec.  Il devient un pessimiste mécontent et déçu au visage assombri.

85. Une des plus sérieuses tentations qui étouffent la ferveur et l’audace est le sens de l’échec, qui nous transforment en pessimistes mécontents et déçus au visage assombri. Personne ne peut engager une bataille si auparavant il n’espère pas pleinement la victoire. Celui qui commence sans confiance a perdu d’avance la moitié de la bataille et enfouit ses talents. Même si c’est avec une douloureuse prise de conscience de ses propres limites, il faut avancer sans se tenir pour battu, et se rappeler ce qu’a dit le Seigneur à saint Paul : « Ma grâce te suffit : car la puissance se dé- ploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Le triomphe chrétien est toujours une croix, mais une croix qui en même temps est un étendard de victoire, qu’on porte avec une tendresse combative contre les assauts du mal. Le mauvais esprit de l’échec est frère de la tentation de séparer prématurément le grain de l’ivraie, produit d’un manque de confiance anxieux et égocentrique. 

8. Le disciple-missionnaire souffre d’une desertification spirituelle

86. Il est évident que s’est produite dans certaines régions une “désertification” spirituelle, fruit du projet de sociétés qui veulent se construire sans Dieu ou qui détruisent leurs racines chrétiennes. Là « le monde chrétien devient stérile, et s’épuise comme une terre surexploitée, qui se transforme en sable ». Dans d’autres pays, la violente résistance au christianisme oblige les chrétiens à vivre leur foi presqu’en cachette dans le pays qu’ils aiment. C’est une autre forme très douloureuse de désert. Même sa propre famille ou son propre milieu de travail peuvent être cet environnement aride où on doit conserver la foi et chercher à la répandre. Mais « c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert, on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et, dans le désert, il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance ». Dans tous les cas, en pareilles circonstances, nous sommes appelés à être des personnes-amphores pour donner à boire aux autres. Parfois, l’amphore se transforme en une lourde croix, mais c’est justement sur la Croix que le Seigneur, transpercé, s’est donné à nous comme source d’eau vive. Ne nous laissons pas voler l’espérance ! 

9. Le disciple-missionnaire est prisonnier de La mondanité spirituelle: il recherche la gloire humaine et le bien-être personnel. C’est la recherche de l’apparence.  Tout est centré sur nous.

93. La mondanité spirituelle, qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien-être personnel. C’est ce que le Seigneur reprochait aux pharisiens : « Comment pouvez-vous croire, vous qui recevez la gloire les uns des autres, et ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique ? » (Jn 5, 44). Il s’agit d’une manière subtile de rechercher « ses propres intérêts, non ceux de Jésus-Christ » (Ph 2, 21). Elle prend de nombreuses formes, suivant le type de personne et la circonstance dans laquelle elle s’insinue. Du moment qu’elle est liée à la recherche de l’apparence, elle ne s’accompagne pas toujours de péchés publics, et, extérieurement, tout semble correct. Mais si elle envahissait l’Église, « elle serait infiniment plus désastreuse qu’une quelconque autre mondanité simplement morale ».

94. Cette mondanité peut s’alimenter spécialement de deux manières profondément liées entre elles. L’une est l’attrait du gnosticisme, une foi renfermée dans le subjectivisme, où seule compte une expérience déterminée ou une série de raisonnements et de connaissances que l’on considère comme pouvant réconforter et éclairer, mais où le sujet reste en définitive fermé dans l’immanence de sa propre raison ou de ses sentiments. L’autre est le néo-pélagianisme auto-référentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé. C’est une présumée sécurité doctrinale ou disciplinaire qui donne lieu à un élitisme narcissique et autoritaire, où, au lieu d’évangéliser, on analyse et classifie les autres, et, au lieu de faciliter l’accès à la grâce, les énergies s’usent dans le contrôle. Dans les deux cas, ni Jésus-Christ, ni les autres n’intéressent vraiment. Ce sont les manifestations d’un immanentisme anthropocentrique. Il n’est pas possible d’imaginer que de ces formes réductrices de christianisme, puisse surgir un authentique dynamisme évangélisateur. 

4. La réponse á la souffrance du missionnaire est croire á la croix glorieuse du Christ. La croix de Jésus nous fait vivre en lui et pour lui. Alors nous pouvons nous réjouir avec lui.

5. L’Évangile, où resplendit glorieuse la Croix du Christ, invite avec insistance à la joie. 

Il nous faut embrasser la croix et non la fuir car ainsi nous pouvons rester fidèle á Jésus et á la mission d’évangéliser.

172 Um accompagnateur Il invite toujours à vouloir se soigner, à se relever, à embrasser la croix, à tout laisser, à sortir toujours de nouveau pour annoncer l’Évangile. 

91 C’est aussi apprendre à souffrir en embrassant Jésus crucifié quand nous subissons des agressions injustes ou des ingratitudes, sans jamais nous lasser de choisir la fraternité 

La croix fait partie de la foi, soyons-en convaincu. La souffrance n’enlève pas notre attachement á Jésus. Au contraire!

42. Ceci a une grande importance dans l’annonce de l’Évangile, si nous avons vraiment à cœur de faire mieux percevoir sa beauté et de la faire accueillir par tous. De toute façon, nous ne pourrons jamais rendre les enseignements de l’Église comme quelque chose de facilement compréhensible et d’heureusement apprécié par tous. La foi conserve toujours un aspect de croix, elle conserve quelque obscurité qui n’enlève pas la fermeté à son adhésion. Il y a des choses qui se comprennent et s’apprécient seulement à partir de cette adhésion qui est sœur de l’amour, au-delà de la clarté avec laquelle on peut en saisir les rai- sons et les arguments.

Souvenons-nous toujours que la croix de Jesus est la conséquence d’un style de vie

269 Le don de Jésus sur la croix n’est autre que le sommet de ce style qui a marqué toute sa vie. Séduits par ce modèle, nous voulons nous intégrer profondément dans la société, partager la vie de tous et écouter leurs inquiétudes, collaborer matériellement et spirituellement avec eux dans leurs nécessités, nous réjouir avec ceux qui sont joyeux, pleurer avec ceux qui pleurent et nous engager pour la construction d’un monde nouveau, coude à coude avec les autres. Toutefois, non pas comme une obligation, comme un poids qui nous épuise, mais comme un choix personnel qui nous remplit de joie et nous donne une identité.

Textes pour la méditation personnelle

L’agonie: Matthieu 26, 37-44 (Jn 18,1 Mt 26,36-46 Mc 14,32-42 Lc 22,40-46); Le procès du maître: Matthieu 26, 57-68 (Mt 26,57-58; Mc 14,53-54 Mc 14,66-72 Lc 22,54-62 Jn 18,12-27); Le procès du disciple: Matthieu 26, 69-75; Jn 18,17-18 et 25-27; Lc 22,56-62; Isaie 53.

Méditation sur la joie de l’Evangile ressuscitée

La grâce: “les disciples, le voyant ressuscité « furent remplis de joie » (Jn 20, 20)” (EG5) “une nouvelle joie dans la foi et une fécondité évangélisatrice.” (EG11) “Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort.”

Texte de base: Jean 20, 19-23

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »  Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.  Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »  Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.  À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Points de meditation

“les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs” (Jean 20, 19)

Ce verset résume bien ce que nous avons vu hier de la croix du disciple-missionnaire surtout qu’on a parlé du sens de l’échec “Une des plus sérieuses tentations qui étouffent la ferveur et l’audace est le sens de l’échec, qui nous transforment en pessimistes mécontents et déçus au visage assombri.” (EG7).  “verrouillées”, “crainte” autant de paroles qui disent beaucoup sur l’état d’âme des disciple-missionnaires.

“Jésus vint, et il était là au milieu d’eux”: Jésus vient á nous. Il est lá au coeur de nos vies. L’initiative est de lui. Il vient á notre rencontre.

Admirons la pédagogie de Jésus. La première de chose c’est être présent, être là au milieu. C’est une présence qui se fait sentir. Une présence réelle. C’est une présence qui illumine sans parole.  Nous sommes des gens de la parole, nous aimons parler. Mais le premier pas du ressuscité c’est la présence là au milieu des disciples-missionnaires.  Il connait la souffrance des disciples et il ne veut pas la banaliser avec de fausses consolations “oh voyez c’est moi, la vie est belle, oubliez tout…vive la vie!” Non! Jésus vient. Il se tient au milieu d’eux.

Shalom. La paix. Le calme. L’harmonie. “Il leur dit: “la Paix soit avec vous!”

Il dit. Il parle. Souvenons-nous qu’il est Dieu. Quand Dieu parle cela se réalise. C’est pour cela qu’il est Dieu. On retrouve le récit de la création.  Il dit et la paix fut. On retrouve le récit de la tempête apaisée “silence, tais-toi et il se fit un grand calme”. C’est cela la paix, c’est un calme profond, une tranquillité, une harmonie de vie. Les apôtres ont vécu une tempête, un tumulte. Le chaos fait place á l’harmonie. C’est le récit mythique de la création.  C’est la nouvelle création.

La certitude de la présence de Jésus. Ce n’est pas un Jésus imaginaire. C’est Jésus réel. “Il leur montra ses mains et son côté”

C’est bien lui le crucifié. Ce n’est pas un “fantôme”, le fantôme que les disciples croyaient voir venir vers eux marchant sur les eaux. C’est bel et bien Jésus, le Maître Jésus. Jésus ce n’est pas une fantaisie. Ses mains et son côté transpercé fait aussi allusion á la dernière image que les apôtres ont gardé de Jésus. Cette image reste gravée en eux c’est pourquoi Thomas dira “si je ne vois pas la marque sur ses mains…” Que faire avec cette image? Cette image peut être déprimante. Jésus va donner á cette image un sens de libération: “C’est moi, ne craignez pas”. Cette image de moi que vous gardez doit devenir source d’eau vive, source de vie.  Il ne s’agit pas de fuir cette image par ce qu’elle est laide. Il s’agit de rester fidèle á Jésus tel qu’ils l’ont connu.  Il ne s’agit pas de Jésus tel que je veux qu’il soit mais Jésus tel qu’il est.  Même si je n’arrive pas á faire la volonté de Jésus mais je ne dois pas fabriquer Jésus á ma façon. Je ne dois pas l’utiliser pour justifier mes actions, mes pensées.

La joie. Et de fait “les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur”

La tristesse se transforme en joie, en reconnaissant le Seigneur. L’image de la crucifixion n’est plus source de dépression.  Cette image est “le Seigneur”, défiguré ou pas, ce qui compte c’est que c’est le Seigneur.  Ma mère ne cesse pas d’être ma mère parce qu’elle a perdu une jambe dans un accident. Ce que je vois en elle c’est ma mère.  La présence du Seigneur rempli les disciples de joie. Ils ont appris á s’attacher á l’essentiel, le Seigneur au milieu de nous.  Le Seigneur mourant sur la croix, déchiqueté…ils ne pouvaient pas le regarder, ce Seigneur défiguré les rendait triste car ils l’imaginait drapé de vêtements royaux, tout beau, puissant… maintenant ils sont libres de ces images fabriquées qui nourrissaient leurs rêves. Ce qui nous fait souvent souffrir c’est de vivre dans un monde imaginaire, irréel. Nous sommes frustrés quand nous tombons dans la réalité.  Les disciples voient le Seigneur tel qu’il est et cela les remplit de joie.

Envoi en mission. “De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie.”

La résurrection est un envoi en mission.  Jésus connait ces disciples. Heureux, ils vont commencer á inventer á s’établir, organiser leur nouvelle vie avec Jésus, la maison où ils vont vivre…il faut organiser la communauté de nouveau.  La résurrection n’est pas pour se venger des chefs juifs et de Pilate. Jésus n’a pas de temps pour cela. Jésus est fidèle á lui-même: “allons dans les bourgs voisins car il faut que je prêche là-bas aussi c’est pour cela que je sorti…” (Mc1)…c’est pour cela que je suis sorti de la tombe, c’est pour cela que je suis ressuscité. Le message est claire et profond. La résurrection n’est pas un fait. Ce n’est pas un exode. Ce n’est pas un événement.  La résurrection est une vie. C’est la vie qui jaillit en se partageant. Elle augmente en se divulguant. La vie que les apôtres ressentent, la joie qu’ils ressentent va croitre, s’augmenter s’ils la partage. Ce n’est pas quelque chose que tu reçois  comme un objet (par exemple un livre) et tu vas le donner. C’est quelque chose que tu reçois davantage chaque que tu partages. C’est le partage du pain qui se multiplie (il n’y a pas de multiplication de pains puis une distribution du pain multiplié). le pain partagé augmente toujours, “jarre de farine point ne s’épuisera” (1 R 17, 12)

Cette mission est divine. Elle est du Père, par le Fils et on vera dans le point qui suit “dans l’Esprit Saint”.

Nouvelle vie. il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis”

Quel geste beau! C’est la nouvelle création. Et “Alors Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant.” (Gn2, 7). C’est la récréation de Ezequiel 16, 6-8: “Je passai près de toi et je te vis, te débattant dans ton sang. Je te dis, quand tu étais dans ton sang: “Vis!” et je te fis croître comme l’herbe des champs. Tu te développas, tu grandis et tu parvins à l’âge nubile. Tes seins s’affermirent, ta chevelure devint abondante; mais tu étais toute nue. Alors je passai près de toi et je te vis. C’était ton temps, le temps des amours. J’étendis sur toi le pan de mon manteau et je couvris ta nudité; je m’engageai par serment, je fis un pacte avec toi – oracle du Seigneur Yahvé – et tu fus à moi.” C’est un des plus beaux passages de la bible.

Les apôtres sont récrés. Puis ils sont institués. Ils reçoivent le pouvoir de Dieu pour le représenter, agir au nom de Jésus et pour pouvoir libérer des péchés. Pourquoi “l’Esprit Saint pour remettre les péchés”? et non le pouvoir d’expulser les démons? Car le projet de Dieu le Père en envoyant le Fils dans le monde c’est de sauver les hommes de leurs péchés. “souffler sur eux …” fait beaucoup penser á l’Annonciation á Marie et l’Annonciation á Joseph. A Marie l’ange dit: “Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.” (Lc1, 31-35). A Joseph “Comme il avait formé ce projet, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : « Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt1, 20-21).  

Ne voyons pas ici la confession. Il s’agit donc de “sauver” c’est-á-dire “donner à son peuple de connaître le salut par la rémission de ses péchés” (Lc1,77). Jésus confie aux disciples-missionnaire de sauver le monde.  Ils sont les nouveaux Marie, les nouveaux Joseph, les délégués de Jésus pour le salut de l’humanité.

Réflexion du Pape François sur la résurrection de Jésus

La résurrection de Jésus c’est la vie dans l’Esprit qui jaillit. Les personnes vexées, mécontentes, sans vie retrouvent la joie de vivre. Ce que Dieu désire pour nous c’est la vie dans l’Esprit. La vie jaillit de l’infinie miséricorde du Père.

2. Le grand risque du monde d’aujourd’hui, avec son offre de consommation multiple et écrasante, est une tristesse individualiste qui vient du cœur bien installé et avare, de la recherche malade de plaisirs superficiels, de la conscience isolée. Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus. Même les croyants courent ce risque, certain et permanent. Beaucoup y succombent et se transforment en personnes vexées, mécontentes, sans vie. Ce n’est pas le choix d’une vie digne et pleine, ce n’est pas le désir de Dieu pour nous, ce n’est pas la vie dans l’Esprit qui jaillit du cœur du Christ ressuscité. 

164. Nous avons redécouvert que, dans la catéchèse aussi, la première annonce ou “kérygme” a un rôle fondamental, qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de tout objectif de renouveau ecclésial. Le kérygme est trinitaire. C’est le feu de l’Esprit qui se donne sous forme de langues et nous fait croire en Jésus Christ, qui par sa mort et sa résurrection nous révèle et nous communique l’infinie miséricorde du Père. 

La résurrection de Jésus c’est ne jamais se donner pour vaincus. C’est relever la tête, recommencer, c’est aller en avant. Souvenons-nous de la guérison de l’homme á la main sèche. Sur l’invitation de Jésus l’homme étend la main pour une dernière fois et il est guéri. Si Jésus lui demande d’étendre la main c’est qu’il a encore la force.

3 Personne ne pourra nous enlever la dignité que nous confère cet amour infini et inébranlable. Il nous permet de relever la tête et de recommencer, avec une tendresse qui ne nous déçoit jamais et qui peut toujours nous rendre la joie. Ne fuyons pas la résurrection de Jésus, ne nous donnons jamais pour vaincus, advienne que pourra. Rien ne peut davantage que sa vie qui nous pousse en avant ! 

277. De nouvelles difficultés apparaissent aussi continuellement, l’expérience de l’échec, les bassesses humaines qui font beaucoup de mal. Tous nous savons, par expérience, que parfois une tâche n’offre pas les satisfactions que nous aurions désirées, les fruits sont infimes et les changements sont lents, et on peut être tenté de se fatiguer. Cependant, quand, à cause de la fatigue, quelqu’un baisse momentanément les bras, ce n’est pas la même chose que les baisser définitivement, car on est submergé par un désenchantement chronique, par une paresse qui assèche l’âme. Il peut arriver que le cœur se lasse de lutter, car, au final, la personne se cherche elle-même à travers un carriérisme assoiffé de reconnaissances, d’applaudissements, de récompenses, de fonctions ; à ce moment-là, la personne ne baisse pas les bras, mais elle n’a plus de mordant ; la résurrection lui manque. Ainsi, l’Évangile, le plus beau message qui existe en ce monde, reste enseveli sous de nombreuses excuses. 

Je pense á un beau poem anglais:

But I have lived, and have not lived in vain:
My mind may lose its force, my blood its fire, And my frame perish even in conquering pain; But there is that within me which shall tire Torture and Time, and breathe when I expire; Something unearthly, which they deem not of, Like the remembered tone of a mute lyre,
Shall on their softened spirits sink, and move In hearts all rocky now the late remorse of love. 

(Childe Harold ́s Pilgrimage – Canto IV – CXXXVII) 

La résurrection de Jésus remplit de joie. C’est une joie débordante comme les servants qui remplit les jarres d’eau aux noces de Cana. Ils remplissent jusqu’au bout.  Jésus leur demande seulement de remplir les jarres. Mais eux, pleins d’enthousiasme remplissent jusqu’au bord.

5 Par la suite, les disciples, le voyant ressuscité « furent remplis de joie » (Jn 20, 20) 

La résurrection de Jésus renouvellent nos forces. La résurrection de Jésus nous renouvelle.

11. Une annonce renouvelée donne aux croyants, même à ceux qui sont tièdes ou qui ne pratiquent pas, une nouvelle joie dans la foi et une fécondité évangélisatrice. En réalité, son centre ainsi que son essence, sont toujours les mêmes : le Dieu qui a manifesté son amour immense dans le Christ mort et ressuscité. Il rend ses fidèles toujours nouveaux, bien qu’ils soient anciens : « Ils renouvellent leur force, ils déploient leurs ailes comme des aigles, ils courent sans s’épuiser, ils marchent sans se fatiguer » (Is 40, 31). 

Le Ressuscité envoie prêcher.  Cette mission est aller lá où il manque le plus la lumière du Ressuscité.  On a déjà vu que pour le Pape au coeur de l’évangile que nous devons prêcher resplendit la beauté de l’amour de Dieu manifesté en Jésus crucifié et ressuscité.

19. L’évangélisation obéit au mandat missionnaire de Jésus : « Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20a). Dans ces versets, on présente le moment où le Ressuscité envoie les siens prêcher l’Évangile en tout temps et en tout lieu, pour que la foi en lui se répande en tout point de la terre. 

30 (L’Eglise)Elle s’emploie à être toujours là où manquent le plus la lumière et la vie du Ressuscité 

36 le cœur de l’Évangile. Dans ce cœur fondamental resplendit la beauté de l’amour salvifique de Dieu manifesté en Jésus Christ mort et ressuscité. 

La résurrection de Jésus c’est ouvrir les portes et offrir une présence.  C’est offrir une nouvelle chance á l’autre. Les personnes peuvent devenir meilleures. Nous ne devons jamais condamnés les personnes. Il faut toujours ouvrir une nouvelle porte dans la vie de l’autre.

46. L’Église “en sortie” est une Église aux portes ouvertes. Sortir vers les autres pour aller aux périphéries humaines ne veut pas dire courir vers le monde sans direction et dans n’importe quel sens. Souvent il vaut mieux ralentir le pas, mettre de côté l’appréhension pour regarder dans les yeux et écouter, ou renoncer aux urgences pour accompagner celui qui est resté sur le bord de la route. Parfois c’est être comme le père du fils prodigue, qui laisse les portes ouvertes pour qu’il puisse entrer sans difficultés quand il reviendra.

47. L’Église est appelée à être toujours la maison ouverte du Père. Un des signes concrets de cette ouverture est d’avoir partout des églises avec les portes ouvertes. De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approcher pour chercher Dieu, il ne rencontre pas la froideur d’une porte close. Mais il y a d’autres portes qui ne doivent pas non plus se fermer. Tous peuvent participer de quelque manière à la vie ecclésiale, tous peuvent faire partie de la communauté, et même les portes des sacrements ne devraient pas se fermer pour n’importe quelle raison. Ceci vaut surtout pour ce sacrement qui est “ la porte”, le Baptême. L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles. Ces convictions ont aussi des conséquences pastorales que nous sommes appelés à considérer avec prudence et audace. Nous nous comportons fréquemment comme des contrôleurs de la grâce et non comme des facilitateurs. Mais l’Église n’est pas une douane, elle est la maison paternelle où il y a de la place pour chacun avec sa vie difficile.

La résurrection de Jésus nous met en mouvement de sortie. Il faut sortir. Quand on reste dedans on ne fait que ruminer les mêmes problèmes, les mêmes critiques…

49. Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. Je répète ici pour toute l’Église ce que j’ai dit de nombreuses fois aux prêtres et laïcs de Buenos Aires : je préfère une Église accidentée, blessée et sale pour être sortie par les chemins, plutôt qu’une Église malade de la fermeture et du confort de s’accrocher à ses propres sécurités. Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6, 37).

La résurrection de Jésus nous invite á regarder la beauté et la bonté du ressuscité. Je dirai c’est important utiliser l’art pour évangéliser.  Il faut parler de Jésus avec des expressions artistiques belles. L’art (poésie, musique, peinture…) adoucit l’âme.

167. Il est bien que chaque catéchèse prête une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis). Annoncer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau, capable de combler la vie d’une splendeur nouvelle et d’une joie profonde, même dans les épreuves. Dans cette perspective, toutes les expressions d’authentique beauté peuvent être reconnues comme un sentier qui aide à rencontrer le Seigneur Jésus. Il ne s’agit pas d’encourager un relativisme esthétique, qui puisse obscurcir le lien inséparable entre vérité, bonté et beauté, mais de récupérer l’estime de la beauté pour pouvoir atteindre le cœur humain et faire resplendir en lui la vérité et la bonté du Ressuscité. 

La résurrection de Jésus répond á um manque de spiritualité missionnaire qui se traduit par le pessimisme… la résurrection de Jésus c’est de l’optimisme créateur

275. Dans le deuxième chapitre, nous avons réfléchi sur ce manque de spiritualité profonde qui se traduit par le pessimisme, le fatalisme, la méfiance. Certaines personnes ne se donnent pas à la mission, car elles croient que rien ne peut changer et pour elles il est alors inutile de fournir des efforts. Elles pensent ceci : “Pourquoi devrais-je me priver de mon confort et de mes plaisirs si je ne vois aucun résultat important ?”. Avec cette mentalité il devient impossible d’être missionnaires. Cette attitude est précisément une mauvaise excuse pour rester enfermés dans le confort, la paresse, la tristesse de l’insatisfaction, le vide égoïste. Il s’agit d’une attitude autodestructrice, car « l’homme ne peut pas vivre sans espérance : sa vie serait vouée à l’insignifiance et deviendrait insupportable ».

Nous devons évangéliser car Christ est ressuscité, il a vaincu le mal

Si nous pensons que les choses ne vont pas changer, souvenons-nous que Jésus Christ a vaincu le péché et la mort et qu’il est plein de puissance. Jésus Christ vit vraiment. Autrement, « si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message » (1 Co 15, 14). L’Évangile nous raconte que les premiers disciples allèrent prêcher, « le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole » (Mc 16, 20). Cela s’accomplit aussi de nos jours. Il nous invite à le connaître, à vivre avec lui. Le Christ ressuscité et glorieux est la source profonde de notre espérance, et son aide ne nous manquera pas dans l’accomplissement de la mission qu’il nous confie. 

Nous devons évangéliser car la résurrection de Jésus est une force de vie. Nous sommes capables de renaître de situations qui semblent irréversibles.

276. Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale. Il est vrai que souvent Dieu semble ne pas exister : nous constatons que l’injustice, la méchanceté, l’indifférence et la cruauté ne diminuent pas. Pourtant, il est aussi certain que dans l’obscurité commence toujours à germer quelque chose de nouveau, qui tôt ou tard produira du fruit. Dans un champ aplani commence à apparaître la vie, persévérante et invincible. La persistance de la laideur n’empêchera pas le bien de s’épanouir et de se répandre toujours. Chaque jour, dans le monde renaît la beauté, qui ressuscite transformée par les drames de l’histoire. Les valeurs tendent toujours à réapparaître sous de nouvelles formes, et de fait, l’être humain renaît souvent de situations qui semblent irréversibles. C’est la force de la résurrection et tout évangélisateur est un instrument de ce dynamisme. 

La résurrection de Jésus produit partout les germes de ce monde nouveau.

278. La foi signifie aussi croire en lui, croire qu’il nous aime vraiment, qu’il est vivant, qu’il est capable d’intervenir mystérieusement, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il tire le bien du mal par sa puissance et sa créativité infinie. C’est croire qu’il marche victorieux dans l’histoire « avec les siens : les appelés, les choisis, les fidèles » (Ap 17, 14). Nous croyons à l’Évangile qui dit que le Règne de Dieu est déjà présent dans le monde, et qu’il se développe çà et là, de diverses manières : comme une petite semence qui peut grandir jusqu’à devenir un grand arbre (cf. Mt 13, 31-32), comme une poignée de levain, qui fait fermenter une grande quantité de farine (cf. Mt 13, 33), et comme le bon grain qui grandit au milieu de l’ivraie (cf. Mt 13, 24-30), et peut toujours nous surprendre agréablement. Il est présent, il vient de nouveau, il combat pour refleurir. La résurrection du Christ produit partout les germes de ce monde nouveau ; et même s’ils venaient à être taillés, ils poussent de nouveau, car la résurrection du Seigneur a déjà pénétré la trame cachée de cette histoire, car Jésus n’est pas ressuscité pour rien. Ne restons pas en marge de ce chemin de l’espérance vivante ! 

La résurrection de Jésus me donne la certitude que ma vie missionnaire donnera du fruit, un fruit incomparable. Je ne peux pas compter ces fruits. Mais je sais que ma présence, mes paroles, mes relations, mes actions…ma vie missionnaire donnera du fruit.

279. Comme nous ne voyons pas toujours ces bourgeons, nous avons besoin de certitude intérieure, c’est-à-dire de la conviction que Dieu peut agir en toutes circonstances, même au milieu des échecs apparents, car « nous tenons ce trésor en des vases d’argile » (2 Co 4, 7). Cette certitude s’appelle “sens du mystère”. C’est savoir avec certitude que celui qui se donne et s’en remet à Dieu par amour sera certainement fécond (cf. Jn 15, 5). Cette fécondité est souvent invisible, insaisissable, elle ne peut pas être comptée. La personne sait bien que sa vie donnera du fruit, mais sans prétendre connaître comment, ni où, ni quand. Elle est sûre qu’aucune de ses œuvres faites avec amour ne sera perdue, ni aucune de ses préoccupations sincères pour les autres, ni aucun de ses actes d’amour envers Dieu, ni aucune fatigue généreuse, ni aucune patience douloureuse. 

La résurrection de Jésus m’anime de confiance et d’espérance

288 C’est le Ressuscité qui nous dit, avec une force qui nous comble d’une immense confiance et d’une espérance très ferme : « Voici, je fais l’univers nouveau » (Ap 21, 5). 

Textes pour la méditation

Jean 20, 1-9; Lc 24, 12; Jean 20, 19-23; Jean 21, 1-23; Luc 24, 13-35

Méditation sur la joie de l’Evangile annoncée. 

La grâce

Retrouvons et augmentons la ferveur, « la douce et réconfortante joie d’évangéliser, même lorsque c’est dans les larmes qu’il faut semer […] Que le monde de notre temps qui cherche, tantôt dans l’angoisse, tantôt dans l’espérance, puisse recevoir la Bonne Nouvelle, non d’évangélisateurs tristes et découragés, impatients ou anxieux, mais de ministres de l’Évangile dont la vie rayonne de ferveur, qui ont les premiers reçu en eux la joie du Christ » (EG10)

Texte de base: Matthieu 28, 16-20

Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.  Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.  Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.  Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Points de meditation: les “derniers message du Maître-Missionnaire”

  1. De la Galilée á toutes les nations: regarde au loin, au-delá de toutes les frontières

Aussitôt après la Résurrection, voici le très bref discours d’adieu de Jésus. Cela se passe en Galilée qu’on appelait couramment le « carrefour des païens », la « Galilée des nations » ; car désormais la mission des Apôtres concerne « toutes les nations». L’Evangile de Matthieu semble tourner court : mais, en fait, l’aventure commence vers l’infini.

De toutes les nations 

Car c’est bien vers l’infini que Jésus les envoie : l’immensité du monde et l’infini des siècles ; « Allez… De toutes les nations faites des disciples… Jusqu’à la fin du monde. » c’est la réalisation d’être catholique. Tout est accomplit quand le message atteint les non-juifs. Souvenons-nous de l’histoire des grecs qui veulent voir Jésus (Jn12, 20-24): 20 Il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. 21 Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » 22 Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. 23 Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. 24 Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.

  1. “Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre”: la mission est celle de Dieu

La mission est celle de Dieu. C’est le pouvoir de Dieu que se déploie dans la mission. La mission est possible avec le pouvoir de Dieu.  Curieusement, ils n’ont l’air qu’à moitié préparés à cette mission ! Si Jésus était un chef d’entreprise, il ne pourrait pas prendre le risque de confier la suite de son affaire à des collaborateurs comme ceux-là : des collaborateurs qui semblent bien ne pas avoir assimilé toute la formation qu’il leur a assurée pendant trois ans. Ils font erreur sur l’objectif, sur les délais, sur la nature de l’entreprise. Ils vont même jusqu’à douter de la réalité qu’ils sont en train de vivre ; puisque Matthieu dit clairement « Certains eurent des doutes». La mission qui leur est confiée et qui est pleine de risques est de promouvoir un message qui les surprend encore. Folie, diront les gens sages, Sagesse de Dieu répondrait Saint Paul. C’est que l’entreprise dont il s’agit n’est pas banale : elle dépasse tout ce que l’esprit humain peut imaginer ou concevoir. Il s’agit de la communication entre Dieu et les hommes.

La mission confiée aux apôtres s’apparente bien à une folie ; mais ils ne sont pas seuls, et cela, il ne faut jamais l’oublier : dans la mesure où notre engagement n’est pas le nôtre, mais le sien, nous n’avons pas de raison de nous inquiéter des résultats : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! »… En d’autres termes, c’est nous qui allons, mais c’est lui qui a tout pouvoir…

Voici ce que l’on raconte de Jean XXIII : il paraît que peu de jours après son élection il reçoit la visite d’un ami qui lui dit « Très Saint Père, comme la charge doit être lourde ! » Jean XXIII répond « C’est vrai, le soir, quand je me couche, je pense Angelo, tu es le Pape et j’ai bien du mal à m’endormir ; mais, au bout de quelques minutes je me dis Angelo, que tu es bête, le responsable de l’Eglise, ce n’est pas toi, c’est le Saint-Esprit… Alors je me tourne de l’autre côté et je m’endors…! » Nous aussi, semble-t-il, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles : l’évangélisation doit être notre travail, mais pas notre angoisse ! Jésus a bien précisé « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. »

  1. Allez ! Sors! Sois en mouvement

Il faut du mouvement. Il faut sortir. Il faut se mettre en mouvement. C’est la vie même du Christ qui comme Fils de Dieu est sorti du Père et toute sa vie consiste á um “sortir”.

  1. Fais des disciples 

Le disciple a une relation avec le Maître: relation interpersonnelle d’intimité. Le disciple connait la pensée du maître. Le disciple imite le maître dans ses actions. “Il observe tout ce que le maître a commandé”. Faire des disciples c’est transmettre ce que nous sommes, notre relations intimes avec Dieu. Souvenons-nous des 5 éléments non-négociables notre vie chrétienne basée sur la personne de Jésus: la prière et le respect des commandements, la douceur du coeur, la compassion et miséricorde, la communauté, la mission (cf. Ronald Rolheiser, The Holy Longing).

  1. Baptise les gens au nom de Dieu “baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit”. Aide les gens á entrer en relation avec Dieu.

La foi en la trinité: relations d’amour; unité. Dieu est Amour. Dieu est relation. Dieu est Unité. “baptiser” = immerger, faire entrer dans une relation intime avec Dieu. 

Baptiser est une expérience d’amour profonde avec Dieu:

  • Le ciel s’ouvre
  • Le souffle de Dieu descend
  • Dieu dit: celui-ci est mon fils bien-aimé

La mission jaillit de la trinité: l’amour des 3 personnes divines. La mission c’est une sorte de “divinisation trinitaire” du monde.

« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » : l’expression « Au nom de », très habituelle dans la Bible, signifie qu’il s’agit bien d’un seul Dieu ; en même temps les trois Personnes sont nommées et bien distinctes : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » le NOM, dans la Bible, c’est la personne.  Baptiser veut dire étymologiquement « plonger ».  Cela veut dire que le Baptême nous plonge littéralement dans la Trinité. On comprend l’ordre express de Jésus à ses disciples « Allez donc », il y a urgence. Comment ne pas être pressés de voir toute l’humanité plonger dans la Trinité?  Le sacrement du baptême est très important. Le ministre doit se préparer avant de le célébrer car ses paroles humaines “je te baptise au nom du Père…” devienne des paroles divines…c’est Dieu qui fait plonger les personnes dans son intimité.

  1. Aie confiance en Jésus. “je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.”

présence. Vie avec nous. Le Dieu de la Présence révélé à Moïse au buisson ardent, l’Emmanuel (ce qui signifie « Dieu avec nous ») promis par Isaïe ne font qu’un dans l’Esprit d’amour qui les unit. A nous désormais de révéler au monde cette présence aimante du Dieu-Trinité.  C’est vrai que nous faisons l’expérience de nos limites comme Moise (Ex3). Nous faisons aussi l’expérience de Dieu qui retire son esprit et envoie sur nous un esprit déprimant (1Samuel 16). Alors nous devons nous accrocher á Jésus. Aie confiance. Jésus ne te lâchera pas.

Les réflexions du Pape François: un dernier message du pape aux disciples-missionnaires. “tout mettre en terme missionnaire” (EG35) Nous sommes invités au Magis: “toujours plus et toujours mieux” (EG165)

1. Annonce Jésus et son évangile car on ne peut pas retenir pour soi un tel trésor. Jésus et son évangile existe pour être communiqués. La joie se multiplie par l’annonce. La vie se multiplie quand elle est donnée, partagée. “si quelqu’un a accueilli cet amour qui lui redonne le sens de la vie, comment peut-il retenir le désir de le communiquer aux autres ?” (EG8) “Le bien tend toujours à se communiquer. Chaque expérience authentique de vérité et de beauté cherche par elle-même son expansion, et chaque personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les besoins des autres. Lorsqu’on le communique, le bien s’enracine et se développe.” (EG9) « La vie augmente quand elle est donnée et elle s’affaiblit dans l’isolement et l’aisance. « Nous découvrons ainsi une autre loi profonde de la réalité : que la vie s’obtient et se mûrit dans la mesure où elle est livrée pour donner la vie aux autres. C’est cela finalement la mission »…(EG10)

Annonce á partir du coeur de l’Evangile.  Concentre-toi sur sur l’essentiel.  Sois réalistes “il convient d’être réalistes et de ne pas donner pour acquis que nos interlocuteurs connaissent le fond complet de ce que nous disons ou qu’ils peuvent relier notre discours au cœur essentiel de l’Évangile qui lui confère sens, beauté et attrait.” (EG34) Ne te perds pas dans “une multitude de doctrines qu’on essaie d’imposer à force d’insister. Quand on assume un objectif pastoral et un style missionnaire, qui réellement arrivent à tous sans exceptions ni exclusions, l’annonce se concentre sur l’essentiel, sur ce qui est plus beau, plus grand, plus attirant et en même temps plus nécessaire. La proposition se simplifie, sans perdre pour cela profondeur et vérité, et devient ainsi plus convaincante et plus lumineuse.” (EG35)

Parle explicitement de Jésus Christ. Dis au gens “Jésus nous enseigne…” Annonce explicitement que Jésus est le Seigneur car “il ne peut y avoir de véritable évangélisation sans annonce explicite que Jésus est le Seigneur, et sans qu’il n’existe un « primat de l’annonce de Jésus Christ dans toute activité d’évangélisation » (EG110). Fais de l’évangélisation Kerygmatique. Que Jésus soit le maître des gens. “la première annonce ou “kérygme” a un rôle fondamental, qui doit être au centre de l’activité évangélisatrice et de tout objectif de renouveau ecclésial.” (EG164) Sortons de l’obsession de la formation “solide” des chrétiens. “Il n’y a rien de plus solide, de plus profond, de plus sûr, de plus consistant et de plus sage que cette annonce. Toute la formation chrétienne est avant tout l’approfondissement du kérygme qui se fait chair toujours plus et toujours mieux” (EG165)

2. Annonce l’évangile de façon nouvelle. Recherche toujours la nouveauté car “Une annonce renouvelée donne aux croyants, même à ceux qui sont tièdes ou qui ne pratiquent pas, une nouvelle joie dans la foi et une fécondité évangélisatrice.” (EG11) Imitons Jésus. “Jésus Christ peut aussi rompre les schémas ennuyeux dans lesquels nous prétendons l’enfermer et il nous surprend avec sa constante créativité divine.” (EG11) Le discernement de la réalité á la lumière de l’Evangile nous fait voir “de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui.” (EG11). Il ne s’agit pas de faire des innovations farfelues sans sens. Nous sommes au service de Dieu. Souvenons-nous que “La véritable nouveauté est celle que Dieu lui-même veut produire de façon mystérieuse, celle qu’il inspire, celle qu’il provoque, celle qu’il oriente et accompagne de mille manières. Dans toute la vie de l’Église, on doit toujours manifester que l’initiative vient de Dieu” (EG12). 

Le pape nous met aussi en garde “Nous ne devrions pas non plus comprendre la nouveauté de cette mission comme un déracinement, comme un oubli de l’histoire vivante qui nous accueille et nous pousse en avant. (…) Le croyant est fondamentalement «quelqu’un qui fait mémoire» (EG13). Nous remercions les missionnaires pour le travail immense d’évangélisation qu’ils ont fait. Nous devrions toujours les mentionner dans nos prières. Ils ne nous demandent pas de faire ce qu’ils ont fait et comment ils ont fait. Ils nous demandent seulement de continuer la mission de Jésus.  

Quelles méthodes (méthodologies) missionnaires utiliserons-nous? Missions Populaires Rédemptoristes? Saintes Missions Populaires? Système Intégral d’Evangelization (SINE)? Quel serait la méthodologie MAFR?

Annonce le Christ avec beauté, avec simplicité, avec art, “la beauté sauvera le monde” (Dotovski, L’Idiot).  Retrouve le langage symbolique, mythique…les contes et légendes. Le missionnaire doit prêter “une attention spéciale à la “voie de la beauté” (via pulchritudinis)” (EG167) car “Annoncer le Christ signifie montrer que croire en lui et le suivre n’est pas seulement quelque chose de vrai et de juste, mais aussi quelque chose de beau” (EG129).

3. Annonce l’évangile dans les 3 domaines de la réalité ecclésiale.

Le Pape ne nous invite pas á abandonner les structures que nous avons. Nous sommes invités á vivre ce nouveau souffle missionnaire dans la pastorale ordinaire, la pastorale auprès des baptisés qui ne fréquentent plus l’Eglise et l’annonce á ceux qui n’ont pas encore entendu parlé de Jésus Christ (EG14). 

Ne nous laissons pas prendre seulement par la pastorale ordinaire. “il est nécessaire de rester tendus vers l’annonce » à ceux qui sont éloignés du Christ, « car telle est la tâche première de l’Église »” (EG15). Sans abandonner les structures, Il faut tout mettre en terme missionnaire, nous dit le pape. “nous ne pouvons plus rester impassibles, dans une attente passive, à l’intérieur de nos églises, et qu’il est nécessaire de passer d’une pastorale de simple conservation à une pastorale vraiment missionnaire” (EG15)

Il faut créer des paroisses missionnaires. Le pape dit que la paroisse est une structure importante. “La paroisse n’est pas une structure caduque” (EG28)  Elle a besoin d’un renouveau, d’un dynamisme missionnaire. Les paroisses missionnaires selon le Pape sont celles-là qui sont “proches des gens…des lieux de communion vivante et de participation, et qui s’orientent complètement vers la mission” (EG28). Une paroisse missionnaire á des structures qui favorisent la mission: conseil missionnaire paroissial qui ne se préoccupe que d’évangéliser et réfléchir sur les actions évangélisatrice de la paroisse; la formation et l’animation missionnaire des groupes et communautés chrétiennes.

4. Sors et Annonce l’Evangile en d’autres lieux qui en ont plus besoin. Allez toujours plus loin. Celui qui pense plus loin, entre dans la dynamique missionnaire et il est capable d’évangéliser en tout temps. Retrouvons notre charisme de mission ad gentes. Pensons toujours á aller là où personne n’est encore allé. Le Pape nous rappelle que notre “joie de communiquer Jésus Christ s’exprime tant dans sa préoccupation de l’annoncer en d’autres lieux qui en ont plus besoin, qu’en une constante sortie vers les périphéries de son propre territoire ou vers de nouveaux milieux sociaux-culturels. Elle s’emploie à être toujours là où manquent le plus la lumière et la vie du Ressuscité.” (EG30). Attention connais bien l’histoire des missions. Ne critique pas que les missionnaires avant toi n’ont jamais fait ceci ou cela. Peut-être qu’ils l’ont fait mais ils ont abandonné après. Ça vaut la peine d’essayer encore.

Á la suite de Jésus le Pape nous invite á sortir pour annoncer l’Evangile dans d’autres villages voisins.  Il faut sortir pour annoncer l’Evangile. Il s’agit avant tout de sortir de soi-moi, d’aller á la rencontre des autres, de semer l’évangile. Il s’agit d’imiter la personne de Jésus. Il s’agit de rendre Jésus présent. Il nous faut retrouver l’ardeur missionnaire de Jésus, “La joie de l’Évangile qui remplit la vie de la communauté des disciples est une joie missionnaire.” (EG21). Ce n’est pas une option, c’est être fidèle á Jésus le maître, “Fidèle au modèle du maître, il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu.” (EG23)

Ne sois pas un prophète de malheur. Parle de la réalité mais transmets l’espérance. Montre les voies de sortie. Donne l’espérance. (EG84)

5. Sois le ferment de Dieu au sein de l’humanité. Par toi beaucoup de gens seront bénis. Les gens font l’expérience de Dieu par la rencontre avec le missionnaire. Annonce l’Evangile par le témoignage de vie. Le témoignage de ta vie personnelle est important car tu es Eglise, et “114. Être Église c’est être Peuple de Dieu, en accord avec le grand projet d’amour du Père. Cela appelle à être le ferment de Dieu au sein de l’humanité. Cela veut dire annoncer et porter le salut de Dieu dans notre monde, qui souvent se perd, a besoin de réponses qui donnent courage et espérance, ainsi qu’une nouvelle vigueur dans la marche. L’Église doit être le lieu de la miséricorde gratuite, où tout le monde peut se sentir accueilli, aimé, pardonné et encouragé à vivre selon la bonne vie de l’Évangile.” (EG114). 

Tous nous nous sommes a un moment de notre histoire perdus. Mais le pardon et la  miséricorde de Dieu nous a relevé. Nous avons une vie transfigurée. Aujourd’hui nous savons que Jésus attend de nous d’être “des évangélisateurs qui annoncent la Bonne Nouvelle non seulement avec des paroles, mais surtout avec leur vie transfigurée par la présence de Dieu.” (EG259). Rendons-nous compte que “La crédibilité de l’annonce chrétienne serait beaucoup plus grande si les chrétiens dépassaient leurs divisions…” (EG244)

6. Sois un disciple-missionnaire formé á l’école de l’expérience de l’amour de Dieu. Le disciple-missionnaire n’a pas besoin beaucoup de temps de préparation académique, car “s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ ; nous ne disons plus que nous sommes « disciples » et « missionnaires », mais toujours que nous sommes « disciples-missionnaires » (EG120)… l’expérience de l’amour de Dieu est nécessaire. C’est en évangélisant qu’on se forme. Il faut des temps de réflexions, de méditations, d’approfondissement et d’études même sur les défis pastoraux. Revenons au système de 1 jour de repos, 1 jour de conseil (ou on partage sur les défis, 1 jour d’étude).  Il faut des espaces pour partager ces reflexions pastorales (site par exemple…whatsapp) 

La formation permanente est importante, “Assurément, nous sommes tous appelés à grandir comme évangélisateurs. En même temps employons-nous à une meilleure formation, à un approfondissement de notre amour et à un témoignage plus clair de l’Évangile.” (EG121)

7. Annonce l’évangile de  personne à personne. Retrouvons la mission simple de “visites missionnaires” dans les maisons. On a perdu cela. La mission pour nous Missionnaires d’Afrique est rencontre personnelle humaine. La mission est devenue “des activités” et l’organisation des activités…faisons de la mission une tâche quotidienne. “127. Maintenant que l’Église veut vivre un profond renouveau missionnaire, il y a une forme de prédication qui nous revient à tous comme tâche quotidienne. Il s’agit de porter l’Évangile aux personnes avec lesquelles chacun a à faire, tant les plus proches que celles qui sont inconnues. C’est la prédication informelle que l’on peut réaliser dans une conversation, et c’est aussi celle que fait un missionnaire quand il visite une maison. Être disciple c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu : dans la rue, sur la place, au travail, en chemin.”

En quoi consiste cette mission? “128 le premier moment consiste en un dialogue personnel, où l’autre personne s’exprime et partage ses joies, ses espérances, ses préoccupations pour les personnes qui lui sont chères, et beaucoup de choses qu’elle porte dans son cœur. C’est seulement après cette conversation, qu’il est possible de présenter la Parole, que ce soit par la lecture de quelque passage de l’Écriture ou de manière narrative, mais toujours en rappelant l’annonce fondamentale : l’amour personnel de Dieu qui s’est fait homme, s’est livré pour nous, et qui, vivant, offre son salut et son amitié.”

8. Incarne l’évangile. Fais entrer l’évangile dans les cultures.  Rends le message comprehensible, intelligible pour les gens.  Ne perds pas ton temps avec du folklore. Nous devons apprendre á raconter les histoires bibliques avec le language des personnes sans altérer le message divin. “Ce à quoi on doit tendre, en définitive, c’est que la prédication de l’Évangile, exprimée par des catégories propres à la culture où il est annoncé, provoque une nouvelle synthèse avec cette culture.” (EG129)

On ne cessera jamais de parler de l’importance d’inculture l’Evangile, “Le besoin d’évangéliser les cultures pour inculturer l’Évangile est impérieux.” (EG69)  Le missionnaire “cherche toujours à mieux communiquer la vérité de l’Évangile dans un contexte déterminé, sans renoncer à la vérité, au bien et à la lumière qu’il peut apporter quand la perfection n’est pas possible. Un cœur missionnaire est conscient de ces limites et se fait « faible avec les faibles […] tout à tous » (1Co 9, 22).” (EG45)

Il faut sortir du dilemme “donner une forme culturelle á l’évangile et évangéliser la culture”. Il n’est pas nécessaire d’imposer une forme culturelle á l’Evangile. Ce qui importe c’est que l’évangile soit vécu. L’évangile avec des formes culturelles qui ne transforme pas la vie des gens…c’est inutile. Pour le Pape, “ 117 le message révélé ne s’identifie à aucune d’entre elles et il a un contenu transculturel.”  Le message révélé ne s’identifie a aucune culture

9. Annonce l’Evangile aux pauvres.  L’Evangile rétablit la dignité de la vie humaine (EG75). L’Evangile propose “un sens unitaire et complet de la vie humaine” (EG75).“199 Sans l’option préférentielle pour les plus pauvres « l’annonce de l’Évangile, qui demeure la première des charités, risque d’être incomprise ou de se noyer dans un flot de paroles auquel la société actuelle de la communication nous expose quotidiennement»” (EG199) l’Evangile a une force transformante (EG116).  L’Evangile corrige et fait grandir (EG172)Renouvelons notre compromis de promotion de JPIC-RD.  Nos projets:

Projet Construction de la Paix

Projet Campagne contre le Trafic Humain

Projet Migrants

Projet Pastorale Sociale (Semaine Sociale Paroissiale)

Projet Foi et Politique

Projet l’Intégrité de la création (semaine de la création)

Projet Campagne de prévention contre les abus sexuels (Projet Princesse Tamar)

10. Message aux Missionnaires d’Afrique

Je me permets d’identifier des éléments clairs non-négociables (cf. Constitutions et Lois 1-16):

  • Annoncer l’Evangile aux hommes du monde africain
  • Une attention aux croyants de l’Islam
  • Être témoins du Règne de Dieu
  • Partager la grâce de la Bonne Nouvelle
  • Être solidaires avec les communautés humaines au sein desquelles nous vivons.
  • Dialogue avec traditions religieuses et culturelles dans le respect et l’estime réciproque. 
  • l’Incarnation: respect de Dieu pour la liberté des personnes et les chemins individuels e collectifs.
  • Être attentifs aux richesses culturelles de chaque peuple.
  • S’efforcer de pénétrer ces richesses á la lumière de l’Evangile.
  • Communier aux aspirations et souffrances des personnes
  • Attention aux plus pauvres
  • Un compromis pour la justice et pour la paix
  • Un soin pour la promotion des hommes pour une vie plus humaine
  • Signes et artisans de communion entre les Eglises. (combien de personnes connaissent nos églises d’origine?)
  • Lá où l’Eglise est absente =
    • Inaugurer le dialogue du salut: amener les gens á se questionner et á répondre á l’appel de Dieu
    • Fonder des communautés chrétiennes
  • Lá où l’Eglise est déjà présente =
    • Collaborer en reconnaissant l’autorité de l’Eglise et sa responsabilité
    • Compromis au service de l’Eglise locale avec notre caractère propre:
      • Aider á préparer l’avenir de communautés vives et missionnaires (Unité entre les chrétiens et annonce de l’Evangile)

Soyons reconnus comme des Missionnaires. Donnons des formations missionnaires. Faisons de l’animation missionnaire des groupes et communautés chrétiennes. Nous faisons souvent l’erreur de confondre l’animation missionnaire avec l’animation vocationnelle. Et pourtant le chapitre de 1980 avait bien clarifié les choses: “l’animation vocationnelle est l’aboutissement logique d’une animation missionnaire. Cette double animation est retenue comme une des priorités de la Société, non seulement dans les pays où elle se pratiquait traditionnellement, mais aussi dans les pays d’Afrique et d’autres continents. Elle peut se faire avec d’autres Instituts missionnaires. Le Chapitre encourage le Conseil Général: á prendre des mesures nécessaires pour promouvoir cette animation missionnaire et vocationnelle dans de nouveaux pays; á envoyer pour ce travail des équipes internationales. L’élargissement éventuel du champ géographique de cette animation (par exemple: Pologne, Colombie, Mexique et autres pays) ne doit pas être vu seulement comme une ouverture de nouveaux secteurs susceptibles de fournir des vocations, mais plutôt comme l’occasion d’étendre la communion entre les Eglises de ces pays et celles d’Afrique” (XXIIe Chapitre, Actes Capitulaires 1980, 102-107).  

Nous avons besoin d’un manuel pour l’animation et la formation missionnaire des chrétiens. Nous en avons au Brésil. Créons des Ecoles Missionnaires comme Emmanuel School of Mission de la Communauté de l’Emmanuel, Ecole Missionnaire du Diocèse. Ayons des Centres (ou Programmes) d’Animation et de Formation Missionnaire.

Prions

Vierge et Mère Marie, toi qui, mue par l’Esprit, as accueilli le Verbe de la vie  dans la profondeur de ta foi humble, totalement abandonnée à l’Éternel, aide-nous à dire notre “oui” dans l’urgence, plus que jamais pressante, de faire retentir la Bonne Nouvelle de Jésus. Toi, remplie de la présence du Christ, tu as porté la joie à Jean-Baptiste, le faisant exulter dans le sein de sa mère.  Toi, tressaillant de joie, tu as chanté les merveilles du Seigneur.  Toi, qui es restée ferme près de la Croix avec une foi inébranlable et a reçu la joyeuse consolation de la résurrection, tu as réuni les disciples dans l’attente de l’Esprit afin que naisse l’Église évangélisatrice. 

Obtiens-nous maintenant une nouvelle ardeur de ressuscités pour porter à tous l’Évangile de la vie qui triomphe de la mort. Donne-nous la sainte audace de chercher de nouvelles voies pour que parvienne à tous le don de la beauté qui ne se ternit pas. Toi, Vierge de l’écoute et de la contemplation, mère du bel amour, épouse des noces éternelles, intercède pour l’Église, dont tu es l’icône très pure, afin qu’elle ne s’enferme jamais et jamais ne s’arrête dans sa passion pour instaurer le Royaume. Étoile de la nouvelle évangélisation, aide-nous à rayonner par le témoignage de la communion, du service, de la foi ardente et généreuse, de la justice et de l’amour pour les pauvres, pour que la joie de l’Évangile parvienne jusqu’aux confins de la terre et qu’aucune périphérie ne soit privée de sa lumière. Mère de l’Évangile vivant, source de joie pour les petits, prie pour nous.
Amen. Alléluia ! 

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