Comment guérir de ses blessures?

Il y a plusieurs voies pour guérir des blessures. Il y a certaines blessures qui ont besoin de l’aide d’un psychologue ou même d’un psychanalyste. Ma conviction est que quelque soit les techniques ou méthodes utilisées pour guérir c’est en définitive Dieu, et Dieu seul, qui guérit l’Homme de ses blessures car c’est Lui qui a créé l’Homme et c’est lui seul qui est capable de voir et de toucher l’intérieur de la personne humaine. Toutes les méthodes de guérison chercheront donc à nous mettre dans un état où Dieu agira en nous pour nous guérir. Quand votre frigo ne fonctionne pas bien vous demander à ceux qui vous l’ont vendu de le réparer. Telle est la mission de tous ceux qui écoutent les personnes blessées : les amener au technicien qui les a fabriqués pour qu’il les remette en bon état. Quel est donc cet état qui favoriserait la guérison des blessures ? Découvrons-les à partir des témoignages des gens de la bible. Certaines personnes dans la bible ont connu de grandes blessures et elles en ont été guéries. Comment ?

  1. Etre sincère

La guérison est possible lorsqu’on est sincère avec sa souffrance. On reconnaît son mal. C’est souvent difficile d’accepter qu’on a des blessures. On cherche à se donner bonne conscience. On se justifie. Puisque j’ai tendance à cacher mon mal je demanderai donc à Dieu : « Seigneur, toi, quand tu me regardes, que vois-tu ? » La réponse de Dieu est claire : « Toute la tête est mal en point, tout le cœur est malade, de la plante des pieds à la tête, il ne reste rien de sain. Ce n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes, qui ne sont pas pansées ni bandées, ni soignées avec de l’huile. » (Is1, 5-6). C’est la pure vérité, nous portons des blessures qui n’ont jamais été soignées. Adam, David, Pierre, et bien d’autres, ont été sincères avec leurs blessures. Pierre a pleuré amèrement (Mt26, 75) après avoir renié Jésus. Adam a exprimé toute sa peine : « j’ai entendu ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » (Gen3, 10). Adam ne dit pas ce qu’il a fait. Il dit comment il se sent. C’est là que se trouve la sincérité, au niveau de ce que tu ressens au plus profond de toi-même, dans tes entrailles. C’est pourquoi David dit à Dieu : « tu aimes la vérité au fond de l’être » (Ps51, 8)

  1. Crier

Les blessures ont tendance à nous enfermer sur nous-mêmes. Nous passons alors notre temps à ruminer notre souffrance et à nous en souvenir jour et nuit. Pour guérir de nos blessures il faut les exprimer. Il faut dire son mal à Dieu. Dieu sait tout. Il a vu ce qui nous est arrivé mais pour nous guérir il veut qu’on le lui dise, qu’on parle. C’est pourquoi il demande à Adam : « où es-tu ? », et à Eve, « qu’as-tu fait là ? », et à Caïn, « où est ton frère Abel ? », et à Agar « qu’as-tu, Agar ? » Parler à Dieu c’est prier ! Mais quand on parle à Dieu de sa souffrance on « crie », on « épanche son cœur » comme Anne (1S1,15 ; Ps42). Il faut crier comme l’aveugle de Jéricho « il se mit à crier : ‘Fils de David, Jésus, aie pitié de moi !…il criait de plus belle… » (Mc7, 47…48). Epancher son cœur, c’est « vomir » tout ce qu’on a au fond de soi. Sur la croix, « Jésus clama un grand cri… » (Mc15, 34) puis « jetant, un grand cri, (il) expira » (Mc15, 37). Crier à Dieu son mal c’est s’en remettre à lui comme dit le Ps118 (117), 5 : « dans mon angoisse, j’ai crié vers Yahvé, il m’exauça, me mit au large. »

  1. Pleurer

Tous ceux qui ont été pleuré de leurs blessures ont été capables de guérir. Pierre a pleuré (Mt26, 75). Jésus lui-même a pleuré à la mort de Lazare, devant la souffrance de Marie, la sœur de Lazare (Jn11, 35). La prostituée chez Simon le pharisien a arrosé les pieds de Jésus de ses larmes (Lc7, 38). Il ne faut pas banaliser les blessures. Il ne faut pas les relativiser. Il ne faut même pas chercher à comparer les blessures. Quand ça fait mal, ça fait mal. Et il faut pleurer. On ne peut pas faire semblant. Et on ne doit même pas jouer au dur. Dieu est sensible à notre sincérité dans notre misère.

  1. Se tenir debout

Les blessures ont tendance à nous terrasser. Elles nous mettent par terre. Elles nous paralysent. A Agar qui était assise entrain de « crier et de pleurer » (Gen21, 16) Dieu dit « Debout ! » ou « lève-toi » (Gen21, 18). La maman de Jésus a compris cela : « Près de la croix de Jésus se tenaient debout sa mère… » (Jn19, 25, traduction de la TOB). Une mère qui se tient debout devant son fils entrain de mourir ! Quelle force intérieure, cette femme avait ! Parce qu’elle se tient debout elle sera guérie de toutes ses blessures. C’est ce que le Ps118 (117) a exprimé dans une si belle phrase : « Non, je ne mourrai pas, je vivrai et publierai les œuvres de Yahvé. » (v.17) Cette volonté de vivre, cette rage de vivre nous guérira de nos blessures car Dieu a une passion pour la vie. Il nous dit « je passai près de toi et je te vis, te débattant dans ton sang. Je te dis, quand tu étais dans ton sang : « vis ! » (Ez16, 6) C’est à l’Homme blessé, paralysé, malade que Dieu dit tout le même : « ‘lève-toi et tiens-toi debout au milieu’ (Lc6, 8) je vais te guérir » ou encore « jeune homme (jeune femme), je te le dis, lève-toi » (Lc7, 14).

  1. Ecouter Dieu dans le silence

Les blessures nous agitent énormément. Pour guérir il faut entrer dans un grand silence où Dieu prend le contrôle de notre vie. Les événements, les paroles traumatisantes reviennent tout le temps à l’esprit. Ils nous saisissent, ils nous jettent à terre, nous bavons, grinçons des dents et nous devenons raides. (cf. Mc9, 18) C’est comme si nous vivons dans une tempête. Pour nous guérir, Dieu dit : « silence ! Tais-toi ! » (Mc4, 39). « et le vent tomba et il se fit un grand calme » (Mc4, 39). C’est ce qu’a vécu le prophète Eli (1Rois19). Dans ses moments difficiles, il entendit « la voix d’un silence subtil » (1R19, 12) et tout devient différent. C’est aussi l’expérience de Job. Dieu lui dit finalement : « écoute-moi : fais silence, et je t’enseignerai la sagesse » (Job33, 33). C’est pourquoi Jésus a pris l’habitude de se retirer à l’écart, pour écouter Dieu dans le silence : « le matin, bien avant le jour, il se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert, et là il priait » (Mc1, 35). C’est ainsi qu’il tire toutes ses forces pour affronter les moments difficiles.

  1. Beaucoup aimer

Caïn a tué son frère Abel. Quelle blessure ! Ce qui va guérir Caïn c’est de donner la vie. De destructeur il va devenir constructeur. On nous dit que « Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénok. Il devint un constructeur de ville » (Gn4, 17). Celui qui donnait la mort donne maintenant la vie. Dans ce processus, il est guéri de sa blessure. C’est aussi l’expérience de la prostituée chez Simon le pharisien. (Luc7) on s’attendait à ce qu’elle parle, qu’elle demande pardon pour tous ses péchés. Elle ne dit pas un mot. « Elle se mit à lui arroser les pieds des ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum » (Lc7, 38). Et Jésus dit : « ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. » (Lc7, 47) La prière « fais de moi un instrument de ta paix » entre dans cette logique : « O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. Car c’est en se donnant qu’on reçoit, c’est en s’oubliant qu’on se retrouve, c’est en pardonnant qu’on est pardonné, c’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie. » Plus on aime, plus on guérit de ses blessures.

  1. Toucher Dieu

Beaucoup de gens dans la bible ont été guérit de leurs maladies, de leurs blessures en touchant Dieu. Dieu peut guérir juste avec la parole. Il peut même guérir quelqu’un sans le voir. Il a bien guérit le servant du centurion sans le voir. Cependant Dieu aime guérir en touchant la personne et il veut qu’on le touche. Pour guérir un sourd-bègue Jésus « lui mit ses doigts dan les oreilles et avec sa salive lui toucha la langue. » (Mc7, 33). Pour guérir un lépreux on nous apprend que Jésus « étendit la main, le toucha » (Mc1, 41). Quelle audace de toucher un lépreux ! La femme atteinte d’un flux de sang depuis douze années se disait : « si je touche au moins ses vêtements, je serai sauvée. » (Mc5, 28) et c’est ce qui s’est passé ! Nous touchons Dieu dans l’Eucharistie, en mangeant son corps, en buvant son sang. Pour moi, ceci est la grandeur de Jésus. Il savait que sa passion et sa mort laisserait des blessures profondes dans ses disciples. Alors, la mort dans l’âme, quelques heures avant de mourir, « il prit du pain, le bénit, le rompit et le leur donna en disant : ‘prenez, ceci est mon corps. Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : ‘ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude. » (Mc14, 22-24) Il leur donne son corps et son sang pour qu’ils aient toujours la vie : « qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn6, 54) l’Eucharistie est pour la guérison des blessures voilà pour quoi le prêtre dit cette prière avant de présenter le corps et le sang du Christ : « que cette communion à ton corps et à ton sang n’entraîne pour nous ni condamnation ni jugement mais qu’elle soutienne nos esprits et nos corps et nous donne la guérison. »

  1. Tenir la main de quelqu’un

Certaines personnes ont retrouvé l’harmonie et la vie simplement parce que quelqu’un a mis sa main dans leur main. C’est ainsi qu’Ismaël et Agar ont retrouvé la vie. Avant de donner de l’eau à Agar, l’ange lui dit d’abord : « Relève l’enfant et tiens-le par la main » (Gn21, 18, traduction de la TOB). C’est la main d’Agar dans la main d’Ismaël qui va sauver et Agar, et Ismaël. Alors qu’il aurait pu dire seulement une parole et elle serait guérie, Jésus a tenu à prendre la main de la fille de Jaïre pour la guérir : «et prenant la main de l’enfant, il lui dit : ‘Talitha koum’ ». (Mc5, 41) Quelle belle image, la main d’une petite fille dans celle de Dieu. On retrouve Is49, 16 : « vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains ». Le prophète Elisée croyait que son bâton étendu sur le fils mort de la Shunamite, et la prière allaient ramener l’enfant à la vie. Hélas, « il n’y eut ni voix, ni réaction » (2Rois2, 31). Finalement « il monta sur le lit, s’étendit sur l’enfant, mit sa bouche contre sa bouche, ses yeux contre ses yeux, ses mains contre ses mains, il se replia sur lui » (2Rois4, 34) et l’enfant retrouva la vie. La vie peut jaillir du toucher physique, un toucher plein de vie et d’amour !

  1. Croire en Dieu Amour

Finalement, nous pouvons guérir de nos blessures grâce à l’image que nous avons de Dieu et même des autres. Ce qui nous épuise le plus ce sont les pensées, les souvenirs, les paroles négatifs qui nous reviennent tout le temps et qui nous hantent. L’enfant prodigue est arrivé à un point de sa vie où tout était dur, sale et négatif (Lc15). C’est alors qu’il « rentre en lui-même » (Lc15, 17). Et que voit-il ? « Combien de mercenaires de mon père ont du pain en surabondance, et moi je suis ici à périr de faim ! Je veux partir, aller vers mon père… » (Lc15, 17-18). Une très belle image est venue éclairer la vie de ce jeune homme. C’est l’image d’un Père bon, généreux, plein d’amour car chez lui, tout le monde, même les servants ont à manger en « surabondance. » C’est comme voir une rose dans un tas d’ordures. Sarra aussi fait la même expérience. « Elle monta dans la chambre de son père, avec le dessein de se pendre. » (Tob3, 10). Puis brusquement tout change. L’image de son père lui vient à l’esprit. Puis elle dit : « je ne veux pas affliger la vieillesse de mon père jusqu’au séjour des morts. Je ferais mieux de ne pas me pendre… » (Tob3, 10) C’est ainsi qu’elle retrouvera la vie. Toute notre vie n’a pas été que des choses négatives. Nous devons faire l’effort de nous souvenir des paroles, gestes, événements qui nous ont donné la vie. L’Homme qui est capable de tant de souffrance est aussi capable de tant de bien. Et le bien fait à quelqu’un n’est jamais perdu. Ce qui a aidé le fils perdu dans les ordures, ce qui a aidé Sarra, à se retrouver, c’est la belle image d’un Père plein d’amour. Nous devons baptiser les personnes dans un grand amour afin qu’aux moments difficiles de belles images viendront chasser celles qui font pleurer. C’est ce que Jésus a fait. Il a imprimé dans la conscience de ses amis de très belles images d’amour, de joie, de paix, de liberté, de service qui devraient les aider à affronter toutes les expériences difficiles avec foi : « mon âme est sur moi défaillante, alors je me souviens de toi : depuis la terre du Jourdain et des Hermons, de toi, humble montagne. » (Ps42, 7).

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